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user à la rigueur du droit ou de l'usage de se couvrir devant lui, et il en profita pour ie diminuer, ou du moins pour éclaircir ie nombre de ceux qui en prétendaient la possession.
Tel fut le premier pas qui commença à limiter, et tout d'un temps à réduire en quelque forme, ce qui bientôt après devint une dignité réglée par différents degrés, sous le nom de grands d*Espagne. Pliilippe le Beau introduisit sans peine par la facilité des ricos-hombresj qu'ils ne se couvrissent plus quMl ne le leur commandât, et il affecta de ne le commander qu'aux plus grands seigneurs d'entreeux, par lesûefsou par te mérite, c'està-dire à ceux dont il ne pouvait aisément se passer. La douceur de son gouvernement, le mérite de sa vertu, les charmes de sa personne, sa qualité de gendre et d'héritier dlsabelle si chère aux Castillans, leur haine pour Ferdinand, sous l'empire duquel ils ne youlaient pas retomber, les rendit flexibles à cette nouveauté qui prévalut sansobstacle. MaisFerdinand, ne pouvant supporter sa propre éclipse, y mit bientôt fin. Il fut accusé d'avoir empoisonné son gendre, qui ne la fit pas louj^iie après ce brillant voyage de prise de possession de (a couronne de Gastille. Jeanne son épouse aclieva d'en perdre Tesprit de douleur. Leurs enfants étaient en bas âge, et Ferdinand reprit les rênes du gouvernement de la Gastille, avec la qualité de régent. Sa mort les remit au grand cardinal Ximénès, dont le nom est immortel dans tout genre de vertus et de qualités éminentes, et que les Espagnols ne connaissent que sous le nom de cardinal de Gisneros. On sait avec quelle justice et quelle capacité il gouverna en chef après les avoir tant montrées sous les rois catholiques, et avec quelle force et quelle autorité il sut contenir et réprimer les plus puissants seigneurs des Espagnes dont toutes les cou-
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ronneâ, excepté celle de Portugal, étaient réunies sur la tête de Charles, fils aîné de Philippe P*" le Beau et de Jeanne la folle et enfermée, lequel devint si célèbre sous le nom de Charles-Quint.
Xîménès mourut comme il se préparait à remettre le gouvernement entre les mains de ce Jeune priuce qui était déjà abordé en Espagne, mais qu'il ne vit Jamais. On prétendit que sa mort n'avait pas été naturelle, et que le mérite prodigieux et la fermeté d'âme de ce grand homme épouvantèrent les Flamands, qui à la suite et à Tabri d'un jeune roi élevé chez eux et par eux-mémeé, venaient partager tes dépouilles de l'Espagne. C'est à cette époque que disparurent les noms de Castille et d'Aragon, comme les leurs avaient absorbé ceux des autres royaumes dès Espagnes. Charles fut le premier qui se Domma roi d'Espagne, dont il ne porta pas le titre un an depuis qu^il y eut débarqué. Le court espace qu'il y demeura ne fut rempli que de troubles, d'où naquit une guerre civile, pendant laquelle II perdit son aïeul paternel l'empereur Maximilien P^. Cette mort l'obligea de repasser la mer pour recueillir la couronne impériale qu'il emporta sur notre François l**".
Voici la seconde gradation de la dignité de grand d'Espagne : plusieurs ricos-hombres qui s'étaient introduits à la cour de Charles Y en Espagne, le suivirent quand il en partit. D'autres furent invités à l'accompagner d'une manière à ne s'en pouvoir défendre, par honneur en apparence, en effet pour la tranquillité die l'Espagne, laissée à des lieutenants. Les ricos-hombres qui avaient suivi Charles V prétendirent se couvrir à son couronnement impérial. Les principaux princes d'Allemagne en firent difficulté, et Charles V, déjà habile, sut en profiter contre des gens éloignés de leur patrie, et qui, par ce comble de grandeur de toute la sue*
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cession de Maxlmlllen P' arrivée à leur jeune mcmarque, secrarent hors d'état de lui résister. C'est ici qu'a disjMiru le nom de ricos-hombres, et que s'éleva en soq lien celui de grande nom pompeux dont Charles Y voulut éblouir les Espagnols, dans le dessein d*abattre en eux une grandeur innée, pour en substituer une autre qui ne pût être qu'un présent de sa main. La facilité que les rico^hombres avaient eue pour Philippe le Beau fraya le chemin de leur destruction à son fils, qui dès lors en effaça les droits et jusqu'au nom, et qui rendit le titre de grand aux plus distingués d'entre eux, mais en petit nombre et avec grand choix, tant de ceux qui l'avaient suivi, que de ceux qui étaient demeurés en Espagne, et qui conservèrent l'usage de se couvrir, le traitement de cousin et d'autres prérogatives.
Charles Y n'osa pourtant faire expédier de patentes à aucun. Il se contenta d'avoir changé le nom, l'usage, et restreint infiniment le grand nombre de ses seigneurs privilégiés, mis leur dignité dans sa main, et exécuté cette hardie mutation comme par une transition insensible pour ceux qui étaient conservés dans leurs distinctions, tandis qu'il les laissa se repaître du vain nom, qui, sous une idée trop vaste, ne renfermait rien de propre, et de l'imagioation de se trouver d'autant plus relevés qu'ils étaient en plus petit nombre. Soit surprise, soit nécessité, comme il y a lieu de le croire, du moins de ceux qui, cessant d'être neos-kombres, virent des grands sans l'être eux-mêmes, soit appêt et flatterie, ce ^rand changement se fit sans obstacle et sans trouble ; à peine en fut-il parlé, même en Espagne, où les lieutenants de l'empereur avaient conquis ou soumis toutes les places et les provinces, et réduit tous les seigneurs.
Charles Y fit dans la suite de nouveaux grands en Espagne et dans les autres pays de sa domination, tant
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ponr s'attacher de grands seigneurs et donner de rémulatîon, que pour anéantir toute idée de ricos-hombres^ et pour marquer en effet que la dignité de grand d'Espagne était la seule de la roonarcliie, et que cette dignité unique était uniquement en ses mains.
Mais par une politique qui allait à flatter toute la nation, et qui» à Texemple de celle des papes sur les cardinaux, tournait toute à sa propre grandeur, il établit cette dignité dans un rang, des honneurs et des distinctions les plus grandes qu'il lui fut possible, et en même temps facile à faire admettre en Italie et en Allemagne, dictateur comme il était de celle-ci; et presque roi de celle-là, par les exemples éclatants que son bonheur et sa puissance surent faire des princes, des électeurs, et des papes mêmes, et plus encore des princes d'Italie qui ne respiraient qu^à l'ombre de sa protection, l'em* pire, l'Allemagne et l'Italie étant demeurés jusqu'à nos jours, depuis Charles Y, comme entre les mains de la maison d'Autriche, suivant le partage qu'il en fit luimême en abdiquant, et cette maison toujours restée parfaitement unie, le même esprit a toujours conservé dans tous ces pays-là la même protection à la dignité de grand d'Espagne, et la même autorité au moins à cet éuard, et pour des choses déjà établies, et maintenu les grands dans tout ce dont Charles V les avait mis en possession partout, dont l'enflure a senoblé, même aux Espagnols, les dédommager de ce qui leur a été ôté de plus réel.
Philippe II, sous prétexte d'honneur, porta une atteinte à cette dignité pour se l'approprier davantage. Ce fut lui qui introduisit la cérémonie de la couverture, comme ils parlent en Espagne^ ou de l'honneur de se couvrir. J'en remets la description et de ses différences
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pour ne pas interrompre le p:ros de cette matière. S'il n'osa tenter de donner des patentes ^ il exécuta pis : c'est que, laissant les grands qu'il trouva dans la possession de rhonneur qu'ils avaient de se couvrir avant de cornmencer à lui parler, il voulut que ceux qu'il fit commençassent découverts à lui parler, et n'en créa aucun que de cette sorte. Ce fut ainsi qu'il donna l'être à la seconde classe des grands, et par même moyen qu'il forma la première classe de ceux de Charles V, qui jusqu'alors avait été Tunique.
Pour résumer un moment avant de passer outre, jusqu'ici trois espèces et deux classes de grands. Trois espèces : la première, ceux qui au couronnement impérial de Charles V passèrent par insensible manière de l'état de ricos'hombres à celui de grands, en conservant, sous un autre nom, le rang et les usages dont ils étaient en possession, et continuant à se couvrir devant Charles Y sans qu'il leur dît le cobrios^ ni qu^il parût de sa part aucune marque de concession, tandis que le reste des ricos'hombres demeura anéanti quant à ce titre, et à tout le rang, honneurs et usages qu'ils y prétendaient être attachés.
La seconde espèce, ceux tant Espagnols qu'étrangers, sujets de Charles V, qu'il fit grands par ce seul mot cobrioSy qu'il leur dit une fois pour toutes, sans cérémonies s'ils étaient présents, ou s'ils étaient absents par une simple lettre missive d'nvis, par quoi ceux-là redevinrent ce qu'ils n'étaient plus, s'ils avaient été ricos-hombres^ ou s'ils ne l'avaient pas été, ils devinrent ce qu'ils n'avaient jamais été : ces deux espèces, aussi sans concession en forme, ce qui vient d'être expliqué pour la deuxième n'en étant pas une, et la première encore moins, puisque ce ne fut que par une sim-
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pie tolérance d'usfige qu'elle continufi de jouU im prérogatives dont éW» se trouvait en possession. J^ troisième espèce se trouvera ci-dessous.
Beoz classes doue de grands : la première tous ceux de Charles Y; la seconde ceux de Philippe II, lesquels forment notre troisième espèce, et la troisième gradation de la dignité de grand d'Espagne.
Philippe HI alla plus loin, et fit la quatrième gradation en donnant le premier des patentes. Il prit le pré-* texte que trouvant deux classes de grands établies, et voulant se réserver d'en faire de Tune et de Tautre, il était nécessaire de pouvoir les discerner par uu instrument public. Il fit eu effet des grands des deux classes, maia aucun sans patentes, et il n'y en a point eu depuis sans leur en expédier. Elles déclarent la classe, et con* tiennent Térection en grandesse d'une terre de l'impétrant^ à quoi le plus petit fief suffit, pourvu qu'il soit nûment mouvant du roi, ou si Timpétrant Taime mieux, déclarent la grandesse sans terre, sous le simple nom dudit impétrant, après quoi il les fait enregistrer aui conseil de Castille, de quelque pays qu'il soit et eu quelque lieu que sa grandesse soit située.
C'est de rétablissement de ces patentes qu'est venue, je ne dirai pas simplement l'incurie qui pouvait avoir quelque usage antérieur fondé sur le mélange de politesse et d'indolence de la nation, ou sur 1^ dépit secret de la destruetion de la rico-hombrerie ^ mais l'aversion si marquée des grands d'Espagne à observer entre eux, en quelque occasion que ce puisse être, aucun rang d'ancienneté. Ils n'en pourraient garder qu'à titre de dates. Ceux de Charles V et de Philippe II n'ont point de patentes, par conséquent point de date écrite qui les puisse régler. Ceux des règnes postérieurs, qui ont tous dea patentes, m veulent point montrer cette diver-
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compagnée de fia part des ducs de Najara et de Terra- Nova, grands d'Espagne, qui se couvraient devant elle. Le marquis de Carracène était pour lors gouverneur du Milanais et point grand. Philippe IV lui envoya ordre de se couvrir, mais pour cette seule occasion, à cause de la dignité du grand emploi qu'il remplissait^ et sans le faire grand*
La distinction des classes des grands, qui fut le prétexte de leur expédier des lettres patentes pour l'érection de leurs différentes sortes de grandesse, eu servit encore pour une autre sorte d'expédition aussi favorable à l'autorité royale que funeste à la dignité de grand , qui y trouva une cinquième gradation par les suites qu'elle eut, et pour lesquelles elle fut établie, sans que rien parût d'abord de ce qui arriva de cette expédition.
Cette autre sorte d'expédition est un certificat que le secrétaire de l'estampille expédie à ciiaque grand de la date de sa couverture, et suivant quelle classe il a été ndmis, qui marque le parrain qui l'y a présenté, et la plupart des grands qui y ont assisté, de sorte que cette expédition se donne nécessairement à tous les grands, non-seulement nouvellement faits, mais devenus tels par succession directe ou indirecte, parce que tous indistinctement ont une fois en leur vie à faire leur couverture.
C'est de cette couverture que dépendent tellement le rang et toute espèce de prérogatives de la grandesse de toute classe, que le grand dé succession , même de père à ûis, et non contestée, ne peut jouir d'aucune des distinctions attachées à cette dignité qu'il n'ait fait sa couverture, par quoi il devient vrai par l'usage que les héritiers des grands de toute classe, même leur fils, ne le deviennent en effet que par la volonté du roi qui, à la
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vérité, aecorde presque toujours cette couverture dans la même semaine qu'elle lui est demandée, mais qui peut si bien la refuser, et par conséquent suspendre tout effet de la dignité dans celui qui a cette cérémonie à faire, qpe le refus n'en est pas sans exemple, et pour confirmer cette étrange vérité, j'en choisirai le plus récent et peut-être en tout le plus marqué.
J'ai suffisamment parié ci«dessus du duc de Medina- Sidonia à propos du testament de Charles II, pour n'a* voir rien à y ajouter. Il mourut grand-écuyer, chevalier du Saint-Esprit et conseiller d'état, dans la faveur, l'estime et la considération qu'il méritait; et d'une sœur du comte de Beoavente ne laissa qu'un fils unique, gendre du duc de i'Infantado. Ce iils avait des amis, de l'esprit, de la lecture et du savoir, avec le défaut de la retraite et la folie d'aller dans les boucheries faire le métier de boucher, et d'un attachement à son sens, à ses coutumes, que rien ne pouvait vaincre; il conserva donc la golille et l'habit espagnol, quoiqu'on fit sa cour au roi d être vêtu à la française. La plupart des seigneurs s'y étant accoutumés, le roi vint à défendre tout autre habit, excepté à la magistrature et à la bourgeoisie chez qui la golille et l'habit espagnol furent relégués, et interdit à tous autres de paraître devant lui vêtus autrement qu'à la française. C'était avant la mort du duc de Medina-Sidonia, grand-écuyer , qui, aidé de l'exemple général, ne put jamais obtenir cette complaisance de son fils, lequel s'abstint d'aller au palais. C'était au fort de la guerre; il y suivit constamment le roi et son père, campant à distance^ ne le rencontrant jamais, et servant comme volontaire, se trouvant et se distinguant partout. Son père mort, et lui devenu duc de Medipa-Sidonia, il fut question de sa couverture. De s'y présenter en golille, il n'y avait pas d'apparence ;
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Têtu à la française, il ne le voulut jamais. Conclusion, qu'il a vécu douze ou quinze ans de la sorte, et est mort peu avant que j'allasse en Espagne, ayant autour de cinquante ans, sans avoir jamais joui d'aucune prérogative de la grandesse, qui, à la cour et hors de la cour, sont également suspendues sans difficulté à quiconque n'a pas fait sa couverture. C'est son fils qui a épousé la fille du comte de San-Estevan de Gormas, qui n'a pas eu la folie de son père, et qui a été fait chevalier de la Toison-d'Or avec son beau-père, en la promotion que fit Pliilippe Y en abdiquant.
On va aisément de l'un à l'autre : telle est la nature des progrès quand ils ne trouvent point de barrières. Sixième gradation de la grandesse pour arriver au point où elle se trouve aujourd'hui. De cette puissance dé suspendre tout effet de la grandesse, les rois ont prétendu les grandesses mêmes amovibles à leur volonté encore que rien d'approchant ne se trouve dans pas une de leurs patentes. De cette prétention s'est introduite une coutume qui l'établit puissamment, et qui est une des différences de la première classe d'avec les autres. Le temps précis de son commencement, je ne l'établirai pas, mais s'il n'est pas de Philippe II, auquel il ressemble fort, et qui a établi les deux classes en inventant la seconde, il ne passe point Philippe III. C'est que toutes les fois que l'on succède à une grandesse qui n'est pas de la première classe, fût-ce de père a fils, l'héritier donne part au roi par une lettre, même de Madrid à Madrid, de la mort du grand auquel il succède, et la signe sans prendre d'autre nom que le sien accoutumé et point celui de grand qu'il doit prendre, ni faire sentir en quoi que ce soit de la lettre qu'il se répute déjà grand. Le roi lui fait réponse, et dans cette réponse, le nomme non de son no(ii accoutumé, mais de celui
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éê ta graudesse qui lui est échue, et le traite de ooa«» m avec toutes les distinctious qui appartiennent aux grands. Après cette réponse, et non plus tôt, l'héritier prend le nom de sa grandesse et les manières des grands; mais il attend pour le rang et toutes les prérogatives la eérémonie de sa couverture. Ainsi le roi est non-seulement le maître de suspendre tant qu'il lui plait l'effet de la grandesse de toute classe, en suspendant ou refu-* sant la couverture, comme il vient d'être montré par Texemple du dernier duc de Médina -Sidonia, grand de première classe, et de Charles V, mais encore le nom et le titre dont les héritiers les plus incontestables, même de père à fils, pour les grandesses qui ne sont pas de première classe, font nécessairement un acte si authentique de reconnaître qu'il ne leur appartient pas de le prendre, jusqu'à ce qu'il ait plu au roi par sa réponse de le leur donner, quoique sans concession nou^ velle* De ce que ceux de la première classe n'y sont point assujettis, je me persuade encore davantage que cet usage est né sous Philippe II , avec la distinction des classes, et que Philippe III, qui pour fiiire passer les patentes se servit du prétexte de faire des grands des deux classes, n*osa envelopper dans cet usage les grands qull fit de la première à l'instar de ceux de Charles V, qui n'avait connu ni cet usage ni plus d'une classe de grands»
Voilà pour du possible; mais du possible à Teffet il n'y a qu'un pas pour les rois, et cet effet s'est vu sous la dernière régence. Les histoires sont pleines des orages qui agitèrent le gouvernement de la reine -mère de Charles II pendant sa minorité, et de ses démêlés avec dou Juan d'Autriche, bâtard du roi son mari et d'une comédienne qui, soutenu d'un puissant parti, la força de se défaire du jésuite Nitardi qui; sous le nom de sou
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confesseur, s*était fait l'arbitre de l'état, et qui par un nouveau prodige, de proscrit, et de chassé qu'il était à Borne, y devint ambassadeur extraordinaire d'E>pagne, et en fit publiquement toutes les fonctions avec son habit de Jésuite, jusqu'à ce qu'il le changea en celui de cardinal. A sa faveur en Espagne succéda le célèbre Vasconcellos, fameux par son élévation et par sa chute, plus fameux par sa modération dans sa fortune, et par son courage dans sa disgrâce, qui le fit plaindre même par ses ennemis. Don Juan, qui voulait être le maitre, et ne pouvait souffrir de confidents serviteurs ni de mi-* nistres accrédités auprès de la reine, s'irrita contre celui«<;i, comme il avait fait contre le confesseur, et il en vint pareillement à bout. Viisconceilos, qui venait d'être fait grand, et dont la naissance, sans être fort illustre, n'était pourtant pas inférieure à celle de quelques autres grands, fut dépouillé de sa dignité, sans crimes, et fut relégué aux Philippines, où il dépensa tout ce qu'il avait en fondations utiles et en charité, vécut longtemps et content, et mourut saintement, sans que, depuis tant de temps et tant de différents gouvernements en Espagne, il ait été question de grandesse pour sa postérité à qui elle devait passer, qui dure encore, et qui vit obscure dans sa province.
Telles ont été les différentes gradations de la grandesse, qui ne sont pas encore (épuisées, sur lesquelles il faut remarquer que les étrangers, je veux dire les grands d'Espagne qui sont en Flandre et en Italie, y jouissent de toute leur dignité sans être obligés d'en aller prendre possession en Espagne; mais s'ils y font un voyage, alors ils sont soumis à la cérémonie de la couverture, et en attendant suspendus de tout rang. Cette triste aventure arriva sous Philippe V au dernier comte d'Egmont, en qui cette illustre maison s'est
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étsiDUi, lequel, pour avoir perdu soo certificat de couvertnre do secrétaire de l'estaidpille , fut obligé de la réitérer.
Mal^ ce n'est pas eucore tout ce que Tautorité des rois s'est peu à peu acquise sur les grauds d'Espagne. En voici une septième gradation. Ils y ont ajouté un tri*but d'autant plus humiliant, que c'est celui de leur dignité même ; cela s'appelle l'annate et la médiannate ; celle-ci se paye à l'érection d'une grandesse, et va ton* jours à plus de 12,000 écus argent fort. Quelquefois le roi la remet, et c'est une véritable grâce qui s'insère dans les patentes, en sorte que Thonneur de la dignité et la bonté du tribut qui y est attaché se rencontrent dans le même instrument, dont nos patentes de grand d'Espagne de la première classe est un exemple récent. Mais rien de plus ordinaire que le refus de cette grâce ; et du temps que j'étais en Espagne, le duc de Saint-Michel de la maison Gravina, l'une des plus grandes de Sicile, qui y avait perdu ses biens lorsque l'empereur s'empara de ce royaume, et qui venait d'être fait grand pour les services qu'il y avait rendus, postulait cette remise, et ne fit point sa couverture tant que je fus en Espagne, parce qu'elle ne lui fut point accordée, et qu'il ne se trouvait point en pouvoir de payer. Je ne parle point encore des autres frais qui se font à Toccasion d'une érection de grandesse qui ne vont guère moins loin en salaires et en gratifications indispensables, mais dont la remise de la médiannate, quand le roi la feit, supprime de droit les deux tiers.
L'annate est un tribut qui se doit tous les ans à cause de la grandesse, et si le revenu est trop petit, parce qu'un simple fief mouvant nument du roi suffit pour rétablissement d'une grandesse, ou nul comme pour les grandesses qui sont seulement attachées au
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nom et point à une terre, comme récemment celle du duc de Bournonville ; alors cela s'abonne à tant par an. Quelquefois encore celui qui est fait grand en est exempté pour sa vie, et alors cette grAce s'insère aussi dans les patentes, et les miennes en sont encore un exemple, mais jamais aucun des successeurs, dont Tannate est toujours plus forte que celle de l'impétrant, et il est arrivé à plusieurs d'être saisis faute de paiement d^années accumulées, et d'être encore suspendus de tout rang jusqu'à parfait paiement. Outre ces deux sortes de droits, il y en a un troisième faute duquel saisie et suspension de rang se font aussi. C'est un droit plus fort que Tannate ordinaire à chaque mutation de grand. De l'époque précise de ces usages. Je n'en suis point instruit, mais il y a toute apparence que si elle n*est pas la même que celle de rétablissement des patentes, pour le moins se sont-elles suivies de près.
Il ne faut pas oublier que la diversité des classes est une espèce de mystère parmi les grands qu'ils n'aiment pas à révéler, ou par vanité d'intérêt ou par politesse pour les autres, et d'autant plus difficile à démêler que la différence ne s'en développe qu'aux couvertures, qui s'oublient bientôt après; car pour les distinctions qu*y fait le style de chancellerie, c'est un intérieur qui demeure dans leurs papiers.
De prétendre maintenant que le nom et la dignité de grand fussent connus avant Charles V, c'est ce que je crois sans aucun fondement, d'autant quMI ne parait rien qui distinguât le grand du rico-hombre^ ou si Ton veut les ricos-hombres entre eux du côté des prérogatives. J'ai donc lieu de me persuader que c'est une idée de vanité, destituée de toute réalité, pour donner plus d'antiquité à la dignité de grand, en faire perdrede vue l'origine, et la relever au-dessus de celle des rieos--
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kombres lesquels étaient les plus grands seigneurs en puissance et en naissance, relevant Immédiatement de la couronne, et avec droit de bannière et de chaudière qu'ils mirent souvent dans leurs armes; or, comme le titre de ricos-hombres^ leurs armes et ces marques passèrent peu à peu à leurs cadets, et ensuite dans d'autres maisons par les filles héritières, c'est de là^ comme Je Tai remarqué, que les ricos-hombres étaient devenus si multipliés par succession de temps, lorsqu'ils disparurent Jusqu'au nom même à l'invention de celui de grand par l'adresse et la piAssance de Charles Y.
Comme ce prince ne donna point de patentes pour cette dignité, il est difficile de distinguer parmi lespre« miers grands espagnols ceux qui, pour ainsi dire, le de* meurèrent, c'est-à-dire, qui de ricos-hombres devinrent insensiblement grands, conservant simplement sous ce titre les prérogatives que leur donnait celui qu'ils avaient eu jusque-là, d'avec ceux qui, n'étant point du nombre des ricos-hombres, furent néanmoins faits grands dans la suite par le même Charles Y. J'aurais du penchant à croire que ce prince eut le ménagement de n'élever à la grandesse que ceux de ce rang parmi les ï^spagnols, pour les flatter davantage dans ce grand changement, quoique Je n'aie d'autre motif de cette opinion que celui de la convenance. Si elle était vraie, cette distinction à faire serait peu importante, puisqu'il ne s'agirait entre eux que de n'avoir point cessé de jouir de leurs prérogatives, par un passage comme insensible d'un titre ancien à un nouveau, ou d'avoir cessé d'en jouir un temps, et d'y avoir été rétablis après par ce fpot cobrios, dit sans cérémonie, ou par une lettre missive sans forme de patentes, ni de vraie nouvelle concession. Quoi qu'il en soit, la commune opinion en Espagne, et qui usurpe l'autorité de la notoriété publi-
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f ue, admet en ce premier ordre degrands^ deTenan in« sensiblement tels de ricos^hombres qu'ils étaient lors de rétablissement du titre de grand, les ducs de Medioa- Cœli, d'Escalona, de Tlnfantado, d*Albuquerque, d'Âlbe, de Bejar et d'Ârcos^ les marquis de Yillena et d'Âstorga, les comtes de Benaveute et de Lemos, pour la couronne de Castllle ; et pour celle d* Aragon les ducs de Sef{orbe et de Montalte, et le marquis d*Ayetonne. Plusieurs y ajoutent pour la Castille, les ducs de Medina-Sidouia et de Najara, les ducs de Frias et de Rioseco, l 'un connétable, Tau tre amarante héréditaire de Castille, et le marquis d'Aguilar, tous à la vérité si anciennement et si fort en tout des plus grands et des plus distingués seigneurs, surtout Medina-Cœli, qu'on a peine à leur disputer cette même origine. On verra dans les états des grands d'Espagne quelles maisons portaient ces titres, et de celles-là où ils ont passé.
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