‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 66 sur 374 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Départ subit du roi pour Versailles, et de Monseigneur avec le maréchal de Boulïlers pour le Rhin. — Monsieur sur les côlcs. — Tilly défait. — Huy rendu au maréchal de ViUeroy. — Bauille de Neenrinden.

Après avoir rendu les derniers devoirs à mon père , je m'en allai à Mons joindre le Royal-Roussillon cavalerie , où j'étois capitaine. Montfort, gentilhomme du pays du Maine, en étoit mestre de camp , qui étoit un officier de distinction et brigadier, et qui fut mis à la tète de tous les carabiniers de l'armée , dont on faisoit toujours une brigade à part avant qu'on en eût fait un corps pour M. du Maine. Puyrobert, gentilhomme d'Angoumois, voisin de Ruffec, en étoit lieutenant-colonel, etd'Achy, du nom de Courvoisin fort connu en Picardie, y étoit capitaine avec commandement de mestre de camp , après en avoir été lieutenant-colonel. On ne sauroit trois plus honnêtes gens ni plus différents qu'ils l'étoient. Le premier étoit le meilleur homme du monde, le troisième très-vif et très-pétulant; le second d'excellente compagnie ; le premier et le dernier surtout avec de l'esprit. Le major étoit frère de Montfort; et d'ailleurs le régiment bien composé; ils étoient lors, tant les royaux que plusieurs gris à douze compagnies de cinquante cavaliers , faisant quatre escadrons. On ne peut être mieux avec eux tous que j'y fus, et c'étoit à qui me préviendroit de plus d'honnêtetés et de déférence , à quoi je répondis de manière i me les faire continuer , de manière que d'Achy, qui commanda le régiment par l'absence de Montfort et qui étoit aux couteaux tirés avec Puyrobert et ne se vouloit trouver nulle part avec lui, s'y laissa apprivoiser chez moi, mais sans se parler l'un à l'autre. Notre brigade joignoit l'infanterie à la gauche de la première ligne, et fut composée de notre régiment, de celui du duc de La Feuillade et de celui de Quoadt qui, parce que Montfort étoit aux carabiniers , en fut le brigadier. L'armée se forma et j'allai fair« ma cour aux généraux et aux princes.

Le roi partit le 18 mai avec les dames, fit avec elles huit ou dix jours de séjour au Quesnoy, les envoya ensuite à Namur, et s'alla mettre à la tête de l'armée de M. de Boufflers, le 2 juin, avec laquelle il prit, le 7 du même mois , le camp de Gembloux ; en sorte qu'il n'y avoit pas de milieu de sa gauche à la droite de M. de Luxembourg, et qu'on alîoit et venoit en sûreté de l'une à l'autre. Le prince d'Orange étoit campé à l'abbaye de Pure, de manière qu'il n'y pouvoit recevoir de subsistances, et qu'il n'en pouvoit sortir sans avoir les deux armées du roi sur les bras. Il s'y retrancha à la hâte et se repentit bien de s'y être laissé acculer si promptement. On a su depuis qu'il écrivit plusieurs fois au prince de Vaudemont, son ami intime, qu'il étoit perdu et qu'il n'y avoit que par un miracle qu'il en pût échapper. Son armée étoit inférieure à la moindre des deux du roi , qui l'une et l'autre étoient abondamment

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