‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE CCCXVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXVl

Le comte de Toulouse fort heureusement taillé par Maréchal. — La galerie et le grand appartement fermés jusqu'à sa parfaite guérison. — Mort et caractère de mademoiselle de La Rochefoucauld. — Mort et caractère de Sehville. — Mort, état et caractère de madame de Grancey. — Mort et singuliers mariages de la maréchale de l'Hôpital. — L'abbé de Pomponne, conseiller d'état d'église. — Tremblement de terre peu perceptible. — Nouvelle tontine. — Le grand prieur à Lyon. — Mariage du czarewitz avec la sœur de l'impératrice régnante.

— Départ de l'archiduc pour l'Italie et l'Allemagne, qui laisse l'archiduchesse à Barcelonne avec Staremberg. — Moliuès, espagnol , doyen de la rote , interdit par le pape. — Le duc d'Uzéda; sa maison ; sa grandesse; ses emplois: sa défection; il renvoie l'ordre du Saint-Esprit. — Sa vie et sa fin obscure.

— Catastrophe à Vienne de son fils. — Entrevue du duc de Savoie et de l'archiduc dans la chartreuse de Pavie. — L'archiduc , élu empereur , reçoit à Milan les ambassadeurs et le légat Impcriali. — Quel était ce cardinal. — Étiquette prise d'Espagne pour les attelages. — L'empereur à Inspruck , y reçoit froidement le prince Eugène. — Causes de sa disgrâce , et ses suites jusqu'à sa triste mort. — Tortose manqué par les impériaux. — Mariage de la fille d'Amelot avec Tavannes, qui manque la grandesse par le roi. — Mariage du chevalier de Croissy. — 6,000 liv. de pension à d'O. — 500,000 liv. de brevet de retenue au duc de Tresmes, à qui cela en fait «•)00 ) 000.

Le samedi 7 novembre, au matin, le comte de Toulouse fut taillé fort heureusement par Maréchal. La pierre était fort grosse et pointue , et f opération fut par-

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faite; elle ne fut suivie d'aucun accident, et ia guérison fut entière. Maréchal en eut 10,000 écus qu'il fit difficulté d'accepter, et que le roi lui ordonna de prendre à la fin de la cure. Il en avait refusé 2,000 de Fagon, qu'il avait autrefois taillé et parfaitement guéri , que le roi lui fit payer du sien. Le roi était à Marly du 2 novembre; il avait visité souveut le comte de Toulouse auparavant, dont il prit de grands soins. Madame la duchesse d'Orléans et madame la Duchesse demeurèrent tout ce voyage à Versailles auprès de lui. Le roi, qui retourna le 15 à Versailles, interdit le passage de la galerie et du grand appartement, même aux princes du sang , parce que le comte de Toulouse en aurait eu du bruit, et cela dura jusqu'à sa parfaite convalescence. Ce fut une grande incommodité pour le commerce d'une aile à l'autre, qui ne put plus se faire que par les cours. Le comte de Toulouse s'était préparé avec sagesse, piété et tranquillité, et montra une fermeté très-simple, il ne lui en resta aucune suite , et il courut depuis le cerf comme auparavant.

M. de la Rochefoucauld perdit l'aînée de ses trois sœurs qui n'avait que deux ans moins que lui , qui avait de l'esprit, et beaucoup de mérite, de vertu et de maintien. C'était celle qui était la plus comptée dans sa famille et dans le monde. J'ai parlé ailleurs de ces trois filles, et de leur vie commune dans un coin à part de l'hôtel de la Rochefoucauld, à l'occasion de la mort de Gourville.

Sebville mourut aussi en même temps ; il était officier général et vieux. Il avait été envoyé du roi à Vienne et ailleurs. C'était un fort honnête homme, et qui n'était pas sans mérite et sans talents.

En même temps mourut encore madame deGrancey, fille du maréchal de Grancey, qui n'avait jamais été ma-

riée, et qui était l'aînée de madame de Maré , dont j'ai parlé plus d'une fois. Elle avait été belle; et, à son âge, elle se la croyait encore, moyennant force rouge et blanc et les parures de la jeunesse. Elle avait été extrêmement du grand monde , fort galante , et avait longtemps gouverné le Palais-Royal sous le stérile personnage de maîtresse de Monsieur, qui avait d'autres goûts qu'il crut un temps masquer par là, et en effet par le pouvoir entier qu'elle eut toujours sur le chevalier de Lorraine. Elle ne paraissait guère à la cour qui n'était pas son terrain. Monsieur, pour la faire appeler Madame, l'avait faite dame d'atours de la reine d'Espagne , sa fille, qu'elle accompagna en cette qualité jusqu'à la frontière.

La maréchale de l'Hôpital mourut aussi, célèbre par ses trois mariages et fort vieille, retirée depuis longtemps aux petites Carmélites. Elle s'appelait Françoise Mignot. Je ne sais si elle était fille de ce cuisinier que Boileau a rendu célèbre pour gâter tout un repas. Elle épousa d'abord Pierre de Portes, trésorier et receveur général de Dauphiné. Elle avait de la beauté, de l'esprit, du manège, et des ééus qui la firent en 1653 seconde femme du maréchal de l'Hôpital , si connu pour avoir tué le maréchal d'Ancre, contre les défenses expresses et réitérées de Louis XIII, qui ne voulait que s'assurer de sa personne. Il mourut dans une grande fortune en 1660. La maréchale sa veuve , qui n'avait point d'enfants , fit si bien qu'elle épousa en troisièmes noces, le 14 décembre 1672, en sa maison de Paris, rue des Fossés-Montmartre, paroisse de Saint-Eustache, Jean-Casimir, successivement prince de Pologne , jésuite, cardinal, roi de Pologne, qui avait abdiqué , s'était retiré en France où il avait force grands bénéfices, et entre autres l'abbaye de Saint-Germain des-Prés où il logeait, et où il est en-

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