‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 172 sur 378 · DU DUC DE B E AU V ILLIER S · texte numérisé non relu

DU DUC DE B E AU V ILLIER S

tenon, qui avoit jusqu'alors marqué pour lui un goût si abandonné, rentrerait à la fin dans ses bonnes grâces , et par elle dans celles du roi et de la Dauphins encore, légère comme elle étoit, et incapable d'une forte amitié et plus encore d'une longue haine , investie des Noailles au point et par les endroits où elle l'étoit; pour l'avenir, qu'un homme d'autant d'esprit, de talents, d'emplois, frère de ces mêmes dames du palais, et premier capitaine des gardes, approcheroit toujours le Dauphin devenu roi de fort près; qu'il n'étoit pas possible qu'il ne lui plût à la longue ; et que pour le présent et le futur , il valoit mieux l'avoir à soi, qu'à compter un jour avec lui après avoir refusé et méprisé ses avances. Ce raisonnement qui me saisit m'emporta tellement, que je me rendis facile à travailler à une réunion. Lorsqu'il m'en pria et qu il m'en pressa tout de suite , je ne laissai pas de le vouloir sonder à mon tour.

Sa mère , en femme sage et habile , avoit su profiter de la douceur et de l'équanimité du duc de Chevreuse , pour relier avec lui aussitôt que ce grand orage du quiétisme fut passé. Il avoit été à diverses reprises ou choisi par MM. de Bouillon et de Noailles , ou suggéré par le roi pour accommoder leurs vifs démêlés d'affaires et de procédés qui regardoient la vicomté de Turenne, et les terres de M. de Noailles dont les devoirs et la mouvance même étoient réciproquement prétendus et niés , ce qui les avoit souvent extrêmement commis. Ces affaires n'étoient point finies, et souvent M. de Chevreuse s'en mêloit encore. Je demandai donc au duc de Noailles pourquoi il ne s'adressoit pas à un canal si naturel et si puissant sur M. de Beauvilliers. Il me répondit assez naturellement qu'à la nature de ce qui lui étoit imputé en Espagne , à la piété pleine de maximes de M. de Chevreuse, et à la froideur dont il l'a voit retrouvé, il croyoit n'avoir guère moins besoin de secours auprès de lui qu'à l'égard de M. de Beauvilliers , et que je l'obligerois doublement si je voitlois bien parler de lui à tous les deux. Parler à l'un c'étoit parler à Vautre ; en affaires moins encore qu'en société , cela ne pouvoit se séparer; et jamais l'un n'auroit pris un parti sur le duc de Noailles sans l'autre. J'étois trop avant avec eux et depuis trop longtemps pour l'ignorer , mais je voulus être instruit de la façon d'être d'alors du duc de Noailles avec M. de Chevreuse, et je le fus. Déterminé que j'étois de parler à l'un , c'étoit l'être aussi de parler à l'autre , et je m'en chargeai.

Je n'eus pas peine à remarquer , aux remerctments que j'en reçus , la différence entière que faisoit le duo de Noailles de se raccommoder avec eux ou avec M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans. Son bien-dire ici me parut tout autrement aiguisé, et son empressement aussi, jusqu'à ce que j'eusse une réponse à lui faire. Néanmoins jé sentois tout l'éloignement de cour et de religion qu'avoit le duo de Beauvilliers pour le fils du feu maréchal de Noailles i et pour le neveu du cardinal de Noailles et de Mme dë Malntenon. M. de Chevreuse, qui par la raison que j'ai rapportée en étoit moins éloigné , fut celui à qui je m'adressai d'abord. Son accortise naturelle le ploya assez aisément au raisonnement qui m'avoit déterminé , et le disposa ensuite à le faire valoir à M. de Beauvilliers , que j'attaquai après. Je trouvai que je ne m'étois pas trompé. La proposition fut mal reçue. J'insistai pour être entendu jus-

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