‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 3 sur 61 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

fi MËMomnâ^

gent qae pât fréquenter sur le pied d*amitté pàrticu- Hère un évèque qui voulait se parer des vertus et d'utîe conduite de son état, et en tirer un grand parti dans la suite. C'est aussi ce qui redoublait son application et son activité pour s'attacher le roi de plus en plus et parvenir, s'il le pouvait, au point de se faire un bouclier assuré de l'affection du roi pour lui en eas qu'il prtt envie an régent de le chasser.

Je voyais clairement tout ce manège de cour,, et J'en instruisais les négligences de M. le duc d'Orléans. Il lui importait de ménager le seul homme pour qui l'amitié et la confiance du roi se déclarait de plus en plus, et qui intérieurement était plus que détaché du maréchal de Villeroy. Je le savais par les choses qu'il m'en disait souvent, et je n'en pouvais douter par mille traits journaliers de bagatelles intérieures, qui nous revenaient par les valets du dedans, qui étaient à M. le duc d* Orléans, parce qu'il les traitait fort bien, et qu'outre les miches qu'il leur élargissait volontiers, ils sentaient, avec toute la disproportion des personnes, toute la différence de la hauteur du maréchal de Villeroy avec eux, et de la douceur, pour ne dire pas la politesse et la facilité qu'ils éprouvaient dans l'accès de M. le duc d'Orléans. Je conseillai à ce prince de donner à Fréjus l'archevêché de Rheims, pour faire une chose agréable au roi, pour s'attacher Fréjus par un présent si disproportionné de lui, au moins pour lui montrer amitié et bonne volonté et le tenir par là hors de mesure de lui être contraire, sans que cette grandeur lui pût donner rien de réel qui ajoutât rien à l'amitié et à la confiance du roi, qui, avec ou sans Rheims, était la seule chose qui pi\t le rendre considérable présentement et plus encore à mesure que le roi avancerait en âge, et par son ftge deviendrait le maître. Le régent me crut, alla

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troHver le roi, et le lui proposa pour que lui-même eût le plaisir de le donner et de rapprendre à M. de Fréjus. Il renvoya quérir sur-le-champ dans son cabinet, où en présence de M. le duc d'Orléans et du maréchal de Yilleroy, il le lui dit. Fréjus témoigna sa gratitude, sa disproportion d'un siège si relevé, rincompatibilité des foDctions épiscopaies avec les siennes auprès du roi, et refusa avec fermeté, appuyant de plus sur son âge, qui ne lui permettait plus le travail du gouvernement d'un nouveau diocèse. Le roi parut mortifié. M. le duc d'Orléans insista qu'on ne prétendait pas que Rheims Téloign&t du roi ; qu*ii aurait des grands vicaires qui lai rendraient compte de tout et gouverneraient par ses ordres et un évêque in partibus , qu'on pourvoierait d'abbayes, qui ferait sur les lieux les ordinations et les autres fonctions réservées aux évèques ; que plusieurs prélats avaient des évêques in partibus pour faire ces fonctions pour eux dans leurs diocèses; que cela était en usage de tout temps pour ceux qui croyaient en avoir besoin; qu'entre ces besoins, il n'y en avait pas un plus légitime que ses fonctions auprès du roi, et qu'il n'en devait faire aucune difficulté. Fréjus se con«^ fondit en remerciments; mais toujours ferme au refus, répondit qu il était plus court et plus dans Tordre de ne point acquérir de pareils besoins que de s'en servir, et qu'il ne se tiendrait point en sûreté de conscience d'accepter un évêché dans rintention de le laisser gou* verner par d'autres, et de n'y point faire de résidence. Le bon prélat n'avait pas pensé, et n'en avait pas usé ainsi pour Fréjus, où il ne résida comme point, et n'osant être à Paris, courait sans cesse le Languedoc et la Provence. Quoi que le roi, le régent et le maréchal de Villeroy pussent dire et faire, ils ne purent ébranler Fréjus, tellement que H. le duc d'Orléans finit ce long

débat par lai dire que le roi ne recevait point son refds ; qu'ii voulait au moins qu'il y pensât et se consultât à loisir, et qu'il prit pour cela tout le temps qu'il voudrait.

Au sortir de là je fus instruit par M. le duc d'Orléans de ce qui s'était passé, et quoique je n'en fusse. pas surpris par quelques mots qui s'en étaient auparavant jetés entre Fréjus et moi, mais en courant, parce que tout se fit comme sur-le-champ, j*en fus très-fâché. Je fis sentir à ce prince combien Fréjus estimait plus le futur que le présent y puisqu'il n'était pas ébloui d'une telle place ni entraîné par les instances du roi et par les siennes; que cela méritait une grande réflexion sur les projets de cet évéque à conscience devenue si délicate; qu'il était clair qu'il ne voulait pas accepter, pour éviter tout prétexte de quitter le roi de vue et un moyen si facile et si naturel de l'en séparer, le temps de l'éducation fini, en l'envoyant dans son diocèse, ce que sans cela la moindre bienséance exigerait de lui, et l'y retenant après, ce qui le bornerait à cette fortune qu'il aurait faite et lui ferait perdre terre, moyen et toute espérance de celle qu'il se préparait par l'amitié et la confiance du roi, et qu'il ne se pouvait bâtir que par la continuation et l'augmentation de cette même confiance, qu'il ne se pouvait entretenir que par une préférence et une habitude continuelles, après le temps de l'éducation fini, et qu'il se détruirait sans ressources par l'absence ; enfin que cela même était la plus forte de toutes les raisons qui devaient presser M. le duc d'Or-> léans de ne rien oublier pour forcer Fréjus à l'acceptation, et s'ouvrir par là, en le comblant et en ravissant le roi, s'ouvrir, dis-je, une porte légitime et simple d'éloigner du roi cet évéque, sans que ni l'un ni l'autre s'en pussent plaindre dabord, et en le tenant dans son

diocèse laisser détruire au temps et à l'absence ce que les soins et l'assiduité auraient édifié, et que la continuation de la présence aurait pu achever, et donner trop d'ombrage à son altesse royale, trop faible peut* être alors contre un homme si adroit qui se trouverait eu pleine possession du roi et sans partage.

Ces raisons frappèrent M. le duc d'Orléans et le résolurent à faire tout ce qui lui serait possible pour engager Fréjus à daigner être archevêque de Bheims; de mon côté je ne m*y oubliai pas ; j'avais pour cela des raisons particulières, outre les générales que je viens d'expliquer; je les rapporterai ici naturellement avec la vérité qui fait l'âme de ces Mémoires. A la conduite et aux progrès de Fréjus que je viens de représenter, le moins à quoi il pouvait tendre en attendant mieux, si les conjonctures s'en offraient , était le chapeau et une place dans le conseil à la majorité, et quelque prodigieux que cela fût pour un homme de sa sorte, il avait déjà su se mettre avec le roi de façon que cette énorme fortune en devenait une suite toute naturelle » à quoi M. le duc d'Orléans ne pourrait s'opposer, surtout après ce qu'il avait fait de tout semblable, et bien plus encore, pour Dubois, son précepteur, plus bas encore de naissance que Fréjus, et dont le personnel indigne en pouvait se comparer en rien au personnel de Fréjus. La calotte rouge arrivant à ce dernier s'amalgamait à celle de Dubois.

Je ne désespérais pas que le temps , les incartades , le poids de son autorité sur la faiblesse de M. le duc d'Orléans , quelques manèges même auprès du roi majeur qui avait un éloignement pour Dubois, que celui de Fréjus qui enviait, haïssait et méprisait Dubois, ne le renvoyassent à Cambrai, soit par le dégoût, peut-être même la jalousie que M. le duc d'Orléans en pourrait

enÛD prendre, soit parce que , n'étant plus régent, il n'oserait soutenir un homme si infime et si reconnu pour tout ce qu'il était, d'ailleurs contre le dégoût du roi poussé par Fréjus , qui en enhardirait d'autres et qui rendrait le cri public plus fort. Défait ainsi de lui y je ne sortais point d'embarras, Fréjus ayant la pourpre. Mais il tombait entièrement s'il était archevêque de Rheims, et je pouvais dignement, moi et tout autre duc, me trouver avec lui au conseil et partout, parce que je cédais non au cardinal, mais à la dignité de son siège qui nous précède tous sans difficulté, ainsi que les cinq autres sièges dont les évéques sont pairs bien plus anciens que nous. J'avais déjà gagné que Dubois depuis sa promotion n'entrât plus au conseil de régence; je comptais bien en faire une planche pour le conseil à la majorité , mais j'en espérais faiblement si Fréjus cardinal , ou assuré de Fétre bientôt, appuyait la pourpre de Dubois en considération de la sienne , et qu'il ne serait pas facile d'exclure du conseil pour la difficulté du rang, avec le roi en croupe , au lieu que toute difûculte cessant par Bheims et n'ayant plus affaire qu'à Dubois, Fréjus hors de cause contribuerait de tout son pouvoir à l'exclure pour son intérêt particulier. Plein donc de tant de motifs généraux et particuliers, j'attaquai Fréjus de toutes mes forces pendant plusieurs jours, et voyant bien à quoi il tenait le plus, qui était de n'avoir point de diocèse où la bienséance Tobligeàt d'aller et de faire de hasardeuses absences , et qui pis encore pouvait devenir une occasion toute naturelle de l'y envoyer et de l'y retenir, je lui proposai d'accepter Rheims y de le garder un an ou dix -huit mois , puis de le remettre, dont il aurait mille bonnes raisons à alléguer : l'avoir pris par n'avoir pu résister au roi et au régent, le rendre après avoir, par racceptation> marqué

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son respect, sfi déférence, son obéissance , par ne pouvoir se résoudre, dans un âge avancé , de se charger du gouvernement d'un grand diocèse , moins encore de le faire gouverner par autrui ; que par cet expédient si simple et si plausible , il évitait tout ce qui l'empêchait d'accepter, et conservait un rang qui le mettait à la tète des pairs , et qui , le chapeau lui venant , l'affranchissait de toutes sortes d'embarras et de difûcultés.

J'eus beau étaler tout le bien-dire que je pus, tâcher de rébranler , par la crainte que le refus si opiniâtre d'une place si unique ne persuadât au régent quMl ne voulait rien tenir de lui, et les conséquences et les suites qui en résulteraient, tout fut inutile. Il se tint ferme au refus entier, et me dit dévotement que sa conscience ne lui pouvait permettre d'accepter Bheims , dans ie dessein de le rendre, de n'y aller jamais , et de se revêtir seulement du rang de ce grand siège , qu'il n'aurait accepté que dans cette vue d'orgueil et de vanité, et non d'y servir l'église dans la conduite effective et sérieuse de cette portion du troupeau, qui était la seule voie canonique dans laquelle on dût marcher lorsqu'on acceptait un évêché. L'hypocrite me paya de cette monnaie ; c'est qu'il voulait demeurer libre à l'égard de M. le duc d'Orléans, et qu'à l'égard de la préséance il méprisait Rheims, parce qu'à la manière dont il avait vu les ducs se conduire et être traité dans toute cette régence, il les regardait comme nuls ; que tôt ou tard ils seraient crosses par Dubois, et céderaient à sa pourpre, au pis aller à la sienne à lui dès que le roi serait le maître, dont M. le duc d'Orléans, quelque crédit qu'il conservât, lui ferait litière à son accoutumée. Ce combat, qui dura plus de quinze jours avant que M. le duc d'Orléans, à bout de voies , eât enfin admis son refus , fit l'entretien de tout le monde. Un matin que j'en partais avec

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regret à madame de Saint-Simon, oommf elle se coiffait, car rien n'était alors si public, une femme de chambre qui s'appelait BeauUeu, familière parce qu'elle était à elle depuis notre mariage et qui avait de l'esprit et du sens, prit tout d*un coup la parole. « Je ne m'en étonne pas, dit-elle, il ne veut point de Rheims, il ne veut qu'être roi de France, et il le sera. » Quoique j'en pensasse bien quelque chose , le propos de cette fille nous surprit et s'est enfin trouvé une prophétie.

Une résistance si invincible nous fit aisément comprendre que Fréjus ne voulait rien de la main de M. le duc d*Orléans. Il le sentit comme moi, quoique Fréjus eût aussi d'autres raisons plus fortes. Je crus qu'il le fallait pousser à bout là-dessus et lui donner la riche abbaye de Saiut-Étienne de Gaen , que la mort du cardinal de Mailly laissait aussi vacante, et qui n'avait point la raison de refus d'un diocèse à conduire, ni la bienséance d*y aller, ni la crainte d'y pouvoir être en« voyé et retenu sous le spécieux prétexte du devoir épîscopal. M. le duc d'Orléans goûta tout aussitôt ce que je lui en représentai et alla chez le roi, qui comme lautre fois envoya chercher Fréjus- Le roi lui annonça Tabbaye, et M. le duc d'Orléans ajouta que, n'y ayant là ni gouvernement d'âmes ni personne à conduire et point de résidence, il ne croyait pas qu'il pût ni voulût refu-' ser. Ce n'était pas le compte de Fréjus, il voulut l'honneur du refus. Quoiqu'il n'eût que très-peu de bénéfices, il protesta qu'il en avait assez et se fit battre plusieurs jours, soit qu'en effet il ne voulût rien de M. leduc d^Oriéans y bien sûr qu'après la régence II recevrait du roi tout ce qu'il voudrait, soit que résolu de ne pas laisser échapper ce gros morceau, il voulût se faire honneur de cette momerie. Je me mis après lui comme j'avais fait pour Rheims, non dans le même désir, parce qu'il n'y

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avait pins d'intérêt général ni particulier à l'égard de cette abbaye, mais pour la curiosité de ce qui en arrive* rait; enfin, après avoir bien fait le béat et le réservé sur les biens d'église, il eut la complaisance de se laisser forcer et même de laisser employer le nom du roi à Rome pour le gratis entier qu'il obtint aussitôt. Il faut pourtant avouer qu'il ne fut jamais intéressé. Depuis il a été longtemps à même de toutes choses , il n'a jamais pris aucun bénéfice, il n'a pas paru qu'il se fAt beaucoup récompensé d'ailleurs. Aussi dans le plus haut point de la toute-puissance, avec le cardinalat, son domestique , son équipage, sa table, ses meubles furent toujours audessous même de ceux d'un prélat médiocre.

Achevons de suite ce qui regarde l'archevêché de Rheims. J'étais fort des amis de Gastries, et l'abbé son frère, l'un chevalier d'honneur de madame la duchesse d'Orléans, l'autre qui avait été premier aumônier de madame la duchesse de Berry, que j'avais fait mettre dans le conseil de conscience, qui avait été sacré arche* véque de Tours, par le cardinal de INoailles, etqui, sans y être allé, passa tout aussitôt à Alby, comme l'abbé d'Auvergne, qui eut Tours après lui, passa incontinent après à Vienne. Les Gastries avec raison désiraient passionnément Rheims. Outre le rang et la décoration, l'extrême éloignement d'Alby et la proximité de Bheims étaient un grand motif pour deux frères toujours infiniment unis, qui avaient passé toute leur vie ensemble, et qai se voyaient séparés dans un temps où l'âge et les infirmités de l'aîné et sa solitude domestique, ayant perdu sa femme et son fils unique, lui rendaient la présence de son frère plus nécessaire. Fréjus dès lors avait saisi assez de part dans la distribution des grands bénéfices.

La constitution, la faiblesse, l'incurie de M. le duc d'Orléans lui en avaient frayé le chemin, de sorte que

pourRheims ii fallait compter avec l'on et Taotre. On H vu ici ailleurs , par occasions , qui était Fréjus , et qu'il devait tout au cardinal Bonzi, qui était frère de ia mère des Gastries , et qui les avait toujours aimés et traités comme ses enfants. Fréjus en avait été témoin, leur avait fait sa cour, en avait été recueilli, en avait reçu des services importants et qui l'avaient sauvé de sa perte. Il avait passé sa vie avec eux , souvent logé et défrayé chez eux , dans une intimité parfaite , avec mêmes amis et même société À la cour. Il était donc bien naturel qu'il les servit en chose pour eux de tous points si désirable. Je me chargeai de M. le duc d'Orléans , ils furent surpris de trouver en cette occasion leur ami un ministre prématuré qui se montra fort peu porté à les servir. J'y trouvai aussi M. le duc d'Orléans fort peu disposé. Il n'y avait rien à dire sur la conduite des Gastries; d'ailleurs le régent n'y était ni difficile ni scrupuleux. Il m'alla chercher des difficultés sur la naissance, pour une place telle que Eheims, et la proximité encore du sacre du roi. J'y répondis par le collier de l'ordre de leur père , par sa charge de lieutenant général de Languedoc et de gouverneur de Montpellier, par l'alliance de Mortemai t. Le débat fut souvent réitéré, et je dis à M. le duc d'Orléans que je m'étonnais fort qu'il fût plus délicat que moi pour Bheims, lui qui l'était si peu pour ces sortes de choix; et tâchai de lui faire honte de tant faire le difficile pour le frère d'un homme en charge principale chez madame la duchesse d'Orléans depuis si longtemps , dont il avait toujours été content , qui avait épousé sa cousine germaine, si longtemps et morte sa dame d'atours et cousine germaine , fille du frère de madame de Montespan , dont avec tant de raison elle se faisait honneur. J'en dis tant que je vainquis la répugnance de M. le duc d'Orléans, qui me dit qu'il fal-

lait gagtter Fréjus , qui y était fort opposé. Je tâchai de lai faire honte de prendre une telle dépendance, et je iut demandai s'il voulait morceler sa régence et en abandonner une portion aussi considérable, aussi agréable, anssi importante que l'est la nomination des bénéfices. Peu à peu je vins encore à bout de cette difficulté à toute tête, mais en me recommandant toujours de tâcher de gagner Fréjus. Ce prélat , qui devait par ce qui a été dit être le grand arc-boutant des Castries en cette occasion, se montra si contraire que ni les Castries, ni moi qui lui en parlai souvent et fortement, n'en piîmes jamais tirer une seule bonne paroiC; tellement que je me résolus à l'emporter de force^ et malgré lui , de M. le duc d'Orléans ; je mis l'affaire au point où je la pouvais désirer.

Mais mon départ s'approchait, et les Castries, que j'avertissais à mesure que J'avançais , me dirent que sans mon départ ils tiendraient la chose faite^ mais que ce départ la ferait manquer. Elle se fût faite en effet an point où je la laissai, si j'avais pu demeurer davantage etayoir le loisir d'achever de forcer M. le duc d'Orléans. Mais il fallut partir et laisser le champ libre à Fréjus, qui, dans sa rage de Constitution, écartait Alby, ami du cardinal deNoailles , et voulait s'attacher le cardinal de Rohan pour le chapeau , auquel il pensait déjà beaucoup, et qui était à Rome , et au cardinal Dubois, à qui les Castries, droits et fort honnêtes gens, n'avaient point fait leur cour, lequel, pour entretenir les Roban dans Terreur de faire premier ministre le cardinal de Rohan à son retour de Rome, voulait , de concert avec Fréjus,mettrerabbé de Guéméné àRheims, comme ils firent bientôt après que je fus parti.

Poursuivons le peu qui reste à dire de cette année pour ne point interrompre ce qui regarde mon ambas*

Md6. Il a été quelquefois mention ici du duc de BrancAS, et de la façon dont il était avec M. le due d'Orléans, qui s'amusait fort de ses saillies, et qui l'avait presque toujours à ses soupers. C'était un liomme d'une imagination vive, singulière, plaisante, plein de traits aux* quels on ne pouvait s'attendre, qui avait sacrifié sa fortune à ses plaisirs, et à une vie obscure, pauvre d'ailleurs, et fort intéressé, tout à fail incapable de rien de sérieux, en quoi il se faisait justice lui-même, et n'était pas sans esprit. Au travers de ses débauches, il avait eu de fois à autres de faibles retours qui n'avaient eu au* cune suite. Enfin Dieu le toucha. Il s'adressa fort secrètement au père de la Tour, général de l'Oratoire, grand et sage directeur, dont il a été parlé ici quelquefois, qui jugea qu'il avait besoin d'une forte péuitence et d'une entière séparation du monde. Il l'y résolut, et se chargea de lui choisir et de lui préparer une retraite. Pendant tout le temps de ce commerce secret, le duc de Brancas avait quitté ses débauches, mais conservé tout l'extérieur de sa vie, et soupait tous les soirs avec M. le duc d'Orléans et ses roués, avec sa gaieté ordinaire. Au commencement d'octobre, il disparut tout d'un coup, ayant soupe la veille avec M. le duc d'Orléans, sans qu'il eût paru en lui aucun changement; et on sut quelques jours après quil était allé se retirer dans l'abbaye du Bec en Normandie, où sont des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. M. le duc d'Orléans, également surpris et fâché de sa retraite, espéra en sa l^èretéy et lui écrivit une lettre tendre et pressante pour le faire revenir. Le duc de Brancas lui fit une réponse d'abord plaisante, puis sérieuse, sage et ferme, édifiante et belle, qui ôta toute espérance de retour. Il y passa fort saintement plusieurs années : plût à Dieu qu'il eût persévéré jusqu'à la fin !

II y eut plusieurs morts : l'abbé de Camps, qui fit une fortune singulière, et qui fut quelque peu de temps one sorte de persounage. Il était d'Amiens^ fils d'un quincaillier et d'un cabaretier, fut amené à Paris fort jeune, et mis à servir les messes aux jacobins du fauiK)urg Saint-Germain. Le père Serroni du même ordre, qui avait gagné Tévêché d'Orange à être le conducteur de Mazarin, archevêque d'Alx, cardinal et frère fort imbécile du fameux cardinal Mazarin, se trouva à Paris logé dans ce couvent. Devenu évêque de M ende, il prit ce petit garçon, qui lui avait plu, le tint quelque temps clerc chez un notaire, en fit après un sous-secrétaire, et enfin son secrétaire. Il s'en servit en beaucoup d'affaires avec succès. Il lui donna et lui fit donner des bénéfices, le fit députer à une assemblée du clergé où il montra beaucoup d'esprit et de capacité. Serroni, toujours en crédit et en considération, et pour lequel Alby qu'on lui avait donné fut érigé en archevêché, le fit coadjuteur de Glandèves, et bientôt après nommer à l'évêché de Pamiers. C'était au temps de l'affaire de la régale en faveur de laquelle de Camps écrivit fortement, et s'y intrigua tellement que lorsque cette affaire fut terminée, Home ne put jamais se résoudre à lui donner les bulles de Pamiers, et que le roi eut la complaisance de retirer sa nomination , et d'en faire une autre. Il l'en dédommagea par l'abbaye de Signi, en Champagne, de plus de 40,000 livres de rentes, outre les bénéfices qu'il avait. Il s'acquit une grande connaissance des médailles et de l'histoire, et a beaucoup écrit sur celle de France qu'il a fort éclaircie. Il ne fut pas content avec raison de celle que le père Daniel jésuite publia vers la fin du dernier règne, et de laquelle j'ai parlé ici en son temps. Le père Daniel le trouva mauvais; ils écrivirent l'un contre l'autre, et l'auteur mercenaire et menteur fut

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