‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 85 sur 209 · PEU DE FRANÇOIS A MADRID · texte numérisé non relu

PEU DE FRANÇOIS A MADRID

jamais été à portée de se mêler de rien, ni de lui donner

aucun ombrage. Tels furent Valouse qui étoit ici écuyer du duc d'Anjou , et qui fit dans les suites une fortune en Espagne jusqu'à devenir premier écuyer du roi et chevalier de la Tdflon d'or, n y est mort longues années après, toujours bien avec le roi et ayec tout le monde, et toiyours fort en gardé de se mêler de rien. Quelques bas valets intérieurs restèrent aussi avec La Rœhe qui eut l'estampille, incapable de faire rien qui pût déplaire à Mme des Ursins, et Hersent qui eut l'emploi de (juardaropa. Le despacho étoit déjà tombé en ridicule sur les fins des deux cardinaux. Pour le rendre tel et fatiguer ces yieillards, Mme des Ursins le fit tenir à dix heures du soir. Après leur retraite , ce ne fût plus la peine de s'en contraindre, puisque Rivas y étoit demeuré seul; mais l'étendue de sa charge importunoit la camarera-mayor, qui, résolue à s'en défaire, ne s'en vouloit défaire qu'estropié, pour n'avoir pas à lui donner de successeur entier. Elle détacha donc de sa charge, qui embrassoit tous les départements, excepté les finances et le commerce qu'Orry faisoit sans titre mais sans supérieur, le département de la guerre et celui des affaires étrangères, qu'elle donna au marquis de Canales, connu dans ses ambassades sous Charles II, par le nom de don Gaspar Coloma. On peut juger ce qui resta au pauvre Rivas, dépouillé des afiaires étrangères, des finances et de la guerre. Ce ne fut qu'un prélude : bientôt après Rivas fut tout à fait remercié. Il survécut à ses places et à sa fortune dans une obscurité qui ne finit qu'avec sa vie , qui dura encore pour le moins vingt-cinq ans, pendant lesquels il eut le plaisir de voir la chute de son ennemie et force grands changements.

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