DU DUC DE BE AU VTXLIE R S
nent après , c'est-à-dire au bout de sept ou huit jours , les manières
silencieuses et sèches du Dauphin changèrent peu à peu pour le duc de Noailles , qui dans son transport me le vint dire avec tous les remerclments pour moi , et les expressions pour le duc de Beauvilliers , qu'un succès si prompt et si peu espéré mit à la bouche d'un homme qui y avoit si fort buté comme au salut présent de sa fortune , et à l'ouverture de toutes ses espérances pour l'avenir. Malheureusement pour tout , ce n'est pas la peine de s'y étendre davantage. Revenons maintenant pour un moment au cardinal de Noailles.
G'étoit un homme avec qui mon âge et mon état ne m'avoient fourni aucune sorte de liaison ni commerce. Sa déplorable foiblesse pour la ruine radicale de Port-Royal des Champs, et l'exil du Charmel dont j'ai parlé en son temps , m'avoient même donné de l'éloignement pour lui. Mais le guet-apens qui lui avoit été dressé par ces deux évêques , l'insolence hypocrite dont il étoit soutenu , l'innocence évidente opprimée dans leurs filets par une injustice qui sautoit aux yeux , et cette innocence que bridoit la patience , la charité , la confiance en la bonté et la simplicité de sa cause, et une funeste lenteur naturelle, m'avoit piqué contre l'iniquité et le complot qui étoit palpable , dont les progrès croissoient toujours. J'étois ami intime de plusieurs de ses amis et amies qui m'en parloient souvent; et le P. Tellier, qui me tâtoit là-dessus avec ses ruses , n'en avoit pas assez pour me cacher de grossières friponneries. Il avoit eu le crédit de faire défendre au cardinal de Noailles d'aller à la cour. Cela m'avoit révolté tellement que j'allai à l'archevêché , un matin que son audience finissoit , lui témoigner la part que je prenois aux peines qu'on lui faisoit. 11 fut extrêmement touché de ma visite , et beaucoup aussi du peu de ménagements que j'y apportois en me montrant chez lui en une heure si publique. 11 me témoigna combien il sentoit l'un et l'autre. Il entra fort avant en matière avec moi , et de ce moment naquit une liaison entre nous , qui s'est toujours étréde , et qui n'a fini qu'avec lui. Bientôt après , il eut permission de voir le roi , et ce ne fut qu'assez longtemps après que son affaire fut renvoyée au Dauphin.
A peine fut-on de retour de Fontainebleau à Versailles que la mine , si a ni stem en t chargée , joua avec tout l'effet que les mineurs s'en étoient promis. Le roi fut accablé de lettres d'évêques hypocritement tremblants pour la foi , et qui , dans le péril extrême où ils trouvoient que le cardinal de Noailles la mettoit , se sentoient forcés par leur conscience , et pour la conservation du précieux dépôt qui leur étoit confié , et dont le père de famille leur redemanderoit un rigoureux compte , de se jeter aux pieds du fils aîné de l'Église , du destructeur de l'hérésie , du Constantin, du Théodose de nos jours, pour lui demander la protection qu'il n'avoit jamais refusée à la bonne et saine doctrine. Ce pathétique , tourné en diverses façons, fut soutenu de la frayeur mensongère dont étoient saisis de pauvres évêques inconnus, qui se trouvoient avoir à combattre l'archevêque de la capitale, orné de la pourpre romaine, puissant en famille , en amis , en faveur , en crédit. Le fracas fut grand ; et le roi, à qui ces lettres étoient à tous moments présentées à pleines mains par le P. Tellier, et par lui bien commentées, entra dans un