HONTEUX DÉLAIS DE VILLARS
honteusement en brûlant et ravageant les terres de ce prince lorsija'il y passa en allant en Bavière. Le roi, à qui il demanda permission de se faire accompagner par sa femme, ne se montra pas plus galant que le prince Louis, tellement que Yillars en furie ne songea qu'à différer. L'approvisionnement, les recrues, l'arrivée jdes officiers, mille détails dont il sut profiter, furent ses prétextes. Cinquante bataillons et qua^vingts escadrons,-avec force (Aciers généraux^ destinés à passer avec lui, se morfondirent longtemps, peu touchés des charmes de la maréchale. Le comte d'Albert, que le roi ne voulut jamais rétablir, non pas même le laisser colonel réformé , eut permission d'aller chercher fortune en Bavi^e, au service de rélecteur, et alla avec Monasterol, son envoyé ici, joindre ses troupes pour passer avec elles.
A la fin Yillars, poussé à bout d'ordres pressants-, et ne pouvant plus trouver d'excuses, sous les yeux de tant de témoins, passa le Rhin, et se mit sérieusement en marche. Il poussa devant lui Blainville avec une vingtaine de bataillons, qui emporta le château d'Haslach, où cent quatrevingts hommes demeurèrent prisonniers dans la vallée de la Quinche, à trois lieues de Gegenbach, où étoit le prince Louis , qui, par toutes les lenteurs du maréchal, étoit sur le point d'être joint par vingt bataillons que lui envoyoient les Hollandois. Ces retranchements, examinés et tournés, furent trouvés de digestion trop dure ; il fallut prendre des détours : on réussit, et A^illars, capitaine de vaisseau, qui avoit eu permission de faire la campagne auprès du maréchal son frère, arriva le 6 mai après diner à.Yersailles, dans le temps que le roi travailloit avec Ghamillart dans son cabinet, qui Ty fit entrer d'abord. II apportoit la nouvelle que l'armée avoit surmonté tous les obstacles et les défilés; qu'on avoit attaqué le château d'Hornberg, à côté de Wolfach, et que trois ou quatre mille hommes qui étoient derrière Hornberg 8'étoient retirés précipitamment; quils avoient perdu trois cents hommes, et nous unie tr9ntain0; qu'on n'avpit pas
il6 VILLARS iOmi £MF1N L'£L£GT£UR. [1703]
voulu s*amu8er à les poursuivre ; que Tarmée étoit le 8 campée à Saint-Georges, entrée sur trois colonnes dans la plaine ; qu'elle n'étoit plus qu'à trois lieues de Uothweil et Villingen; qu'on n'enteudoit point parler du prince Louis depuis qu'on ravoit tournoyé et laissé à côté; qu'enfin la jonction ayee rélecteur étoit désormais sûre et certaine. Il ajouta des dé* tails sur les vivres, les convois et Tartillerie, qui furent satisfaisants; et que Saint-Maurice et Clérenil)ault , lieutenants généraux, étoient demeurés avec quatre bataillons et vingt -trois escadrons à Oilenbourg, où le maréciial de Tallard venoit d'arriver.
Villars ne voulut point attaquer Villingen, qu*Q laissa sur la gauche, pour ne point retarder sa marche. Il détacha le 4, de Donnausching , d'Aubusson, mestre de camp de cavalerie, avec cinq cents chevaux, pour aller porter de ses nouvelles à M. de Bavière. Ce prince avoit aussi envoyé cinq cents chevaux au-devant du maréchal. Les détachements se rencontrèrent, se reconnurent, et ce fut grande joie des deux côtés. Yillars avoit avec lui cinquante bons bataillons et soixante escadrons, avec pouvoir de faire des brigadiers et de donner amnistie aux déserteurs voulant revenir. Enfin le maréchal de Yillars vit, le 12 mai, l'électeur de Bavière, qui pleura de joie en l'embrassant, et le combla en son particulier de tout ce qui se peut de plus flatteur, et témoigna une grande reconnoissance pour le roi. Il lui fît voir ses troupes et faire trois salves de canon et de mousquctcrie, jetant le premier son chapeau en l'air et criant : Vive /e roi/ ce qui lut imité par toute son armée. Deux jours après, l'électeur vint dtner chez le maréchal, et voir une trentaine de nos bataillons, qui le reçurent avec de grands cris de Vive le roi et monsieur l'électeur! Il les trouva parfaitement belles. Contentons-nous de les avoir mis ensemble pour le présent, et allons voir ce qui se passa ailleurs.
La reine d'An§^eterre, fort incommodée d*wie glande au sein , dont elle guérit à la longue par un régime trèMévh«,