‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 102 sur 378 · CONVERSATION SUR LES PONTCHARTRAIN · texte numérisé non relu

CONVERSATION SUR LES PONTCHARTRAIN

au choix de mon peu de paroles , la nullité de part que sa personne devoit prendre au salut inespéré que je lui procurois.

Le duc tint parole; Pontchartrain fut averti et instruit; et, comme M. de Beauviiliers ne voulut pas s'y montrer, je fus toujours le canal entre eux sous le plus entier secret. Pontchartrain travailla chez le Dauphin; le duc avoit préparé les choses. Le prince fut content. Cela dura le reste du voyage de Marly , qui , d'une tirade , nous conduisit à Fontainebleau sans retourner à Versailles , à cause du mauvais air.

Dans ces entrefaites et sur la fin de Marly, je pris en particulier le premier écuyer, non pour lui confier quoi que ce soit de ce qui vient d'être raconté, mais pour m'en servir à ma manière au dessein de réconciliation que j'avois conçu. C'étoit un grand homme, froid, de peu d'esprit , de beaucoup de sens , fort sage , fort sûr , fort mesuré , qui , a force d'être né et d'avoir passé sa vie à la cour , fils d'un homme qui étoit maître passé et dans une considération singulière , et lui dans les cabinets les plus secrets de Le Tellier, Louvois et Barbezieux, dont il étoit si proche par sa femme , et qui l'avoient admis à tout avec eux , avoit acquis une grande connoissance de la cour et du monde , y étoit fort compté , s'y étoit mêlé de beaucoup de choses , et y étoit enfin devenu une espèce de personnage. Il étoit de tout temps fort bien avec le roi, il avoit des particuliers quelquefois avec lui; et il avoit eu l'art d'être fort bien avec tous les ministres , et intimement avec le chance • lier , qui avoit beaucoup de créance en lui. J'ai parlé de lui à l'occasion de la mort de Monseigneur, duquel il espéroit beaucoup, et rien de la cour nouvelle , avec qui il n'avoit nulle liaison , même quelque chose de moins avec les ducs de Chevreuse et de Beauviiliers , parj'ancien chrême des Louvois , si opposés à tout ce qui étoit Colbert , et tous leurs commerces et leurs allures tout à fait différentes.

Je crus donc que c'étoit le seul homme dont je pusse m'aider pour attaquer le chancelier sur sa conduite avec le duc de Beauviiliers. Je lui dis qu'ami au point où je l'étois de M. de Beauviiliers et du chancelier , je voyois de tout temps leur éloignement avec une peine extrême , que jusqu'alors je m'étois contenté de m'en affliger en moi-même; mais que, dans la face nouvelle que la cour venoit de prendre, et qui se fortifioit de jour en jour, je ne pouvois dormir en repos comme j'avois fait tant que leur inimitié n'avoit pu être fatale à aucun des deux; que le Dauphin devenoit rapidement le maître des affaires, et par lui son gouverneur , qui le seroit sans mesure lorsque son pupille auroit succède au roi; que le danger présent étoit grand par la haine publique que Pontchartrain avoit encourue; et s'il subsistoit le reste de ce règne, ce qui me paroissoit bien difficile , il me sembloit impossible qu'il pût durer au delà; que, tombant, je ne voyois pas ce que pourroit devenir *® père d'un homme chassé dan3 une cour où tout le crédit seroit conl lui, où il survivroit à sa fortune et à soi-même, et où la décence m propre humeur ne pourroit lui permettre d'y rester et d'y ha j ar r^ se voir chasser lui-même sur quelque aventure de Rome et ûe ; J a " nisme, et se voir bombarder un garde des sceaux; qu'en vain ppuyoit-il sur l'autorité de sa place, sur son esprit, sur sa capau >

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