SIÈGE ET PRISE DE CHARLEROY
exemples où cela avoit réussi. Ils me pressèrent, et quoique je m'en sen- . tisse fort flatté et à la sortie d'une grande action , je persévérai à leur en témoigner ma reconnoissance sans accepter leur offre. Je regardai ce régiment comme la fortune du chevalier de Montfort dont le frère l'avoit acheté. J'en écrivis à M. de Beauvilliers , et je pressai infiniment H. le duc de Chartres qui commandoit la cavalerie de le demander pour lui, qui me le fit espérer sans s'y engager tout à fait pour se débarrasser de pareilles prières pour les autres régiments. Morstein , qui étoit bien avec lui, me dit devant lui qu'il se doutoit bien qui auroit ce régiment, et fut honteux de ce que M. de Chartres lui répondit. Praslin le demanda et l'obtint par Barbezieux qui étoit son ami. J'avois su qu'il le demandoit , je le lui avois dit et en même temps mes désirs pour notre major. Le jour que M. de Chartres le vint faire recevoir, Praslin vint m'éveillcr, dîna chez moi , s'y tint toute la journée, et y soupa. Lui et le chevalier de Montfort se firent merveilles. M. le comte de Toulouse eut son régiment. D'Achy qui n'en eut point en fut outré et ne voulut ni voir Praslin ni en entendre parler. Je fis l'impossible pour le ramener de cette folie; il la poussa jusqu'à ne vouloir manger ni chez moi ni à ma halte, qu'il ne fût bien assuré que ce dernier n'y seroit pas, quoiqu'il n'oubliât rien pour l'apprivoiser. Non-seulement j'eus tout lieu de me louer de ee nouveau mestre de camp , mais l'amitié et la confiance se mirent entre nous et n'ont fini qu'avec lui.
Après divers camps de repos , de subsistances , d'observations , l'armée s'approcha de Charleroy ; le maréchal de Villeroy avec une partie de l'armée en fit le siège et y ouvrit la tranchée du 15 au 16 septembre. M. de Luxembourg le couvrit avec l'autre partie de l'armée , de laquelle nous étions , mais assez près pour s'aller promener souvent au siège , et pour que les deux armées se communiquassent sans aucun besoin d'escorte. Le prince d'Orange ne songea pas à donner la moindre inquiétude. Le marquis d'Harcourt avec son corps un peu renforcé fut envoyé aux lignes que gardoit La Valette , vers où l'électeur de Bavière avoit marché avec un assez gros corps. Fort peu après , le prince d'Orange quitta l'armée, et s'en alla à Breda, puis chasser à Loo et de là à la Haye. Charleroy battit la chamade le dimanche matin 11 octobre. On y perdit fort peu de monde, et personne de distinction que le fils aîné de Broglio , qui étoit allé voir le marquis de Créqui à la tran«)iée. Castille qui commandoit à Charleroy s'est fort plaint de n'avoir point été secouru, contre la parole que le prince d'Orange et l'électeur de Bavière lui en avoient donnée. Il a obtenu la permission de passer par la France pour aller en Espagne, et ne veut plus servir sous eux. Boisselotqui défendit si bravement Limerick en Irlande eut le gouvernement de Charleroy sur-le-champ.
M. de Noailles prit Roses. Un gros détachement de son armée alla joindre le maréchal Catinat, et la gendarmerie y fut aussi de l'armée du Rhin. M. de Savoie faisoit mine d'assiéger Pignerol, et se contenta de le bombarder, Tessé dedans, de prendre et de faire sauter le fort de Sainte-Brigitte, après quoi il perdit une grande bataille le dimanche 4 octobre , près de l'abbaye de la Marsaglia. Clérembault en apporta la