MINISTRES TRAVAILLENT
sur tout avec un prince qui avoît Mme de Maintenon à lui , et qui auprès du roi étoit devenu plus fort qu'eux dans leur propre tripot; un prince qui n'avoit plus rien entre lui et le trône; qui étoit capable, laborieux, éclairé, avec un esprit juste et supérieur; qui avoit acquis sur un grand fonds tout fait depuis qu'il étoit dans le conseil ; à qui rien ne manquoit pour les éclairer ; qui , avec ces qualités , avoit le cœur bon , étoit juste, aimoit l'ordre; qui avoit du discernement, de l'attention, de l'application à suivre et à démêler; qui savoit tourner et approfondir; qui ne se payoit que de choses et point de langage ; qui vouloit délerminément le bien pour le bien ; qui pesoit tout au poids de sa conscience ; qui , par un accès facile et une curiosité de dessein et de maximes , seroit instruit par force canaux; qui sauroit comparer et apprécier les choses, se défier et se confier à propos par un juste discernement et une application sage , et en garde contre les surprises de toutes parts ; qui , ayant le cœur du roi, avoit aussi son oreille à toute heure; et qui, outre les impressions qu'il prendroit d'eux pour quand il seroit leur maître, se trouvoit dès lors en état de confondre le faux et le double, et de porter une lumière aussi pénétrante qu'inconnue dans l'épaisseur de ces ténèbres qu'ils avoient formées et épaissies avec tant d'art, et qu'ils entretenoient de même.
L'élévation du prince et l'état de la cour ne comportoit plus le remède des cabales; et la joie publique d'un ordre qui rendoit ces rois à la condition de sujets, qui donnoit un frein à leur pouvoir, et une ressource à l'abus qu'ils en faisoient, ne leur laissoit aucune ressource. Ils n'eurent donc d'autre parti à prendre que de ployer les épaules à leur tour, ces épaules roidies à la consistance du fer. Ils allèrent, tous avec un air de condamnés, protester au Dauphin une obéissance forcée et . * une joie feinte de l'ordre qu'ils avoient reçu. /
Le prince n'eut pas peine à démêler ce qu'eux-mêmes en avoient tant à cacher. Il les reçut avec un air de bonté et de considération , il entra avec eux dans le détail de leurs journées pour leur donner les heures les moins incommodes à la nécessité du travail et de l'expédition , et pour cette première soumission n'entra pas avec eux en affaires; mais ne différa pas de commencer à travailler chez lui avec eux.
Torcy , Voysin et Desmarets furent ceux sur qui le poids en tomba , par l'importance de leurs départements. Le chancelier, qui n'en avoit point, n'y eut que faire. Son fils, voyant les autres y travailler assidûment, auroit bien voulu y être mandé aussi. Il espéroit s'approcher par là du prince, et il étoit fort touché de l'air important; mais sa marine étoit à bas, et les délations du détail de Paris, dont il amusoit le roi tous les lundis aux dépens de tout le monde, et dont Argenson lui avoit adroitement laissé usurper tout l'odieux, n'étoient ni du goût du Dauphin, ni chose à laquelle il voulût perdre son temps. D'ailleurs la personne de Pontchartrain lui étoit désagréable, comme on le verra bientôt , et il ne put parvenir à être mandé , ni trouver sans cela de quoi oser aller rendre compte, dont il fut fort mortifié. La Vrillière n'avoit que le détail courant de ses provinces , par conséquent point de matière pour ce travail ; le département de sa charge étoit la religion prétendue
réformée , et tout ce qui regardoit les huguenots. Tout cela étoit tombé depuis les suites de la révocation de ledit de Nantes , tellement qu'il u'avoit point de département.
Ce seroit ici le lieu de parler de la situation dans laquelle je me trouvai incontinent avec le Dauphin , et la confiance intime sur le présent et l'avenir , et toutes les mesures qui y étoient relatives , où je fus admis entre le duc de Beauvilliers et le Dauphin , et le duc de Chevreuse. La matière est curieuse et intéressante, mais elle mèneroit trop loin à la suite de la longue parenthèse que la mort de Monseigneur et ses suites, et que l'affaire de d'An tin et de l'édit qu'elle produisit, a mise au courant. Il le faut reprendre jusqu'au voyage de Fontainebleau. Je reviendrai après à ce que , pour le présent, je diffère.
Voyages des généraux d'armée. — Permangle bat et brûle un grand convoi.
— Duc de Nouilles prés du roi d'Espagne avec ses troupes sous Vendôme.
— La reine d'Espagne attaquée d'écrouclles. — Bonac relève Blécourt à la cour d'Espagne. — Marly en jeu et en sa Tonne ordinaire; cause de sa singulière prolongation. — Premier mariage de Belle-Ile. — Mariage de Monlboissier avec Mlle de Maillé. — Mariage de Parabère avec Mlle de La Vieuville. — Course à Marly de l'électeur de Bavière. — Mort de Langeron, lieutenant général des armées navales. — Mort, caractère, descendance et titres du duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne en France; sa succession. — Fils d'Amcloi président à mortier. — Digne souvenir du roi des services de Molé, premier président et garde des sceaux. — BergUeyck à Marly, mandé en Espagne. — Voyage du roi d'Angleterre par le royaume. —-Grand prieur à Solcure. — Deuil de l'empereur suspendu, et sa cause. — Le roi d'Espagne donne ce qui lui reste aux Pays-Bas à l'électeur de Bavière, qui passe à Marly allant à Namur, et envoie le comte d'Albert en Espagne ; comte de La Marck suit l'électeur, de la part du roi, sans caractère. — Gassion bal en Flandre douze bataillons et dix escadrons; son mérite et son extraction. — Clôture de l'assemblée extraordinaire du clergé ; admirable et hardie harangue au roi de Nesmond, archevêque d'Alby. — Le Dauphin montré au clergé par le roi. — Services de Monseigneur à Saint- Denis et à Noire-Dame. — Merveilles du Dauphin à Paris. — Nul duc ne s'y trouve, quoique le roi l'eût désiré. — CréaUon d'officiers gardes-côtes. — - Pontcharlrain en abuse et de mon amitié, me trompe, m'usurpe, et je me brouille avec lui. — Usurpation très-attentive des secrétaires d'Etat. — Sottise d'amitié. — Trahison noire de Ponlchartrain. — Étrange procédé de Pontcharlrain, qui me veut leurrer par Aubanton. — Impudence et embarras de Pontcharlrain. — Le chancelier soutient le vol de son (Ils contre moi. — Peine et proposition des Pontcharlrain. — Ma conduite avec eux.
Le maréchal de Viilars étoit allé de bonne heure en Flandre , dans le dessein d'y faire le siège de Douai. Le maréchal de Montesquiou avoir fait pour cela les dispositions nécessaires, mais l'exécution ne put avoir lieu. Viilars revint à la cour jusqu'au temps de l'ouverture de la campagne , qu'il s'en retourna prendre le commandement de l'armée. En attendant , Permangle , maréchal de camp , qui commando it dans Condé , eut avis