‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 173 sur 378 · JE RÉUSSIS À LE RAPPROCHER · texte numérisé non relu

JE RÉUSSIS À LE RAPPROCHER

qu'au bout ; je déployai mes raisons , les louanges de ce que je trouvois dans M. de Noa il les , les avantages qui se pouvoient rencontrer avec lui , les inconvénients de le rejeter , tandis qu'il n'y en avoit aucun à le recevoir. Je m'étendis sur ce qu'il ne s'agissoit de rien en particulier , sinon en général d'être avec lui sur un pied honnête de bienveillance générale, de le voir et de lui parier en général quelquefois, avec toute liberté d'étendre et de resserrer ce léger commerce , selon qu'il se trouveroit convenir aux temps et aux occasions, et cependant s'assurer de l'avoir en laisse. Le duc de Beauvilliers voulut prendre quelques jours pour y penser. Je m'étois assuré du duc de Cbevreuse , que je comptois qui achèveroit de le déterminer dans l'ébranlement où je l'avois mis , et la chose succéda comme je l'avois prévue.

M. de Beauvilliers me permit donc de répondre au duc de Noailles de sa part avec quelque chose de plus que de la politesse, mais il me chargea en même temps de lui bien faire entendre combien il étoit important d'éviter de faire une nouvelle , d'exciter la curiosité et l'inquiétude, et de laisser apercevoir un changement de conduite l'un avec l'autre par se parler souvent , et plus qu'en passant , quand ils se trouve roi en t devant le monde aux lieux et aux heures publiques, ou par des visites moins que rares et sans précautions pour n'y trouver point de témoins. M. de Chevreuse , dont les suites des affaires de Turenne rendoient la taille plus aisée , se prêta aussi un peu plus. Je m'acquittai de ce que l'un et l'autre m'avoient chargé {de lui dire] avec la précision la plus exacte, et je comblai le duc de Noailles d'une joie que ces mesures étroites ne purent diminuer. Jamais son commerce avec M. de Chevreuse n'avoit pu lui en ouvrir aucun avec M. de Beauvilliers; et M. de Beauvilliers , auquel il avoit toujours inutilement buté par rapport à son jeune prince , dans les temps où il ne pouvoit rien , étoit en son absence devenu tout à coup l'étoile du matin , et le Dauphin la brillante aurore qui donnoit les couleurs à tout.

Rien de si vif, de si expressif que les remercîments que je reçus du duc de Noailles de lui avoir ramené ces deux seigneurs , avec lesquels il falloit maintenant compter, et plus encore à l'avenir, Beauvilliers surtout qui pénétroit la cour de ses rayons. Ils se virent donc , ils furent contents les uns des autres jusque-là que les deux ducs me surent gré de l'entremise , et me le témoignèrent , et le Noailles ne sut comment m'exprimer l'excès de son contentement et de sa reconnoissance. Il s'échafaudoit par-dessus ses espérances, et se flattoit d'arriver bientôt par ce chemin jusqu'au Dauphin. Son impatience là-dessus ne put souffrir de délai. Il s'expliqua là-dessus avec moi , il ne ménagea pas même l'ouverture comme la première fois. Il me dit que l'obligation seroit trop grande pour oser s'en flatter sitôt , après avoir été reçu par le duc de Beauvilliers, mais qu'il me laissoit faire, et que les preuves d'amitié qu'il recevoit de moi si importantes coup sur coup lui donnoient la confiance d'en tout espérer. Je sondai le terrain , je sentis que le duc de Noailles avoit été goûté ; j'en profitai. Je fis sentir au duc de Beauvilliers tout ce qu'un service prompt et qu'on n'ose demander ajoute à la grandeur du service-, cette considération entra, elle fit effet. Inconti-

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