XXXV
lie MÉMOIRES
de l'infant doD Carlos^ et le contrat de dessQS lavable. La joie qui accompagna ces signatures ne se pevt exprimer.
Un moment après qu'elles furent achevées, le roi et la reine se levèrent, et aussitôt don Rodrigo vint à moi et me conduisit avec Maulevrier k la petite table près des fenêtres, dont j'ai fait mention. Le roi et la: reine s'y trouvèrent aussitôt que nous, et nous commandèrent de signer en leur présence. On jugera bien, sans qu'on le dise,, qu'il n'y avait point de sièges, et que nous suâmes debout. Comme je me mis en devoir de signer à côté du dernier infant, don Joseph, qui était à côté de moi, m'arrêta et m^ montra à côté du pénultième. J'en fis quelques petites difficultés, sur quoi il me fit expliquer qu'il fallait que cela fût ainsi pour laisser place à 1^ çignatupje de Maulevrier à côté de celle du dernier infant. Alors je signai à côté de l'infant don Ferdinand, et^ après avoir dit quelques mots de respect et de joie au roi et à la reine d'Espagne, qui étaient tout près de moi, et s'étaient baissés sur la table pour me voir mieux signer, je donnai la plume à Maulevrier, qui, tfprès avoir signé, la laissa sur la table. Gomme cette manière designer nous était plus honorable que celle que j'étais près de garder, et que ce fut le secrétaire d'état qui me la fit changer, je ne crus pas devoir résister davantage. Je fis à leurs majestés catholiques des remerdments de l'honneur que leur joie et leur bonté nous venaient de procurer de signer en leur présence. Ce fut un redonbi^ ment de joie et de compliments à leurs majestés catholiques de ce qui se trouva là de pitts près et de plus familier avec elles. Les louanges de la conteoiance de l'infante pendant un si long temps en place devant taât de monde, et de sa signature, ne furent pas oubliées. J'accompagnai le roi et la reine jusqu à la porte du sa-
Ion des mhrolrs, ayant sofn alors autant qne cela se put de montrer tonte déférence au majordome major et au nonce, et que je lui cédais pour leur Ater toute impres* sion de dessein dans la place que j*ava1s prise et maintenue.
Dès que leurs majestés catholiques et lesprtncesteurs enfants furent rentrés, et aussitôt la porte du salon dés miroirs fermée sur eux, je fus environné et, pour ainsi dire, presque étouffé de tout ce qui était là les uns après les autres à Tenvi, avec les plus grandes démonstrations de joie et nnitle compliments. La foule distinguée qni sortit du salon des grands était grossie, dans le salon qui le sépare de celui des miroirs, de Tautre foule de gens de qualité, qui y avait attendu la fin de la cérémonie pour voir passer le roi et la reine, et tes plus considérables de ceux-là pour leur témoigner leur joie en passant, à quoi, dans les deux salons, leurs majestés catholiques se montrèrent très-affebles par leur air et leurs réponses.
Pour achever ce qui regarde finstrumcnt français, Je menai Maulevrier à la cavachuela de Grimaldo. Je m'étais plaint cependant à Maulevrier sans aigreur et avec beaucoup de mesure de ne m'avoir pas informa de ta lettre du cardinal Duhoîs. Il ne me répondit autre chose sinon, et très-flroi dément, qu'il me la ferait Chercher. Arrivés ensemhie chez le marquis de Grimaido, ee fBtnistre soutint, mais avec beaueoup de politesse, ee iffil avait dit de cette lettre h la sfgnatare. Il i^otrta qnMl n'y avait qu'à se conformer à ce qui se passerait A FÎnrIs au contrat de mariage du prince des Asttrrfes, etqti*eBcore qu'il arrivât qu'il n'y fût pas signé d'histroment en espagnol, le roi d'Espagne venait de le charger de m'assnrer qu'il ne ferait aucune difficulté de signer un Instrument en français du contrat de mariage du rof , si
je persévérais ce nonobstant à le désirer. J'en remerciai extrêmement ce ministre, auquel et encore moins au roi d'Espagne je ne voulus pas témoigner la moindre chose sur Maulevrier dont le froid, l'embarras et le silence portaient sa condamnation sur le front. Je ne voulus mander cette altercation qu'au cardinal Dubois, et rien de cela à M. le duc d'Orléans, ni dans la dépêche du roi qui se lisait au conseil de régence, et encore ne m'en pris-Je dans ma lettre au cardinal qu'à un oubli ou à un défaut de mémoire de Maulevrier, avec lequel je continuai de vivre comme auparavant, avec la politesse et les égards dus au caractère que je lui avais apporté, et conférant avec lui de tout ce qui regardait l'ambassade, tellement qu'il vint continuellement dtner chez moi, souvent familièrement sans que je l'en priasse, et qu'il ne parut à qui que ce fût que j'en fusse mécontent.
Ce n'était pas que je ne sentisse toute la conduite si pourpensée et si parfaitement exécutée d'une noirceur si peu méritée, dont la perfidie me commit d'une manière si publique en présence du roi et de la reine d'Espagne, et de tout ce que leur cour avait de plus grand; mais la façon dont j'en sortis, comblé des bontés du roi d'Espagne aussi publiques; l'affront tacite que Maulevrier reçut dans une si auguste assemblée de m'avoir laissé ou plutôt induit à m'embarquer en cet instrument français, en ayant la négative en main de celle du cardinal Dubois, d'en être convaincu par le ministre espagnol, à qui il l'avait montrée, et par son propre aveu de me ravoir cachée ; l'indécence de me brouiller et de vivre mal en pays étranger avec un collègue si disproportionné et avec qui Je ce pouvais éviter des rapports nécessaires; et, s'il faut tout dire, le mépris extrême que j'en conçus de lui; enfin le doute, si la scélératesse était
de son cru ou concertée et commandée par le cardinal DaboiSy toutes ces raisons me résolurent au parti que je pris là-dessus, jusqu'à glisser légèrement ou éviter de répondre à beaucoup de seigneurs, qui m'en parlèrent sans ménagement pour lui, parce quMl était fort haï de toute la cour d'Espagne, et jusque de la ville de Madrid et même du bas peuple, comme j'aurai lieu de le répéter ailleurs; mais, tout en politesse et en conduite ordinaire avec lui, je m'en gardai comme d'un très-impudent fripon, et je ne fus pas fâché de l'en laisser souvent apercevoir, sans toutefois lui laisser la plus légère occasion de plainte.
Le lendemain du départ du roi, 28 novembre, pour achever cette matière, Maulevrier vint le matin chez moi avec Robin, et m'apporta la lettre du cardinal Dubois, par laquelle il lui mandait nettement qu'il ne doit y avoir qu'un instrument du contrat de mariage, signé en la langue du pays de la princesse où on contracte, et qu'il suffit d*en faire expédier une copie traduite en l'autre langue, certifiée par le même secrétaire d'état qui a reçu le contrat. C'était précisément ce que Grimaldo nous avait dit chez lui et ce qui me fit demeurer d'accord avec lui de différer jusqu'à Lerma à voir de quoi je me pourrais contenter.
Il venait de m'arriver un courrier de Burgos avec de meilleures nouvelles de mon fils aîné. Ce courrier avait rencontré le roi et la reine d'Espagne, qui l'avaient fait approcher de leur portière à la vue de ma livrée. Ils s'étaient informés des nouvelles de mon fils et avaient chargé le courrier de me dire de leur part la joie qu'ils avaient de l'apparence de la guérisou. J'avais donc à écrire au marquis de Grimaldo pour remercier par lui leurs majestés catholiques de^ces marques de bonté. ^'y ajoutai ce que Maulevrier venait de me montrer de
la lettre du cardioai Dubois, dont je vieoB de parler, au moyen de quoi je demeurais par&itemeat content de ce qui ft*éUit fait et n'en desiandais pas davantage. J*avais raison moyennant cette lettre d'être content, puisqu'elle nj^demandait qu'une copie collationnée du contrat en frauçaie, certifiée du seci'étaire d'état> au lieu de quoi j'envoyais au roi un instrument original du contrat de mariage en espagnol, signe de la main du roi et de la reine d'EspagnCi tout tel et tout pareil que celui qui demeurait à leurs majestés catholiques, signé d'elles, etc.; et qu'à l'égard des témoins on m'avait tenu exactement parole, en sorte qu'ils n'avaient rien signé et n'avaient paru que dans i'aete séparé, signé du seul secrétaire d'état uniquement» qui avait passé le contrat, c'est-àdire don Joseplx Eodrigo. Retournons maintenant à ce qui se passa après la signature»
DE SàlMT-SDION. tH