‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE CCCXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXV

Relourde Fontainebleau. — Le cardinal de Noailles interdit plusieurs jésuites, voit le roi et le Dauphin à leur retour. — Intrigues pour allonger l'affaire sous prétexte de la finir et des lettres au roi de quantité d'évéque. — Le Dauphin logé à Versailles dans l'appartement de Monseigneur. — Retour du duc de ISoaillcs par ordre du roi , qu il salue, et est mal reçu. — Biens de France du prince de Carignan confisqués , \ 2,000 liv. de pension dessus au prince d'Kspinoy. — Les chimères de M. deChevreuse mettent en péril l'érection nouvelle de Chaulnes pour son second fils. — Le vidame d'Amiens fait duc et pair de Ghaulnes. — Cris de la cour. — Le Dauphin désapprouve cette grâce. — Rare réception du duc de Chaulnes au parlement. — Plénipotentiaires nommés pour la paix. Utreeht choisi pour le lieu de la traiter. — Retour des généraux , de Tallard de sa prison en Angleterre, et du roi Jacques de ses voyages par le royaume.

Le lundi \\ septembre, le roi revint de Fontainebleau par Petit-Bourg, et arriva le lendemain de bonne heure. Le cardinal de iNoailles, qui avait eu ordre de s'y trouver ce même jour, parut à la descente du carrosse. Il eut aussitôt après une assez longue audience du roi, puis du Dauphin encore plus longue. Ce prince avait fort travaillé à cette affaire à Fontainebleau , et j'en avais appris des nouvelles à mesure par l'archevêque de Bordeaux. Elle avait alors deux points : le personnel entre

le cardinal de Noailles et les évéques de La Rochelle et de Luçon, où celui de Gap s'était fourré depuis comme diable en miracles; et le livre du père Quesnel, c'est-àdire la doctrine, dont le personnel n'avait été que le chausse-pied. Ils sentaient bien l'odieux du chaussepied qui ne pourrait se soutenir, et qui entraînerait à la fin celui de la doctrine , si elle n'était soutenue que par ces trois agresseurs. Le père Tellier, qui gouvernait i'évêquedeMeaux, et qui par lui allongeait l'affaire auprès du Dauphin , se servit de cet entre-temps pour faire écrire au roi, par tous les évéques qu'il put gagner, des lettres d'effroi sur la doctrine , et de condamnation du livre du père Quesnel. Les créatures des jésuites , les faibles qui n'osèrent se brouiller avec l'entreprenant confesseur, les avares et les ambitieux firent un nombre qui imposa. Le cardinal de Noailles eut le yent de ces pratiques, qui se digéraient toutes aux Jésuites de la rue Saint- Antoine. Les pères Lallemant , Doucin et Tournemine en étaient les principaux artisans. Il leur échappa quelques menaces fort indiscrètes et fort insolentes, d'autres gros bonnets en furent les échos. Le cardinal de Noailles ôta à ceux-là les pouvoirs de confesser et de prêcber, et cela fit un nouveau vacarme.

Les choses en étaient là au retour de Fontainebleau , et les lettres des évéques au roi prêtes à pleuvoir, parce qu'il fallut du temps à Saint-Louis pour composer le même thème en tant de façons différentes, envoyer dans les diocèses, et obtenir la signature et l'envoi. M. de Meaux avait eu beau fournir des embarras , le procédé était insoutenable, et M. le Dauphin le voulut finir, avec d'autant plus d'empressement que l'interdiction de ce petit nombre de jésuites allait apporter de nouvelles aigreurs. Le roi néanmoins, quelque prévenu qu'il fût par le père Tellier, écouta assez bien les raisons du cardinal

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de Noailles sur cette interdiction, quoiqu'elle lui déplût, et ne voulut pas qu'elle fît obstacle à ce que le Dauphin avait réglé. Il l'expliqua ce même jour au cardinal de Noailles qui s'y soumit de bonne pxâce. Voysin avait en poche le consentement des trois évêques, qui , dans l'espérance que le cardinal ferait quelques difficultés dont ils feraient retomber la mauvaise satisfaction sur lui , n'avait eu garde de s'en vanter, et ne l'apporta au Dauphin que cinq jours après.

Le jugement fut : que les trois évêques feraient en commun un nouveau mandement en réparation des précédents; qu'avant de le publier il serait envoyé à Paris pour y être examiné par personnes nommées par le Dauphin, communiqué après au cardinal, et, s'il en était content, le publier. Ensuite le roi lui devait envoyer une lettre des trois évêques que sa majesté avait déjà reçue, pour réparer de plus en plus ce qu'ils avaient écrit contre lui; et dans l'une et l'autre pièce, pas un mot du livre du père Quesnel. Le Dauphin, fort ignorant des profondeurs des jésuites et de l'ambition de l'évêque de Meaux, crut avoir tout fini, et que le bruit qui s'était fait sur ce livre tomberait avec la querelle personnelle dont il était venu au secours, ou que, s'il y avait en effet de la réalité dans les plaintes si nouvelles d'un livre si anciennement approuvé et estimé sans contradiction de personne, les choses se passeraient en douceur et eu honnêteté entre des évêques raccommodés. Il n'était pourtant pas difficile de voir l'artifice. Un mandement à faire, puis à mettre à l'examen, était de quoi tirer de longue et faire naître toutes les difficultés qu'on voudrait ; et le silence spécieux sur le livre laissait toute liberté là-dessus, après la réconciliation même faite, sous le beau prétexte de la pureté de la doctrine. Mais le Dauphin aurait fait scrupule de penser si mal de son pro- XVIII. 7

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chain. Combien était-il éloigné d'imaginer ce nombre de lettres qui se fabriquaient alors, et la surprenante aventure qui en mit au jour sous les yeux du public le scélé. rat mystère, et qui Ta transmis à la postérité! Le Dauphin en arrivant de Fontainebleau prit l'appartement de Monseigneur.

Le lendemain de l'arrivée de Fontainebleau le duc de Noailles revint d'Espagne, et salua le roi chez madame de Maintenon. Il en avait reçu Tordre. Je différerai d'en expliquer les raisons jusque tout à la fin de cette année, pour n'y être pas interrompu par le récit d'autres événements.

Le roi , ayant su que le prince de Carignan, fils du célèbre muet, avait servi dans l'armée de M. de Savoie, confisqua tous ses biens en France , et donna dessus 42,000 livres de rente au prince d'Espinoy, qui avait aussi des biens confisqués en Flandre. C'est ce même prince de Carignan qui , longtemps depuis , épousa la bâtarde de M. de Savoie et de madame de Verue, avec qui il vint après vivre et mourir à Paris d une manière honteuse , et qui, par les manèges encore plus honteux de sa femme , y obtint tant de millions.

M. de Chevreuse, à qui j'avais fortement reproché ses absences qui lui avaient coûté à Marly le dangereux délai de son affaire de Chaulnes, lors de l'édit et de l'érection de d'Antin, avait fort travaillé à la remettre à flot pendant tout Fontainebleau. On disait quelquefois de lui qu'il était malade de raisonnement; et la vérité est qu'il le fut tellement en cette occasion qu'il eut souvent ber soin de mon secours pour l'empêcher d'en mourir, c'està-dire son affaire de manquer. Chaulnes avait été érigé en duché-pairie pour le maréchal de Chaulnes, frère du connétable de Luynes. Il est vrai que ce fut à l'occasion et en faveur de son mariage avec l'héritière de Pidqui-

gny qui le savait bien dire, à laquelle appartenait aussi le comté de Chaulnes ; mais l'érection n'en fut pas moins masculine, et bornée, comme toutes les autres qui n'ont pas de clauses extraordinaires et expresses , aux hoirs masculins issus de ce mariage de mâle en mâle. Les deux fils de ce mariage, ducs l'un après l'autre, n'en avaient point eu ; le duché-pairie était donc éteint , ou il n'y en aura jamais ; et depuis la mort du dernier duc de Chaulnes, si connu par ses ambassades, il n'en avait pas été question. M. de Chevreuse, grand artisan de quintessences, et qu'on a vu, à l'occasion du procès de M. de Luxembourg, n'avoir point voulu être des nôtres par la chimère de l'ancienne érection de Chevreuse , s'en était bâti une à part lui sur Chaulnes. Je crois avoir remarqué ici quelque part que, lorsqu'il se maria, M. de Chaulnes, cousin germain de son père, lui assura tout son bien au cas qu'il mourût sans enfants, avec substitution au second fils qui naîtrait de son mariage. Le cas était arrivé, il était exécuté.

M. de Chevreuse, depuis la mort de M. de Chaulnes, se qualifiait duc de Luynes, de Chaulnes et de Chevreuse. Comme je vivais dans la plus libre familiarité avec lui , je lui voyais souvent sur son bureau des certificats pour des elievau- légers, etc., où ces titres étaient; et toujours je lui disais : « Seigneur du duché de Chaulnes ; mais duc, non. » Il riochait, ne répondait qu'à demi, et disait qu'il le pouvait prétendre. Lorsqu'il fut question de l'édit, il fallut discuter ensemble plus sérieusement une prétention dont, à l'imitation de d'Antin, il voulait faire le chausse-pied de son second fils. Il prétendit donc que M. de Chaulnes, par la donation et la substitution de ses biens, et en particulier de Chaulnes, les avait donnés et substitués comme il les possédait, et par conséquent la dignité de laquelle il jouissait.

Je serais infini, et très-inutilement, si je m'amusais à réfuter ici un paradoxe aussi absurde et aussi nouveau ; mais il failut en discuter avec lui la nouveauté et l'absurdité, et se livrer à l'ennuyeuse complaisance de laisser couler ses longs raisonnements. Il me mit après en avant des coutumes particulières des lieux, qui pouvaient bien régler les transmissions des biens, mais jamais en aucun cas celle des dignités. Enfin il se retrancha sur une compensation, en abandonnant la prétention de la première érection de Chevreuse. C'était étayer une chimère par une autre. Chevreuse avait été érigé en duchépairie pour M. de Chevreuse , dernier fils du duc de Guise, tué aux derniers états de Blois. Il avait épousé la veuve du connétable de Luynes,mèredu ducdeLuynes, père du duc de Chevreuse, à qui je parlais. Sa grand'mère avait eu pour ses reprises le duché de Chevreuse à la mort de ce second mari, lequel duché, c'est-à-dire la terre, était passé d'elle à son fils, puis à son petit-fils avec ses autres biens. Chevreuse, duchépairie alors éteint, avait été érigé de nouveau, mais sans pairie, et vérifié au parlement pour M. de Chevreuse par la faveur de M. Colbert, dont il venait d'épouser la fille aînée, et jamais M. de Chevreuse n'avait osé rien prétendre au delà.

Je pris donc la liberté de me moquer de cette seconde •chimère, comme j'avais fait de la première; et je lui conseillai fort de n'appuyer point sur des fondements si ruineux, ou pour mieux dire si parfaitement nuls, mais de se fonder uniquement sur l'amitié et les services de M. le chancelier, et sur la bonté distinguée que le roi avait pour lui, qui l'avait empêché de rejeter la proposition, que le chancelier avait eu l'adresse de lui faire, d'une érection nouvelle en faveur du vidame d'Amiens, laquelle, entre deux amis et pour lui en dire le vrai, n'é-

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tait en aucun sens faisable ni recevable, et de n'aller pas gâter son affaire par des idées chimériques qui impatienteraient le chancelier et le rebuteraient, qui était pourtant l'instrument unique de qui il pût espérer une si prodigieuse fortune pour son fils. Mais je parlais à un homme qui se trompait lui-même de la meilleure foi du monde, et qui, à force de métaphysique et de géométrie, se croyait rendre sensibles, et aux autres ensuite, les raisonnements les plus faux, qu'il soutenait de beaucoup d'esprit et d'un bien-dire naturel. Il ne put se déprendre de ses chimères, ni s'empêcher d'en vouloir persuader le chancelier.

Celui-ci, qui était vif, net, conséquent avec justesse, dont les principes étaient certains et les conséquences naturelles, pétillait, interrompait, faisait des négatives sèches ; et après se plaignait à moi d'un homme qui n'était pas content qu'on fit son second fils duc et pair sans raison quelconque autre que l'amitié, et qui voulait que ce fût à des titres faux, chimériques, nuls, qui ne se lassait jamais en raisonnements absurdes, et qui ne finissait point. J'avertis plus d'une fois M. de Ghevreuse qu'il raisonnerait tant qu'il échouerait. Je n'y gagnai rien. C'était un homme froid, tranquille, qui se possédait, puissant en dialectique dont il abusait presque toujours, qui s'y confiait, qui espérait toujours, et qui ne se rebutait jamais, qui de plus, lorsqu'il s'était persuadé une chose, écoutait tout ce qu'on lui opposait avec le dernier mépris effectif, quoique voilé de toute la douceur et la politesse possibles. Avec cette conduite il poussa si bien le chancelier à bout qu'il me déclara plusieurs fois qu'il u'y pouvait plus tenir, et à deux différentes qu'il n'en voulait plus ouïr parler. J'eus bien de la peine deux jours durant à l'apaiser, et a renouer l'affaire. Mais la seconde fut si forte qu'il déclara à M. de

tu

Chevreuse qu'il pouvait faire son fils duc et pair, du roi à lui, s'il voulait, et l'embâter de tous ses beaux raisonnements, car le chancelier poussé laissa échapper ce terme ; mais que pour lui, il était las de perdre son temps à ouïr répéter les mêmes absurdités en cent façons qui ne les rendaient pas plus supportables, à quelque sauce qu'il les mît, et que de ce duché-là, il n'en voulait plus ouïr parler, ni se charger d'en reparler au roi.

M. de Chevreuse, fort effrayé malgré tout son sangfroid, vint aussitôt me conter sa déconvenue, et me prier instamment de la raccommoder. J'avoue que, pour un homme de mon âge, je ne me retins pas avec lui, piqué de lui voir perdre et gâter une si inespérable affaire par cette inflexibilité d'attachement à son sens, et encore si évidemment absurde. Il essuya ma bordée. Je lui en valus une autre de M. de Beauvillier, qui ne le trouvait pas en duchés moins chimérique que je le trouvais moi-même. Avec ce secours, mais qui jusque-là n'avait agi que faiblement, je tirai parole qu'il ne parlerait plus au chancelier, sinon pour le prier d'agir auprès du roi en conséquence de ce qu'il avait déjà fait, et qu'en aucun temps il n'entrerait en aucun autre détail, surtout sur ses idées de prétentions, et, après un édit fait, le chancelier pouvant les anéantir toutes. Avec cette sûreté, je parlai au chancelier, que j'eus grand* peine à vaincre; il fallut plusieurs jours. Enfin il me promit de parler au roi, à condition qu'il ne verrait seulement pas M. de Chevreuse. Ce fut donc moi qui agis seul auprès du chancelier, dans la fin du voyage de Fontainebleau et au commencement du retour à Versailles. L'affaire enfin fut accordée immédiatement avant d'aller à Marly; et le lendemain que le roi y fut, qui était un lundi 8 octobre, il déclara qu'il faisait le vidame d'Amiens duc et pair de Chaulnes par une nouvelle érection. La joie extrême de

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la famille ne fut pas pure ; la cour parut consternée, et ne se contraignit pas. Un troisième duché dans la maison d'Albert, érigé pour un cadet de l'âge du vidame, excita des propos mortifiants ; et ce qui les dut toucher davantage, et qui causa une surprise générale, le Dauphin s'en expliqua tout haut avec mesure, mais en désapprouvant nettement la grâce et ne blâmant pas la licence qu'elle rencontrait, ce qui lui fit beaucoup d'honneur dans le monde, et montra que ceux avec qui il vivait dans la plus grande habitude d'estime et de confiance ne seraieut pas eu état d'emporter des choses qu'il ne croirait ni justes ni raisonnables.

Qu'il me soit permis de donner ici quelques moments au futile et au délassement , pour la singularité de la chose, d'autant qu'elle ne touche à rien d'essentiel à qui a toujours été intimement de mes amis, et qui d'ailleurs fut parfaitement publique. Je la raconterai ici tout de suite, parce qu'elle ne mériterait pas la peine d'y revenir. Tout étant consommé pour cette érection , et prêt pour la réception du nouveau duc de Chaulnes, le parlement s'assembla à l'heure accoutumée , et les princes du sang et les autres pairs y prirent leurs places. M. de Chaulnes , qui devait se tenir à la porte de la grand'chambre en dedans pour les voir arriver et les saluer, comme c'est Tordre , n'était point arrivé. On causait en place les uns avec les autres, et à la fin on s'impatientait. Au bout d'une heure on soupçonna quelque accident ; et pour ne passer pas toute la matinée de la sorte on voulut enfin en être éciairci. Le premier président envoya un huissier s'en informer à l'hôtel de Luynes. Il trouva le duc de Chaulnes à qui on faisait la barbe, qui dit qu'il s'allait dépêcher, et qui ne parut nullement embarrassé de l'auguste séance qui l'attendait depuis si longtemps. On peut juger du succès du rapport de

l'huissier. La parure du candidat fut encore longue; enfin il arriva d'un air riant et tranquille. Tout était rapporté, il n'eut qu'à prêter serment et à prendre place.

La coutume est que le premier président fait un compliment au pair d'érection nouvelle aussitôt qu'il est assis en place , et qu'il n'en fait point aux pairs reçus par le titre de pairie successive. Voilà donc le premier président qui ôte son bonnet, se tourne vers la place où était le nouveau pair, lui dit deux mots, se couvre, continue, et se découvre et s'incline en finissant. Aussitôt M. de Chaulnes ôte son chapeau , y glisse un papier qu'il tenait en sa main et l'y déploie, et se met à vouloir y lire. Le pair , son voisin , le pousse et l'avertit de mettre son chapeau; le Chaulnes le regarde, et sur l'avis redoublé se couvre , et manifeste son papier en entier. Cela le déconcerte , toutefois il se met à vouloir lire. Il répète : Monsieur , il ânonne; bref, il se démonte au point qu'il ne peut lire et qu'il demeure absolument court. La compagnie ne peut s'empêcher de rire. Il la regarde tout autour , il prend enfin son parti , il ôte son chapeau sans mot dire, s'incline au premier président comme pour finir ce qu'il n'avait pas commencé , regarde après encore la compagnie, et se met à rire aussi avec elle. Voilà quelle fut la réception du duc de Chaulnes qui n'a jamais été oubliée, parce qu'elle n'eut jamais sa pareille. Il fut le premier après à en rire avec tout le monde.

Ménager, gros négociant, qui , par son esprit et sa capacité dans le commerce , devint négociateur , arriva le 19 octobre de Londres à Versailles , chez Torcy, qui le mena aussitôt trouver le roi chez madame de Maintenon. On sut par lui que la reine Anne avait nommé ses trois plénipotentiaires pour la paix. Le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, qui depuis longtemps étaient

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avertis, turent déclarés ceux du roi , et Ménager avec eux , en troisième , et en égal caractère , ce qui sembla assez étrange. Ceux d'Espagne le furent aussi , et Bergheyck fut le second. Utrecht fut le lieu de rassemblée, et les plénipotentiaires du roi partirent bientôt après.

Nos généraux d'armée arrivèrent et furent bien reçus ; et tôt après eux Ta I lard , qui le fut aussi très-bien. Il était prisonnier en Angleterre depuis sept ans qu'il avait été pris à la bataille d'Hochstet, relégué et très-observé à Nottingham, sans en pouvoir découcher, et sans avoir pu aller à Londres ni revenir ici sur sa parole. Ce retour sans échange, sans rançon et sans queue fut les prémices publiques de la bonne volonté de la reine Anne. Le roi Jacques revint aussi à Saint-Germain, après avoir employé tout l'été à voir les principales provinces du royaume , quelques-unes de nos armées et plusieurs de nos ports.

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