ARMÉES D£ FLANDRE ET DU RHIN. S9I
de Fempire. C'est ce qui rendit 1^ premiers temps de la campagne de Flandre si incertains par le soin que les ennemis eurent de cacher leur projet pour dérober des marches au maréchal de Yilleroy, et gagner le Rhin longtemps avant lui, s'il étoit possible. Le maréchal de Tallard, qui avoit passé le Rhin de bonne heure, s'avançdt cependant vers les gorges des montagnes; il n'y trouva aucune difficulté, et il passa la jouniée du 18 mai avec Félecteuç de Bavière.
Le duc de Marlborough , avancé vers Coblentz , laissoit en incertitude d*une entreprise sur la Mo6eUe« ou de vouloir seulement attirer le gros des troupes de ce côté-4à; mais bientôt, pressé d'exécuter son projet, il mardiji à tire-d'aile au Rhin et le passa à €k)blentz le 26 et le S7 mil. Le maréchal de Villeroy venu jusqu'à Arlon craignit encore un hoquet, que l'Anglois, embarquant son infanterie, la portât en Flandre bien plus tôt qu'il n'y pourrpit être retourné, et ne fit quelque entreprise vers la mer. Dans ce soupçon, il laissa une partie .de son infanterie assez près de la Meuse pour pouvoir joindre le marquis de Bedmar à temps, et lui avec le reste et sa cavalerie se mit à suivre l'armée ennemie, tandis que M. de Bavière et le prince Louis de Bade se côtoyoient de fort près. Tallard, sur les nouvéUes de la cour et du maréchal de Villeroy, avoit quitté l'électeur et Mi repasser le Rhin à son armée. H s'étoit avancé à Landau, et le maréchal de Villeroy avoit passé la Moselle entre Trêves et Thiouville. Le marquis de Bedmar étoit demeuré en Flandre à commander les troupes françoises et espagnoles qui y étoient restées, et M. d'Overkerke celles des ennemis. Marlborough cependant passa le Mein entre Francfort et Mayence, et marcha par le Bergstras sur Ladenbourg pour y passer le Necker. Les maréchaux de Villeroy et de Tallard se virent, et se concertèrent, les troupes du premier suy Landau, celles du second sous Neustadt, d'où Tallard rer mena son arméé passer le Rhin sur le ppnt de Strasbourg
2d2 àKMÉËS DË FLAMDK£ £T DU AUIN. [1704]
le 1" juillet. Alors celle de Marlborough étoit arrivée à Ulm, et le prince Eugène, parti de Vienne, 8*étoît rendn à Phi-
lippsbourg, d'où il étoit allé camper à Rothweil pour couvrir le Wurtemberg, et ce dessein manqué mena son armée à Ulm» où il conféra avec le prince Louis de Bade et le duc de Ifarlborough qui avoient les leurs à portée.
Le maréchal de Yilleroy suivit Tallard et passa le Rhin ; il entra dans le commencement des vallées de manière à pouvoir communiquer avec Tallard , et de le joindre même au besoin par des détachements avancés. Tous deux avoient perdu dans le Palatinat une précieuse quinzaine en revues et en fêtes et en attente des ordres de la cour. Yilleroy, accoutumé à maîtriser Tallard son cousin, son courtisan et son protégé, toute sa vie, n'en rabattit rien pour le voir à la tète d'une armée indépendante de Jiui. Tallard, devenu son égal au moins en ce genre» trouva cette hauteur mû placée et voulut secouer un joug trop dur, et que Tautre n*avoit aucun droit de lui imposer. Gela fit des scènes assez ridicules, mais qui n'éclatèrent pas jusque dans le gros des armées. Tallard plus sage comprit pourtant qu'à la cour leur égalité cesseroit, et le besoin de ne se pas brouiller avec son ancien protecteur les remit un peu plus en mesure. Cette perte de temps fut le commencement des malheurs que le roi éprouva en Allemagne. Tallard devoit passer et le maréchal de Yilleroy garder les gorges; cela se iit, mais trop tard. Donawerth est un passage très-important sur le Danube. La ville ne vaut rien : on fit des retranchements à la hâte sur Farrivée de tant de troupes des alMés,' et le comte d*Arco, maréchal des troupes de Bavière, se mit dedans; 41 fut attaqué avant que ses retranchements fussent achevés. Il soutint très-bravement et avec capacité ses retranchements depuis six heures du soir jusqu'à neuf que, se voyant hors d*état d*y tenir davantage, il se retira en bon ordre à Do-nawerth qu'il abandonna le lendemain, passa le Danube, puis le Lech, et se i étira à ilhein, d'où il compta pouvoir