HUXELLES
meublée à Strasbourg. Nous lui verrons faire une fin tout à lait digne, sage et chrétienne.
Huxelles , dont le nom étoit de Laye , et par adoption du filé, du père du trisaïeul de celui dont il s*agit ici. Malgré ce nombre de degrés, ce ne fût <iue vers l'an 1500 «pie cette adoption fût Dûte par le grand-onde maternel de ce lH8a!eal, dont la femme devint par Vévénement héritière de sa famille, à condition, comme il a été exécuté, de prendre le nom et les armes de du Blé et de quitter celles de Laye. Avant cela, on ne connott pas trop ces de Laye. Il y avoit plusieurs familles de ce nom. Depuis ils ont eu une BaufiGremont et quâques bonnes alMances. Mais avant d'aller plus loin, il ifaut expliquer celles dont notre marquis d'Huxelles sut faire les échelons de sa fortune.
Son père et son grand-père, qui furent tués à la guerre, et son bisaïeul, eurent le gouvernemeQt de Ghâions et cette petite lieutenanœ générale de Bourgogne. Le grand-père épousa une Pbélypeaux, par où notre marquis d'Huxelles se trouva fort prodie de Ghâteauneuf , secrétaire d*itat, et de Pontchartrain depuis chancelier, et du maréchal d'Humières, c'est-à-dire que son père étoit cousin germain de Châteauneuf, issu de germain de Pontchartrain, et germain du maréchal d'Uumières. La sœur du père du marquis d'Huxelles avoit fort étrangement épousé fieringhen, premier écuyer qui avoit été premier valet de chambre, dont le fils, premier écuyer aussi, et cousin germain de notre marquis d'Huxelles, avoit bien plus étrangement encore épousé une fille du duc d'Aumont et de la sœur de M. de Louvois. L'intrigue ancirane de tout cela mèneroit trop loin. Il suffit de marquer la proximité des alliances et d'igouter que l'amitié de la vieille Beringhen pour son neveu, et l'honneur que son mari tiroit d'elle firent élever ce neveu avec leurs enfants comme frères, que l'amitié a subsisté entre eux à ce même degré, et que Beringhen, neveu de Louvois par une alliance si distinguée pour tous les deux, entra
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dans sa plus-étroite confiance et d'affaires et de famille, fut après sa mort sur le même pied avec Barbezieux, et, tant par là que par sa charge , fut une manière de personnage. Il protégea son cousin d'Huxellesde toutes ses forces auprès de LouYois, puis de Barbezieui, et Fa soutenu tonte sa vie. Ce préambule étdt nécessaire pour Insn fidre entendre ce qui suivra ici et ailleurs ; ajoutons seulement que le marquis de Créqui, fils du maréchal, avoit épousé l'autre fille du duc d'Aumont et de la sœur de Louvois et que MM. de Gréqui vivoient fort unis avec M. d'Aumont, les Louvois et les Beringhen. Revenons maintenant à notre marquis d'Huxelles.
Son père n*avoit que dix ans quand il perdit le si^, et
vingt lorsqu'il perdit sa mère. C'étoit un homme d'ambition qui, trouvant Beringhen dans la plus intime faveur de la reine régente qui le regardoit comme son martyr, Tavoit, pour prémices de son autorité , rappelé des Pays»-fias où il s'étoit enfoi , et de valet Tavoit fait premier écuyer. HuzeUes crut se donua* un fort appui en l'honorant h bon marché du mariage de sa sœur, duquel il étoit seul le maître, et ne s'y trompa pas. Il servit avec réputation et distinction; il eut même le grade singulier de capitaine général qui ne fut donné qu'à quatre ou cinq personnes en divers temps, et qui commandoit les lieutenants géniaux, et il n'étoit pas loin du bftton lorsqu'il fut tué, avant dnquantd ans, devant GnH vélines, en 1658. Sa veuve, fille du président Bailleul, surintendant des finances lors de leur mariage, étoit une femme galante, impérieuse, de beaucoup d'esprit et de lecture, fort du grand monde, dominant sur ses amis, se comptant pour tout, et les autres, ses plus proches même pour fort peu, qui a su se conserver une considération, et une sorte de tribunal chez elle jusqu'à sa dernière vieillesse , où la compagnie fut longtemps bonne et trayée, et où le prix se distribuoit aux gens et aux choses. A son seul aspect, tout cela se voyoit en elle. Son fils et elle ne purent être long-
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temps d'accord , et ne l'ont été de lewr vie. Il se jeta aux Beringhen qui le re(,ureiit comme lem' enfant, il avoit près de vingt-cinq ans quaod il la perdit. La plus iatime liaison 3*étoit consolidée entre ses enfants et 3on neveu, et le vieux Beringhen, <]ui ne s'étoit pas moins conservé d'autorité dans sa famille, que de conddération dans le monde et auprès du roi jusqu'à l'extrême vieillesse , eut d'autant plus de soin de l'entretenir qu'il aimoit ce neveu comme son fils. Il ne mourut qu'en 1692 , et dès 1677 il avoit marié son fils à MUe d'Aumont.
Avec tous ces avantages Huzelles sut cheminer ; il devint rhomme de M. de Louvois à qui il rendoit compte et qui le mena vite. 11 lui lit donner le commandement de ce malheureux camp de Maintenon pour l'approcher du roi, dont les inutiles travaux ruinèrent Finfanterie, et où il n'étoit pas permis de parler de malades, encore moins de morts. A tirente-dnq.ans, n'étant que maréchal de camp, Louvois lui procura le commandement de l'Alsace sous Montclar, puis en chef, à sa mort au commencement de 1690, et le fit résider à Strasbourg pour mortifier Ghamilly à qui le roi en venoit de donner le gouvernement, et quatre ans après le fit lieutenant général et chevalier de l'ordre à la fin de 1689. n résida toujours à Strasbourg jusqu'en 1710, roi plutôt que commandant d'Alsace, et servit, toutes les campagnes sur le Rhin, de lieutenant général, mais avec beaucoup d'égards et de distinctions.
. C'étoit un grand et assez gros homme, tout d'une venue, qui marchoit lentement et conmie se traînant, un grand visage couperosé , mais assez agréable , quoique de physionomie refrognée par de gros sourcils, sous lesquels deux petits yeux vifs ne laissoient rien échapper à leurs regards; il ressembloit tout à fait à ces gros brutaux de marchands de bœufe. Paresseux, voluptueux à l'excès en toutes sortes de commodités, de chère exquise grande, Journalière, en choix de compagnie, en débauches grecques dont il ne pre-
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nôit pas la peine de se cacher, et accrochât de jeunes officiers qu'il adomestiquoit, outre de jeunes valets très-bien faits, et cela sans voile, à l'armée et à Strasbourg; glorieux jusqu'avec ses généraux et ses camarades , et ce <pi*il y avoit de plus distingué, pour qui, par un air de paresse, il ne se levoit pas de son siège, aUoit peu chez le général, et ne montoit presque jamais à cheval pendant les campagnes; bas, souple, flatteur auprès des ministres et des gens dont il croyoit avoir à craindre ou à espérer, dominant sur tout le reste sans nnl ménagement, ce qui méloit ses compagnies et les esseuloit assez souvent. Sa grosse tète sous une grosse perruque, un silence rarement interrompu , et toujours en fjeu de mots, quelques sourires à propos, un air d'autorité et de poids, qu'il tiroit plus de celui de son corps et de sa place que de lui-même ; et cette lourde tète ofTusquée d'une pmruque vaste lui donnèrent la réputation d'une bpnne tète, qui toutefois étdt meilleure à peindre par le Rem toindt pour une tête forte qu'à consulter. Timide de cœur et d'esprit, faux, corrompu dans le cœur comme dans les mœurs, jaloux, envieux, n'ayant que son but, sans contrainte des moyens pourvu qu'il pût se conserver une écorce de probité et de vertu feinte , mais qui laissoit voir le jour à travers et qui cédoit même au besoin véritable; avec de l'esprit et quelque lecture, assez peu instruit et rien moins qu'homme de guerre, sinon quelquefois dans le discours; en tout genre le père des difficultés , sans trouver jamais de solution à pas une; fin, délié, profondément caché, incapable d'conitié que relative à soi, ni de servir peraonne, toujours occupé de ruses et de cabales de courtisan, avec la simplicité la plus composée que j'aie vue de ma vie, un grand chapeau clabaud toujours sur ses yeux, un habit gris dont il couloit la pièce à fond, sans jamais d'or que les boutons, et boutonné tout du long, sans vestige de cordon bleu, et son Saint-Esprit bien caché sous sa perruque; toujours des voies obliques, jamais rien de net, et se conservant partout des
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partes de derrière; esclave du iniblic et n*approQvaiit aucun
particulier.
Jusqu'en 1710 il ne venoit à Paris et à la cour que des moments, pour se conserver les amis importants qu'il se savoit ménager. A la iin il s*eimuya de son Alsace, et, sans en quitter le conunandement, moins encore les appointements, car avec une grande d^>ense que sa vanité et ses voluptés tirdent de lui il étoit avare» il trouva le moyen de venir demeurer à Paris pour travailler à sa fortune. Sous un masque d'indifférence et de paresse, il brùloit d'envie d'être de quelque chose, surtout d'être duc. Il se lia étroitement aux bâtards par le premier président de Mesmes» esclave de M. et de Mme du Blaine, et le plus intime ami de Beringhen, par conséquent le sien. Par M. du Maine, qui fut la dupe de sa capacité et des secours qu'il pourroft trouver en lui, il eut quelques secrets accès auprès de Mme de Maintenon. Il ne négligea pas le côté de Monseigneur; Beringhen et sa femme étoient fort amis de la Ghoin; ils lui vantèrent Huxelles, elle consentit à le voir.
n devint son courtisan , jusqu'à la bassesse d'envoyer tous les jours de la rue Neuve-Saint- Augustin , où il logeoit , auprès du petit Saint-Antoine, oii elle demeuroit, des têtes de lapins à sa chienne. Par elle il fut approché de Monseigneur, il eut avec lui des entretiens secrets à Meudon; et ce prince, à qui il n'en faUoit pas tant pour l'éblouir, prit une estima pouif lui jusqu'à le croire propre à tout, et à S'^ expliquer autant qu'il le pouvoit oser. Dès qu'il fut mort, la pauvre chienne lut oubliée , plus de têtes de lapins; la maîtresse le fut aussi. Ëlle avoit eu la sottise de compter sur son amitié; suiprise et blessée d'un abandon oL subit, elle lui en ût revenir quelque chose. Lui-même fit le surpris; il ne pouvoit comprendre sur quoi ces plaintes étoient fondées, n dit ^firontément qu'il ne la connoissoit presque pas , et qu'il ne l'étoit de Monseigneur que par son nom, ainsi qu'il ne savoit pas ce qu'elle vouloit dire. De cette sorte linit ce commerce
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^vec la cause de la faveur, et elle n'en a pas ouï parler depuis.
En Yoflà assez pour le présent sur un homme dont j*aî
déjà parlé ailleurs, et que nous verrons toujours le même figurer en plus d'une sorte, et se déshonorer enfin de plus d'une façon. Nous aurons donc aussi occasion d'en parler plus d*une fois enonre. U suffira de dire ici q[ue la téte lui pensa tourner de ne voir point de succès de tant de menées, et qu'il y avoit plusieurs mois qu'il étoit enfermé chez lui dans une farouche et menaçante mélancolie, ne voyant presque et qu'à peine Beringhen, lorsque l'espérance d'aller traiter la paix raffermit son cerveau déjà, fort égaré.
.Tessé dont j'ai eu occasion de parier plus d'une fois. Sa mère étdt sœur du père du marcpûs de Lavardin , anibassadeur à Rome , excommunié par Innocent XI pour les franchises, chevalier de l'ordre, etc., duquel par l'événement il a beaucoup hérité ; le Irère cadet de son père étoit le comte de Froulay, grand maréchal des logi^i de la maison du roi, chevalier de l'ordre en 1661, mort en 1671, grandr-père de Froulay, ambassadeur à Venise, de l'évéque du Mans, et du bailli de Froulay, ambassadeur de son ordre en France. Une autre alliance fut plus utile à la fortune de ïessé. La mère de son père étoit Escoubleau, sœur du père de Sourdis, chevalier de l'ordre en 1688, puis commandant en Guyenne, duquel j'ai parlé, ami intime de Saint-Pouange, au fils duquel il donna enfin sa fille unique, et créature de Louvois, auprès duquel il produisit Tessé encore tout jeune : c'étoit un grand homme, bien fait, d'une figure fort noble, et d'un visage agréable; doux, liant, poli, flatteur, voulant plaire à tout le monde, surtout à la faveur et aux ministres. D devint bientôt comme Huxelles, mais dans un genre différent, l'homme à tout faire de Louvois, et celui qui, de partout, l'informoit de toutes choses. Aussi en âit-il promptement et roidement récompensé : il acheta pour rien la charge