‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 180 sur 209 · CARACTÈRE B£ SA FEMME · texte numérisé non relu

CARACTÈRE B£ SA FEMME

encore mieux la table, où elle étoit charmante; elle excelloit dans l'art de contrefaire, et surpassoit les plus fameuses actrices à jouer des comédies; elle s'y surpassa à celles d'Esther et d*iU^te devant le roi. Il ne la goûta pourtant jamais et fût toujours réservé, méine sévère avec eUe; cela surprenoit et affligeoit Mme de Maintenon. Je me suis étendu sur Mme de Caylus, qui, après de longs revers, lit enfin une sorte de personnage. Ce revers étoit arrivé; plusieurs imprudences en furent cause. H y avoit trois ou quatre ans qu'elle étoit chassée de la cour et réduite à demeurer à Piaris.

Le feu roi, qui n*aimoit la dignité que pour lui et qui aimoit la majesté de sa cour, regrettoit toujours celle des cercles de la reine sa mère, parmi lesquels il avoit été nourri et dont la splendeur ûnit avec elle. Il essaya de les soutenir chez la reine sa femme, dont la bétise et l'étrange langage les éteignirent bientôt. Le roi, qui ne s'en pouvoit départir, les releva du temps de Mme la Dauphine, après la mort de la reine. Elle avoit l'esprit, la grâce, la dignité et la conversation très-propres à cette sorte de cour. Mais les incommodités de ses fréquentes grossesses, celles des longues suites de ses couches, la longue maladie qui dura depuis la dernière jusqu'à sa mort, les interromjjirent bientôt. L'excessive jeunesse , pour ne pas dire l'enfance, de Mme la duchesse de Bourgogne, ne permit pas d'y penser depuis son arrivée jusqu'en ce temps-d que le roi , toujours touché des cercles, la crut assez formée pour les'tenûr. n voulut dcmc que tous les mardis, qui est le jour que tou3 les ministres étrangers sont à Versailles , Mme la duchesse de Bourgogne dînât seule, servie par ses gentilshommes servants ; qu'il y eût, à son dîner, force dames assises et debout; et qu'ensuite elle tint un cercle où Mme la duchesse d'Orléans, les princesses du sang et toutes les dames assises et debout se trouvassent avec tous les seigneurs de la cour. Cet ordre commença à s'exécuter de la sorte à la mi-novembre de cette année , et se continua quelque temps; mais la représentation sérieuse,

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