‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 17 sur 61 · CHAPITRE DLXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE DLXXII

Goodoite que jo me pn^pose de tenir en Espagne. — Tentative du père d'Aabentoii auprès de moi pour faire rendre le confessionnal du roi aux jésuites. — Droiture et affection de Gri« maido pour moi. — L^empereur fait une nombreuse promotion de Tordre de la Toison-d^Or et y met le prince hérédi* taire de Lorraine. — Omission de plusieurs affaires peu importantes , et rembarras étrange d^argent où la malice du cardinal Dubois m'attendait et me jeta. — Courte description de Lerma et de Villahalmanzo. •— Grands mandés avec quelques autres personnes de qualité pour assister au mariage du prince des Asturies. — Pour quelles personnes ont été faites les érections des duchés de Pastrana , Lerma , Plnfantado , et comment tombés au duc de Plnfantado. — Maison de Silva. — Caractère et famille du duc de Plnfantado , et leur condaite à Pégard de Philippe V. — Richesses de ce duc. — Sa folie en leur emploi. — Maison du prince et de la princesse des Asturies.

Quelque occupé que j'eusse été depuis mon arrivée, en affaires, en cour, en cérémonial, en fonctions, en fêtes, en festins, je n'avais pas laissé de faire plus de quatre-vingts visites avant le départ de la cour, après lequel j'en fis encore et en reçus beaucoup jusqu'au mien départ quatre jours après la cour : je m'étais particulièrement proposé de plaire, non-seulement à leurs majestés catholiques, mais à leur cour, mais en général aux Espagnols et jusqu'aux peuples, et j'ose dire que j'eus le bonheur d'y réussir par TapplicatioD

Mo ifÈlIOIllÈS

continuelle que feus à ne rien oublier pour ce dessein, en évitant en même temps jusqu'à la plus légère affectation, mais louant avec soin tout ce qui pouvait l'être, toutefois eu mesure des différents degrés, m'aceomroodant à leurs manières avec un air d'aisance, n'en blâmant aucune, admirant avec satisfaction les belles choses en tout genre qui s^y voient, évitant soigdeusement toute préférence et toute légèreté françaises, ajustant avec une attention exacte, mais qui ne paraissait pas, la dignité du caractère avec tous les divers genres de politesse que je pouvais rendre au rang, à la considération, à Tâge, au mérite, à la réputation, aux emplois présents et passés, à la naissanee de toutes les person> hes que je voyais, politesse à tous, mais politesse mesurée à ces différences, sans être empesée ni embarrassée, qui pour ainsi dire distribuée sur cette mesure avec connaissance et discernement, oblige infiniment^ tandis qu'une politesse générale et sans choix dégoûte toutes les personnes qu'elle croit gagner et qu'elle ne se concilie point, parce qu'elle les rend égales.

Je me fis, dès le jour que j'arrivai, une affaire principale d'acquérir, à travers toutes mes occupations, cette connaissance de ces différentes choses dans les personnes principales que jeus à fréquenter, puis des unes aux autres de parvenir à celle de tout ce qui pouvait présenter sous mes yeux. Ce fut en cela que Sartine, les ducs de Lirla et de Veragua, me furent tout d'abord d'une utilité extrême. Par eux, je fis d'autres connaissances, je m'informai à plusieurs, je combinai et me mis ainsi en peu de temps en état de discerner par moi-même sur les lumières qu'on m'avait données. Quand je devins un peu plus libre avec tous ces seigneurs, ce qui arriva bientôt par les prévenances, les politesses et leurs retours que j'en reçus, jeleUr semai

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des cajoleries que me fournissaient les connaissances de leurs maisons et de ce qui s'y était passé de grand et d'iilastre, de leurs emplois, de leurs parentés, la valeur et fa fidélité de la nation espagnole, enfin tout ce qui tes pouvait flatter en général et en particulier. Plaçant les choses avec discernement et sobriété pour mieux faire goûtei* ëe qui ne se disait qu'avec une sorte de rareté, mais coulant toujours à propos des choses dont on s entretenait et les amenant tout naturellement. Rien ne leur plut davantage que de me trouver instruit de leurs maisons, dé ce qu'elles ont produit d'illustre, de leurs alliances, dt leurs dignités, de leur rattg, de leurs emplois, de leurs fonctions, de leurs services. Ces connaissances les persuadaient de l'estime que j'en faisais; cisla les charmait, ils s'écriaient quelquefois que j'étais plus Espagnol qu'eux, et qu'ils n'avaient jamais vu dé Français qui me ressemblât. Jusqu'à leur manger, je m'en accommodais; ils en étaient surpris, et je voyais qu'ils m'en tenaient compte. Surtout ils étaient charmés de la juste préférence que je donnais à leurs fêtes sur les nôtres, parce qu'ils voyaient que je leur en disais les raisons et que je le pensais véritablement. Tant que je fns en Espagne, je ne mé lassai pas un moment de cette conduite qui m'était agréable par le fruit continuel et toujours tioùveatt que j'en retirais, et qui m'attira leur amitié, leur estifflfe et leur conilance, fcomihe on en verra quelques traits que je choisirai sur beaucoup d'autres, par lesquels je me trouvai surabondamment récompensé de fhon application à les capter.

Ce grand nombre de visites, que je trouvai moyen de rendre à travers tant de sortes de fonctions, fut pour moi un début très-heureux. L'usage en Espagne est qUe tout ce qu'il y a de gens eotisidéraWe» visitent les prinripanx aflfibassadèùrs qui arrivent, .rappelle ainsi les

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nonces, les impériaux, ceux de France et d'Angleterre. Ils sont flattés qu'ils les leur rendent promptement; dans ce grand nombre, on choisit un petit nombre des plus distingués chez qui on va à l*hçure de les trouver; tout le reste on prend le temps de leur méridienne. Ils ne le trouvent point du tout mauvais, et de la sorte on en expédie un grand nombre; moi surtout, qui, pour ne manquer à personne, me rois sur le pied d'aller par les rues au trot, au lieu d'aller au pas comme c'est l'usage: mais ils m'en surent gré par la raison qui me le fit faire, et que je leur dis franchement : mais quand ce n'était pas pour expédier ainsi des visites, j'allais au pas suivant la coutume.

On peut juger que, parmi tant de visites, je n'oubliai pas le père d'Aubenton. Gela m'était singulièrement recommandé par le cardinal Dubois, et je me le recommandais bien à moi-même à cause de ce que je pouvais tirer de lui auprès du roi d'Espagne , tant pour le peu d'affaires que je pourrais avoir à traiter, que pour la personnelle qui m'avait fait désirer l'ambassade. Cette dernière raison m'engagea à le voir plusieurs fois dans ces premiers dix ou douze jours que je fus à Madrid, parce qu'il eût été indécent de débuter promptement par là. Je le trouvai très-ouvert là-dessus et prodigue de désirs de m'y servir efficacement, de plaire à M. le duc d'Orléans et d'étreindre de tout son pouvoir l'union par lui si désirée des deux couronnes et de ce prince avec le roi d'Espagne.

Le bon père essaya aussitôt de profitent l'occasion. Il se mit à me vanter son attachement pour moi sans me connaître, par la bonté qu'il savait que j'avais tou« jours eue pour les jésuites, me parla des confesseurs que j'y avais eus si longtemps, de l'estime et de la confiance du père Tellier pour moi^ car il était bien informé

de tout et savait en faire usage, roe dit le dessein qu'avait le roi d'Espagne de m'employer, comme il fit deux jours après, pour que Tinfante fût mise entre les mains d*un jésuite, sur quoi il me demanda ce que j'en pensais. Sur ma réponse, qui fut telle qu'il la souhaitait, il se mit à me faire véritablement les yeux doux, à tenir des propos généraux sur sa compagnie et son dévouement pour le roi, puis a balbutier, à commencer à s'inter* rompre, à se reprendre, enfin il accoucha sans aucun secours de moi , qui vis d'abord où il en voulait venir, et il me dit enfin que le roi d'Espagne mourait d'envie de me prier de demander au roi son neveu, de sa part, de prendre un jésuite pour son confesseur et d'en prier en son nom M. le duc d'Orléans, et de lui faire ce plaisir en même temps que j'écrirais sur celui de i*infante, parce que l'âge et les infirmités de Tabbé Fleury pouvaient à tout moment l'engager à cesser de confesser le roi.

Cette proposition se fit avec tout l'art et Tinsinuation possibles à Tissue de toutes les offres de ses services pour faciliter la grandesse que je souhaitais, et tout de suite me demanda ce que j'en pensais, mais avec un air de confiance. Je le payai de la même monnaie qu'il m'avait donnée sur mon amitié pour les jésuites, puis je lui dis que le confessionnal du roi n'était pas la même chose que celui de Tinfante; qu'il était très-naturel à la tendresse du roi d'Espagne pour sa fille et à sa oonfiance aux jésuites de demander qu'elle fût instruite à son âge par un jésuite, et que, lorsqu'elle serait en âge de se confesser, ce fût à celui-là ou à un autre de la même compagnie, que cela n'avait point d'inconvénient, et que je ne doutais pas du succès en cela du désir du roi d'Espagne, par celui que je connaissais en H. le duc d^Oriéans de lui complaire en toutes les choses possi-

m MÉMOIRES

Mes ; mais ^ue le roi d'Espagne allât jusqu'à se mêler de riûtérieur du rof son neveu, Je ne eroVals pas que, tnalf|^é les circonstances, cela fût mieux reçu en France quMI le serait en Espagne de changer le confesseur dtt roi d'Espagne ou quelqu'un de ses ministresà la prière de la France; que je suppliais donc instamment sa révérenee de faire en sorte que le roi d'Espagne se con* tentât de me faire l'honneur de me charger de demander de sa part un Jésuite pour Tinfante, sans toucher l'autre corde si délicate dont il fallait laisser la disposition au temps, au roi son neveu et à ceux qui dans sa cour et le gouvernement de ses affflires se trouveraient avoir sa confiance, lorsque l'abbé Fteury cesserait d'être son confesseur.

Quelque déplaisante que fût cette réponse, malgré tout le moins mauvais assaisonnement que j'y pus mettre, le bon père n'insista pas, il parut même trouver que ce que Je lui dis avait sa raison. La sérénité, la suavité de son visage ne s'en obscurcirent point, je le promenai sur les espérances des futurs contingents, que je ne croyais pas si proches, et sur les convenances que le confessionnal du roi leur fût rendu. Il revint après à mon affaire personnelle, redoubla de protestations, et nous nous séparâmes le mieux du monde. Je n'oubliai pas de rendre un compte exact de cette conversation, de laquelle je fus fort approuvé.

J'avais déjà fait parler à Grimaldo par Sartine, et Je lui avais parlé moi-même; ce ministre était vrai et droit; j'eus tout lieu de compter sur lui, et on verra bientôt que je ne me trompai pas.

L'empereur, apparemment fâché de la protestation que la France et rÂngleterre avaient enfin arrachée de lui sur ces grands d'Espagne qu'il avait faits et qu'il s'était mis ainsi hors d'état d'en plus faire, s'en voulut

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dépfiiaer par une nombreuse promotion de l^drdre dé la Toison-d'Or comme souverain des Pays -fias, où cet ordre avait été institué. Le cardinal Dubois voûtait que le roi d'Espagne n'en fît que rire en attendant que cette prétention fût réglée au congrès de Cambrai, à Tavantage de sa majesté catholique , mais en même temps it trouvait mauvais que le fils aîné du duc de Lorraine fût de cette promotion, et me chargea de faire auprès du roi d'Espagne qu'il lui en marquât son ressentiment en refusant longtemps de consentir à l'accession du duc de Lorraine à Ja paix , à laquelle il désirait passionnément d'être reçu.

J'omets à dessein plusieurs affaires peu embarrassées ou peu importantes, dont le cardinal Dubois m'écrivit, d'autant que la maladie où je tombai incontinent me mit hors de tout commerce jusqu'au jour du mariage du prince des Asturîes. J'omets pareillement les extrémités d'embarras où le cardinal Dubois m'attendait, et qu'il m'avait si hautement préparées en décuplant forcément ma dépense. On a vu que je n'avais point voulu d'appointements, mais qu'il m'avait été promis qu*on ne me laisserait point manquer, et qu'on fournirait exactement à la dépense qu'on exigeait de moi , mais rien moins. Dès ces commencements, le cardinal Dubois sut y mettre bon ordre, mais toujours avec ses protestations accoutumées ; il se vengeait de l'ambassade emportée à son insu et malgré lui en me ruinant; à la fin il en vint à bout; mais au moins à mon honneur et à celui de la France, il n'eut pas le plaisir de me décrier en Espagne, d'où je partis à la fin de mon ambassade sans y devoir un sou à qui que ce pût être, et sans avoir diminué rien de l'état que j'avais commencé à y tenir, sinon qu'en allant à Lerma, je renvoyai en France presque tous les officiers des troupes du roi que ce bon

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prêtre m'avait forcé , comme on l*a vu , de mener en Espagne.

La cour d'Espagne, qui marchait avec )a lenteur des tortues, devait arriver, et arriva en effet à Lerma le *! I décembre. C'est un beau bourg situé en amphithéâtre sur la petite rivière d*ArIanzon qui forme une petite vallée fort agréable à six lieues à côté de Burgos. Le château bâti par le duc de Lerroe, premier ministre de Philippe III^ et mort cardinal en 1625, est magnifique par toute sa structure, son architecture, par son cteodue, la beauté et la suite de ses vastes appartements, la grandeur des pièces, le fer à cheval de son escalier. Il tient au bourg par une belle cour fort ornée, et par une magnifique avant-cour, mais fort en pente qui le joint. Quoiqu'il soit bien plus élevé que le haut de Tamphithéâtre du bourg, le derrière de ce château Test encore davantage, tellement que le premier étage est de plainpied à un vaste terrain qui dans un pays où on connaîtrait le prix des jardins en ferait un très-beau, trèsétendu, en aussi jolie vue que ce paysage en peut donner sur la campagne et sur le vallon, avec un bois tout joignant le château au même plain-pied, dans lesquels on entrerait par les fenêtres ouvertes en portes. Ce bois est vaste, uni, mais clair, rabougri,, presque tout de chênes verts, comme Ils sont tous dans les Castilles. Il est du côté de la campagne, et le jardin serait en terrasse naturelle, fort élevée sur le vallon et sur la campagne au delà. Le peu de logement que Lerma pouvait fournir à la cour ne permit d'y en marquer que pour le service et les charges nécessaires. On prit les villages des environs pour le reste de la cour, pour les grands et pour les ambassadeurs.

J'eus le choix de plusieurs, et je choisis celui de Villahalmanzo sur le récit qu'on m'en fit, à une petite

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demi-lieue de Lertna, et tout vis-à-vis et à vue, la petite vallée entre-deux qu'on passait sur une chaussée et la petite rivière sur un pont de pierre. On y accommoda la maison du curé, petite, aérée, jolie, pour moi seul, avec des cheminées qu'on fit exprès, et toutes les autres maisons du village pour ceux qui étaient avec moi et pour toute ma suite. Ce village assez étendu, bien bâti, bien situé, sans voisinage, était très-agréable, et il n'y avait que nous, le curé et les habitants. Il n'y eut pas dans tout notre séjour la plus légère difficulté avec eux; leurs maisons gagnèrent beaucoup aux accommodements qu'on y fit, et ils furent si contents de nous qu'ils s'étaient tous apprivoisés avec nos domestiques. On ne leur fit pas le moindre tort en rien; lis eurent quelques présents en partant, en sorte qu'ils s'étaient tous pris d'affection pour nous, et qu'ils nous regrettèrent, quelques-uns même avec larmes. Ce voyage fut pour moi une transplantation très-ruineuse de mes tables et de toute ma maison.

Le roi d'Espagne avait nommé la maison du prince et de la future princesse des Asturies, et cette dernière pour servir l'infante jusqu'à l'échange, et en amener et servir au retour la future princesse des Asturies. Le roi eu partant de Madrid avait fait dire à tous les grands et à quelques autres gens distingués, qu'il désirait ne voir àLermaqueceux qui l'y accompagneraient jusqu'à réchange fait, mais qu'alors il serait bien aise que tous les grands, et ce peu d'autres personnes distinguées, s'acheminassent à Lerma, où on leur ferait trouver des logements ou aux environs, pour assister au mariage du prince des Asturies, et cela fut exécuté ainsi : quant aux dames, il n'y eut que celles du service.

Il faut ajouter, pour tout éclaircir, que Burgos , qui est sur le chemin de Paris à Madrid, n'est guère plus

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tfofgné dé cette dernière ville que Poitiers l'est de Paris, et que Lernaa est a la même hauteur que Burgos, ainsi à la même distance de Madrid. Lerma fut prëféfé à Burgos qui avait été choisi d'abord à cause de la commodité des chasses. Ce comté fut érigé par les rois catholiques, c>st-à-dire Ferdinand et Isabelle , pour don Bernard de Sandoval-j-Roxas, second marquis de Dénia, puis en duché par Philippe III» en 1599, pour don Francisco Gomez de Sandoval-y-Roxas, cinquième marquis de Dénia, son premier ministre, puis cardinal après ia mort de sa femme , fille du quatrième duc de Medina-Gœli. Don Diego Gomez de Sandoval, cinquième duc de Lerme, mourut en 1668, sans enfanis, et le dernier mAle de ta postérité du cardinal duc de Lerme. Ce dernier mâle avait deux sœurs , de Talnée desquelles Lerma est tombé aux ducs de Tinfantao que les Français prononcent l'Infantade. Leur nom est Silva.

Cette maison est très-certainement reconnue descen» dre masculinement jusqu'à aujourd'hui des anciens rois de Léon, par l'infant Âzuar, fils putné du roi Fruela. Don Ruy Gomez de Silva, si connu sous le nom de prinoe d'Ëboli, qu'il avait eu de sa femme Anne Mendoza-yla-Cerda, mattresse de Philippe II, acheta en 1572 Pastrana de don Gaston Mendoza-y-la-Cerda que Philippe II érigea pour lui en duché, et il préféra dVn porter le nom à celui de duc d*Estremera , que le mène roi avait érigé pour lui depuis peu. Cette maison de Silva de si haute origine s'est partagée en beaucoup de branches en Espagne, ^t jusqu'en Portugal. Ce prince d'Eholi, phetnier duc de Pastrana , était de la dernière de toutes ces branches , connue sous le nom de Chattiusca, dont il fut le quatrième seigneur. Il eut plusieurs enfants, dont, outre tes ducs de Pastrana, Sortirent

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ànM les ûVLt^ d'HIjar et trois autres branches, bon Rodeiie de Silva , d'aîné en atné màle de ce prince d'EboIi, premier duc de Pastrana et duc dé Pastrana aussi, épottsa la sœur atnée du susdit Diego Gomez de Sandotal , cinquième duc de Lerme, dernier mâle de la postérité du cardinal duc de Lerme, et par elle devint doc de Lerme et de l'Infantado en 1668 , dont le liis , Marie-Grégoire de Silya, duc de l^Infantado, de Lerme, etc., mort en 1693, fut père du duc de Tlnfantado et de Lerme, vivant lorsque j'étais en Espagne, et longues années depuis.

A l'égard de l'Infantado, c'est un état, comme ils parient en Espagne, composé de trois villes et de plusieurs bourgs qui eti dépendent, situé en Gastille, qui, pour avoir été longtemps possédé par plusieurs infants, (ils de rois , fut insensiblement nommé Infantao ; de ces princes cet état passa dans différentes maisons par héritage, par acquisition , par don des rois , qui le retirèrent plus d'une fois. Ce fût de cette dernière sorte qu'il tomba, en 1470, entre les mains d'Henri ÏV, roi de Gastille, qui en fit don à Hurtado Mcndoza, second marquis de Santillana , en faveur duquel il fut érigé en duché en 1475 par les rois catholiques, c'est-à-dire par Ferdinand et Tsabelle.

Enfin Catherine Mendoza-y-Sandoval hérita de ses deux frères, l'un duc de l'Infantado, l'autre duc de Lerme, et, comme on l'a vu eidessus, épousa don Koderic de Silva, duc de Pastrana. De ce mariage vint k père du duc de l'Infantado, de Lerme et de Pastrana , ete. , vivant loi*Sque fêtais en Espagne, et connu edmme son père sous le seul nom de duc de l'Infantado.

Il est tiéi^ti 1672 y il est frère db cx)mte de Galve , de

MRMOmKS

la comtesse de Lemos , dont le mari est Portogal-y* Castro, et de la comtesse de Niebla , dont le mari est Ferez de Gusman.

Cette branche de Silva Infantado était fort autrichienne, et yit passer la couronne d'Espagne dans la maison de France avec tant de chagrin , que le comte de Galve se jeta dans le parti de Tarchiduc, puis dans ses tronpes dès qu'elles parurent en Espagne. Le comte et la comtesse de Lemos, entraînés dans les mêmes intérêts , forent pris par on parti des troupes du roi d'E.spagne comme ils allaient Joindre celles de rarchidoc, et le duc de Tlnfantado, qui n'osa en faire autant, donna Jusqu'à la fin de la guerre, toutes les marques qu'il put de son attachement au parti de Tarchiduc. On s'assura longtemps du comte et de la comtesse de Lemos , qui donnèrent depuis toutes sortes de marques de repentir. Le comte n'avait que sa grande naissance, sans aucun talent ni suite qui pussent le faire craindre, et passait sa vie à fumer, chose extraordinaire en Espagne, où on ne prend du tabac que par le nez. 11 n'en était pas de même de la comtesse, pleine d'esprit et de grAces , et fort capable de nuire ou de servir. Mais cette ouverture d'esprit lui fit voir de bonne heure qu'il ne fallait pas attendre, mais tâcher de se raccommoder à temps, et elle y réussit, en sorte qu'elle regagna de la considération , et s'est toujours depuis très-bien conduite à l'égard de la cour d'Espagne. Le comte de Galve ne put se détacher des Autrichiens : il les servit jusqu'à la fin de la guerre, et se retira à Vienne, où il a vécu longues années , et y est mort assez obscurément, sans avoir voulu venir jouir en Espagne de l'amnistie accordée par le traité de Vienne fait par Riperda , lors du renvoi de l'infante, comme firent l>eaucoup d'autres ,

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ravis de quitter Vienne et. de revenir jouir de leurs biens , de lears proches et de leurs amis dans le sein de leur patrie.

Le duc de l'Infantado n'imita ni son frère ni sa sœur : il s'approcha rarement de la cour, irit peu le roi et ses ministres , ne prit à rien , ne demeura à Madrid qu'à courtes reprises, vécut en grand seigneur peu content, qui n'a besoin de rien , se mit à prendre soin de ses affaires et de ses grandes terres , vint à bout bientôt de payer toutes ses dettes et de devenir le plus grand et le plus riche seigneur d'Espagne, jouissant d'environ 2,000,000 de revenu, quitte, et s'amusant à l'occupation la plus triste , mais où il avait mis son punio: ce fat de se bâtir une sépulture aux capucins de Guadalajara, petite ville près de Madrid, sur le chemin de France, qui lui appartenait, et de le faire exactement sur le modèle et avec la même magnificence de la sépulture des rois à l'Ëscurial , excepté que le panthéon de Guadalajara est beaucoup plus petit. Je les ai vus tous deux : ce dernier, disposé de même en tous points et aussi superbe, en marbre, en bronze, en lapis, en autels, en niches et tiroirs; en un mot, à la grandeur près , forme et parité entière. J'en admirai d'autant plus la folie, que le duc de Tlnfantado n'avait que deux filles, et qu'il protestait par modestie qu'il n'y voulait pas être enterre, mais y faire transporter les corps de ses pères.

Ce fut donc dans son chÀteau de Lerma que le roi et la reine voulurent aller chasser, attendre la future princesse des Âsturies, et y célébrer son mariage. Ils en firent avertir le duc de l'Infantado, parce qu'il n'y allait presque jamais, et des moments , et que tout y était sans aucun meuble et assez en désordre. Le duc reçut cet avis sans s'émouvoir ni donner aucun ordre : on le

sut et on redoubla l'avis; il fat aussi hiutlle ct«e le premier, tellement qu'on prit enfin le parti d'y euv^^er des

meubles et des ouvriers de toutes les sortes. Ils y trouvèrent tant de travail qu'il n'était pas achevé quand la cour en partit, laquelle s'y trouva si mai à l'aise, qu'après le départ de l'infante elle sdla s'établir dans un petit château voisin plus clos et plus habitable, laissaut le gros de leur suiteàLerma, où ia cour ne revint que sur la nouvelle de l'échange. Le roi et la reine furent vivement piqués de ce procédé du duc de l'Infantado, ils s'en laissèrent même entendre, mais ce fut tout. Ce duc ne vint point à la célé|)ration du mariage, et ne parut point à Madrid dans tout le temps que je fus en Espagne; de sorte que je ne l'ai jamais vu. J'ai ouï dire qu'il avait de l'esprit, et qu'il l'avait même assez orné , ce qui n'est pas fort commun en Espagne. Le nom et le choix de Lerma et l'étrange singularité de la conduite du seigneur de ce lieu à cette occasion m'ont fait étendre sur son sujet, d'autant plus que se ttinant comme il faisait à l'écart de la cour et de Madrid, je n'aurais pas trouvé lieu d'expliquer ces petites curiosités ailleurs.

Le roi d'Espagne avait fait les maisons du prince et de la princesse des Asturies; celle du prince était composée des personnes suivantes : le duc de Popoli, conservant les fonctions de gouverneur, mais n'en pouvant plus garder le nom auprès d'un prince marié, fut majordome msjor ; le comte d'Altamire fut sommelier du corps ; le comte de San-Estevan del Puerto , grand écuyer; il était lors au congrès de Cambrai de la part de l'Espagne; le duc de Gandie et le marquis de los Balbazez , gentilshommes de la chambre. Ces cinq seigneurs étaient grands d'Espagne ; le marquis del Surao ea eut aussi la clef, et fut premier écuyer; il avait été

DE SA^^T^HON m

sous-goaverneur du prince; les comtes Safaleli et d'ÀMMiiefiy majopéames. Pour ht princesse des Asturles, la duchesse de Monteillano, camarera major; le marquis de Valero, majordome major; il était lors vice-roi du Mexique, et n'était pas grand. Le roi , qui l'avait toujours aimé, se souvint de lui en son absence et le lit grand à son retour. Le marquis de GasteN Rodrigo , mais plus connu sous le nom de prince Pio, qu'il portait, et grand d^Espagne, fut grand écuyer; la duchesçe de Liria, la marquise deTorrçcusaet la marquise d'Assentar, damesidu palais; doqa Maria de Nièves , gouvernante destinée de Tinfante , pour aller demeurer avec elle en France jusqu'à un certain âge, et dona Isabella Martin, Senoras de ?iorm; le comte d'Anguisola, premier écuyer. II était fiis (le Saint-Jean , premier écuyer de la reine , qui leur fît faire depuis une prodigieuse fortune. Ce comte d'Anguisola fut aussi majordome avec don Juan Plzzarro-y- Aragon. Le père Laubrusselle, Jésuite français, précepteur des infants , confesseur.

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