MOBT DE LA COMTESSE DALMONT
eut une nouvelle affliction : elle perdit la comtesse Dalmont, Italienne et Montécuculli , qu*elle avoit amenée et mariée en Angleterre, qui ne l'avoit jamais quittée, et pour qui elle avoit eu la plus grande amitié et la plus grande confiance toute sa ▼ie. C*étoit une grande femme, très-bien faite et de beaucoup d'esprit, dont notre cour s'accommodoit extrêmement. La reine l'aimoit tant, qu'elle lui avoit fait donner un tabouret de grâce, comme je crois l'avoir déjà remarqué ailleurs.
Le bailli d'Hautefeuille, ambassadeur de Malte, mourut en même temps. Cétoit un vieillard qui avoit fort servi et avec valeur, qui ne ressembloit pas mal à un spectre, et qui avoit usurpé et conservé quelque familiarité avec le roi, qui lui marqua toujours de la bonté. Il étoit farci d'abbayes et de commanderies, de vaisselle et de beaux meubles, surtout de beaucoup de beaux tableaux, fort riche et fort avare. Se sentant fort mal, et voulant recevoir ses sacrements, il envoya lui-même chercher le receveur de Tordre et quelques chevaliers, à qui il fit livrer et emporter ses meubles, ses tableaux, sa vaisselle, et tout ce qui se trouva chez lui, pour que Tordre ne fût frustré de rien après lui. *
Bechameil le suivit immédiatement, assez vieux aussi. Il étoit pére de la femme de Desmarets, qui vcnoit de revenir sur l'eau, et qui ne tarda guère à y voguer en plein, et de la femme de Gossé, qui devint duc de Brissac, comme je Tai expliqué en son lieu, fiechameil avoit été fort dans les affaires, mais avec bonne réputation, autant qu'en peuvent conserver des financiers qui s'enrichissent. Il avoit succédé à Boisfranc, beau-père du marquis de Gesvres, dans la surintendance de la maison de Monsieur, quand ce dernier en fut chassé. Bechameil s'y fit aimer, estimer et considérer. Il étoit fort lié avec le marquis d'Effîat et le chevalier de Lorraine, et par ce dernier avec le maréchal de Yilleroy. Cétoit un homme d'esprit et fort à sa place, qui faisoit une chère délicate et choisie en mets et en compagnie, et qui voyoit chez lui la meilleure de la ville et la plus distinguée de la cour. Son
iia MORT DE BEGHAMEIL. [1703]
goût étoit exquis en tableaux, en pierreries, en meubles, en bâtiments, en jardins, et c'est lui qui a fait tout ce qu'il y a de plus beau à Saint-Gloud. Le roi, qui le traitoit bien, le consultoit souTont sur ses bâtiments et sur ses jardins, et le menoit quelquefois à Marly. Sans Mansart, qui en prit beaucoup d'inquiétude, le roi lui auroit marqué plus de confiance et de bonté. Son fils, qui portoit le nom de Nointel , fut intendant en Bretagne et fort honnête homme, que Monsieur fit (aire conseiller d*État. fiechameil fit de prodigieuses dépenses à faire des beautés en cette terre en BeauToisis. Le comte de Fiesque fit sur son entrée en ce lieu la plus plaisante chanson du monde, dont le refrain étoit : Vive le roi et Bechameil son favori, son favori! dont le roi pensa mourir de rire, et le pauvre Bechameil de dépit.
n étoit bien fait et de bonne mine, et croyoit avoir de Tair du duc de Grammont. Le comte de Grammont le voyant se promener aux Tuileries : « Voulez-vous parier, dit-il à sa compagnie, que je vais donner un coup de pied au cul à Bechameil, et qu'il m'en saura le meilleur gré du monde? » En effet, il l'exécuta en plein. Bechameil bien étonné se retourne, et le comte de Grammont à lui faire de* grandes excuses sur ce qu'il Fa pris pour son neveu. Bechameil fut charmé, et les deux compagnies encore davantage. Louville, peu après son retour absolu d'Espagne, épousa une fille de son fils, qui se trouva une personne très-vertueuse et d'une très-aimable vertu.
Le samedi 28 avril, le prince d'Auvergne fut pendu en effigie en Grève, à Paris, en vertu d*un arrêt du parlement,
sur sa désertion aux ennemis, dont j'ai parlé en son temps; et le tableau avec son inscription y demeura près de deux fois vingt-quatre heures.
Le duc Molez, Napolitain d*assez peu de chose, ambassadeur d'Espagne, c'est-à-dire de Charles II, à Vienne, et qui y étoit demeuré sans caractère et sans mission depuis la mort de son maître jusqu'à la déclaration de la guerre, qu'il