‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 203 sur 209 · II. LETTRE DU MARÉCHAL DE VILLARS AU ROI · texte numérisé non relu

II. LETTRE DU MARÉCHAL DE VILLARS AU ROI

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La lettre de Villars, que Saint-Simon avait placée parmi les Pièces de ses Mémoires, se trouve dans les archives du Dépôt de la guerre, vol. 1582, lettre 103. Elle a été publiée dans le tome II, pages 409 et suivantes des Mémoires militaires relatifs à la succession d' Espagne , qui font partie do la collection des Documents inédUs relatifs à Vhistoire de France, £n voici le texte :

« Du camp de Friedlingen, th octobre 1702.

c J'avois rhonneur de rendre compte à Votre Majesté, par une assez

longue dépêche du 14, de tout ce qui regardoit la prise de Neubourg, qui a coûté M. de La Petitière, capitaine des grenadiers de Cnissol. C'est à la valeur de cet officier, et à celle du sieur .Torreau, lieutenantcolonel de Béam, qu'est dû l'heureux succès de cette entreprise.

M. le marquis de Biron s'y est conduit à son ordinaire. J'y avois envoyé M. le comte du Bourg pour donner tons les ordres nécessaires, ce qui lui a causé le malheur de ne pouvoir se trouver à la bataille, dont M. de Choiseul aura l'honneur de donner la première nouvelle à Votre Majesté.

« Je fus informé que l'armée de l'empereur, commandée par M. le

NOTBS.

prince de Bade, so motloit en marche k» l^t, et quittoit ses retranchements. Dès le 13, l'infanterie de Votre Majesté et la brigade de Vivans avoient passé le Rhin. Le prince de Neubourg nous faisant Yoir un mouvement fort vif dans le camp des ennemis, l'on crut qu'il étoit bon de se mettre en mesure, ou d*empécher leur armée de troubler notre établissement dans notre nouveau poste, ou de l'attaquer, al l'on en détachoit quelque corps d'infimterie pour aller vers Neubourg.

< Sa Majesté comprendra que son armée, ayant été placée an delà du Rhin dès le 13, par les raisons que j'ai eu l'honneur de lui exposer, Ail promptement en bataille dans (devant?) les retranchements des'ennemis. Dans la matinée du 14, MM. Desbordes et de Chamaraode s'étoient mis à la tête de l'infanterie, laquelle marcha très-diligemment pour gagner la crête d'une montagne assez élevée.

« La cavalerie des Impériaux, plus forte de deux mille chevaux que la nôtre, étoit en bataille dans la plaine; et celle de Votre Majesté fut placée, la gauche au fort de Friedlingen, malgré un assez c;ros feu de l'artillerie de ce fort, et la droite appuyée à cette montagne que l'infanterie avoit occupée.

a On aperçut dans ce moment que l'infanterie des ennemis faisoit tous ses efforts pour gagner la crête de la hauteur, avec cette circonstance qu'elle y montoit en bataille, et que celle de Totre Majesté trayersoit des vignes et des hauteurs escarpées qui ralentissoient sa marche.

c Je dois faire observer à Votre Majesté que l'on avoit envoyé à Neubourg deux mille hommes de son infanterie, parmi lesquels étoient plusieurs compagnies de grenadiers, et les deux régiments de dragons de la reine et de Gévaudan. Cependant MM. Desbordes et de Ghamarande, qui pressoient les mouvements de Tinfanterie, le premier peut-être avec trop d'ardeur, marchoient aux ennemis avec les brigades de Champagne, de Bourbonnois, de Poitou et de la reine. Ils les trouvèrent postés dans un bois assez épais. Les ennemis avoient leur c-anon, et, malgré une très-vive résistance, ils furent renversés et leur canon fut pris. Pendant ce temps-là, M. de Magnac, qui étoit dans la plaine à la téte de la cavalerie, vit celle des ennemis s'ébranler pour venir à la charge; celle de Votre Majesté étoit dans tout l'ordre convenable. On avoit, dès le matin, recommandé aux cavaliers de ne point se servir d'armes à feu , et de ne mettre l'épée à la main qu'à cent pas des ennemis; et, à la vérité, ils n'ont pas tiré un seul coup.

c Les Impériaux ont fait les trois quarts du chemin; M. de Uagnac, suivi de M. de SaintrHaurice, qui commandoit la seconde ligne, et s'est conduit en bon et ancien officier, s'est ébranlé de deux cents pas. La cfaargj» n'a été que trop rude par la perte de très-braves

NOTES

officiers, dont j'aurui l'honneur d'envoyer une liste à Votre Majesté par le premier ordinaire.

f La cavalerie impériale a été entièrement renversée, sans que les escadrons de celle de Votre Majesté se soient démentis ; ils ont mené les emiemis jusqu'à un défilé qui les a fait perdre de vue, sans qu'ils se soient écartés pour le pillage ni pour faire des prisonniers.

< Les nouveaux régiments n'ont pas cédé aux anciens; et pour nommer ceux qui se sont distingués, il n'y a qu'à voir l'ordre de bataille : M. de Vivans, commandant de la cavalerie; IL Dauriac; M. de Massenhach, colonel réformé, commandant par son ancienneté la brigade de Condé, a fait des merveilles; M. le marquis du Bourg, colonel du régiment royal; M. le prince de Tarente, capitaine dans ce même régiment; M. de Saint-Pouanpe; Fourquevaux, qui a sept étendards des ennemis dans son nouveau régiment; M. de Conflans, brigadier. En un mot , je puis dire à Votre Majesté qu'elle peut compter que cette cavalerie s'est surpassée, et elle peut juger de la perte des Impériaux par la prise de trente étendards et de trois paires de timbales. Nous voyons, par des ordres de bataille pris aux ennemis, qu'ils avoient cinquante-six escadrons. Votre Majesté en avoit trentequatre, les six de la reine et de Gévaudan ayant été détachés la veflle pour marcher vers Neubourg.

« Notre infanterie avoit défait et renversé , par trois charges différentes, celle des ennemis, et pris .leur canon; mais sa trop grande ardeur, jointe à la mort de M. Desbordes, lieutenant génénral, et à celle de H. de Chavannes, brigadier, la porta à sortir dans la plaine , après avoir chassé les ennemis du bois, et à perdre ainsi son avantage. M. de Chamarando, qui dans tout le cours de cette action s'est parfaitement distingué, MM. de Schelleberg et du Tôt, ne purent empêcher qu'elle ne revînt. Cependant on peut juger de l'avantage qu'elle a eu sur les ennemis, puisqu'elle leur a pris plusieurs draqpeaux sans en avoir perdu un seul.

« Tous les jeunes colonels y ont montré une valeur infinie. MM. de Seignelay, de Naniiis, de Coetquen, le jeune Ciiamarande, le comte de Choiseul, de RatFetot, ont toujours été dans le plus grand péril et le plus gros feu. Les ennemis ont eu plus de trois mille hommes tués sur le champ de bataille; ils n'ont pas de nos prisonniers. Nous savons que le général Slauffemberg y a été tué. On dit aussi que le comte de Fur^mberg-Sttthlingen, les comtes de Hobenlohe, Kœnigseck et deux autres colonels sont prisonniers, avec vingt-cinq autres oflfiders.

« Le comte de Hohenlohe demande de pouvoir aller à Bâle sur parole. Nous avons été aujourd'hui sur le champ de bataille, et les endroits où leurs bataillons ont été défaits sont marqués par quantité d'armes abandonnées.

c Cependant le temps qu'il a fallu pour remettre quelque ordre dan>

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