CHAPITRE DLXXV
lodifférence poarles grands des litres de duc, marquis et comte. — Titre de prince encore plus indifférent. — Successions aux grandesses. — Majurasques. — Etrange chaos de noms et d^armes en Espagne, et sa cause. — Bâtards. — Leurs avantages et leurs différences en Espagne. — Récapitulation sur la grandess. — Etrange coutume en faveur des Juifs et des Maoret baptises.
Il y a maintenaat dçux choses à expliquer : Tindif* férence des titres de duc, marquis et comte ; la succès-» sion à la dignité.
Pour la première, il faut encore revenir aux rtcos* hombres^ tige, pour ainsi dire, de la dignité des grands. On a vu que ce titre de ricos-hombres, avec toutes les distinctions qui y étaient attachée, ne fut d'abord que pour les grands vassaux immédiats à bannière et à chaudière, et que dans la suite de leur multiplication, usurpée ou concédée à la nécessité du temps ou à la confusion des affaires des divers royaumes qui ont si longtemps composé les Espagnes, les cadets de ces ricoshombres^ leurs gendres et la postérité des uns et des autres se maintinrent peu à peu dans la possession de ee titre, sans posséder ces premiers grands fiefs , qui dans leurs auteurs en avaient été le fondement. Lorsque les titres de duc, de marquis et de comte commencèrent à s'introduire dans les Espagnes , ce ne fut que pour les grands vassaux effectifs , qui. étaient ces ricos"
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kombren premiers , dont le titre 8*étant multiplié dans la suite par la vole qui vient d'être expliquée, elle servit de même pour la multiplication des titres de duc, de marquis et de comte; et ces derniers-ci, eomme bien plus modernes, et comme n'ayant en soi dans les Espagnes aucune distinction de prérogative attachée, n'était qu'un accompagnement indifférent au titre de rteohombre; il fut aussi dès lors indifférent d'être duc, marquis ou comte, parce que Tunique distinction éclatante et supérieure à toute autre n'était attachée qu'au titre de ricthhombre. Bien est vrai que le duché marquait et fut effectivement une terre plus noble et grande que le marquisat et le comté, et c'est ce qui fit que tous les ducs espagnols d'alors , se trouvant les plus distingués seigneurs et les plus riches d'entre les ricoshombresy passèrent tous de ce titre à celui de grand, sous Charles V, sans concession et comme insensiblement; or comme il n'y eut plus alors que la grandesse à qui le rang et la prérogative fussent attachés comme ils Tétaient uniquement auparavant à la rico-hambrerie^ à laquelle les titres de ducs, marquis et comte étalent indifférents parce qu'ils ne lui donnaient rien, ees mêmes titres, ne donnant rien aussi à la grandesse, lui furent également indifférents. Il est pourtant vrai que dans lés Espagnols naturels , duc et grand sont synonymes, non pas que le duc en tant seulement que duc ait aucune prérogative au-dessus du marquis et du comte eomme tels, mais bien parce que depuis Charles V tous les ducs espagnols passèrent de la ricO'kombnBrie à la grandesse ; et ce prince et ses successeurs ont si peu érigé de duchés en Espagne sans y joindre en même temps la grandesse, que de ce peu là même il n'y en a plus aucun qui ne soit devenu grandesse ou qui ne soit tombé à des grands.
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Le titre de prince est si peu eonnu en Espagne, et en même temps si peu goûté, qu'aucun Espagnol ne rajamais porté, jusqu'aux enfants des rois, si on en excepte quelques-uns des héritiers présomptifs de la couronne, à qui le titre de prince des Asturies est affecté en reconnaissance de l'attachement de cette province à ses rois du tempsdes Maures,. et par laquelle ils recommencèrent à régner, et à s'opposer à ces infidèles. Encore fort peu d'aînés l'ont-ils porté, la singularité du nom d'infant et d'infante, qui ne signifie pourtant que l'enfant, jointe à l'usage, ayant toujours prévalu pour ceux, des rois. Les étrangers sujets d'Espagne, qui dans leur pays portent le titre de prince , l'ont apporté avec eux en Espagne, sans rang aucun pour les sujets ou non sujets s'ils ne sont grands, et sans donner aux Espagnols naturels la moindre envie de s'accoutumer pour eux-mêmes à ce titre, quelques droits qu'ils y pussent prétendre ^ suivant d'autres manières qui ont prévalu chez leurs voisins à bien meilleur marché.
La manière de succéder à la dignité de grand n'a rien de distinct de la manière de succéder aux biens, et comme ils passent tous sans distinctions en quenouilles et de femelles en femelles à l'infini, aussi font les grandesses, avec la confusion de noms et d'armes qu'entraîne ce même usage établi parmi les Espagnols de joindre à son nom tous les autres noms de ceux dés biens desquels on devient héritiers, isurtout avec les grandesses, qui se substituent ainsi à l'infini, à la proximité du sai^, sans distinction de mAle et de femelle, sinon du frère À la sœur, ou en quelques maisons ou occasions peu communes, de l'oncle paternel à la nièce..
Ce sont, pour le dire en passant, ces substitutions de terres érigées ou non en grandesses.qu'ils appellept majorasques^ et qui ne peuvent jamais être vendues pour
dettes ni pour aacan cas que ce soit, niafs ipû té saisissent par les créanciers pour les revenus senlement, et Jusqu'à une certaine concurrence, dont une partie plus ou moins légère, selon la dignité des terres et leurs revenus, demeure au propriétaire pour aliment avec les casuels. C'est ce qu'ils croient être le salut des maisons, et c'est par cette raison que presque toutes les terrss sont substituées en Espagne ; de là vient que, n*y ayaat point de fin à ces substitutions , il y a si peu de terres dans le commerce , et que ce peu qui y pourrait être n'y sont plus en effet , parce qu'elles deviennent ïé seul gagedes créanciers, et qu'elles ne se peuvent acheter en sûreté. J'eus la permission du roi et du roi d'Espagne d'en acheter une en Espagne et d'y établir ma grandesse. Je me bornai même au plus petit fief relevant nûmest du roi. Je me retranchai après à l'acheter eb&r sansaaeun revenu. En deux années de reclierches il me ûit impossible d'en trouver, quoique plusieurs personnes de considération et du conseil même s'y soient soignetsement employées. Je ne dis pas que cela ne se puisse trouver, mats Je dis que cela est extrêmement difficile. Il ne faut pas oublier que les héritiers de ces substitutions héritt^nt aussi de tous les domestiques, femmes, enfants de ceux dont ils héritent, qui se trouvent chez eux ou entretenus par eux; de manière que, par euxmêmes ou par ces successions, ils s'en trouvent infiniment chargés. Outre leur logement, chez eux ou ailleurs, ils leur donnent à chacun une ration par jour, suivant l'état et le degré de chaque domestique , et à tout ce qai peut loger chez eux deux tasses de chocolat à chacun tous les jours. Du temps que j'étais en Espagne le doc de Medina-Cœli, qui, à force de substitutions accumulées dont il avait hérité, était onze fois grand , et qti depuis a hérité encore de plusieurs antres gr^indessps,
DE SAorr-smois. tm
avait sept cents de ces rations à payer par jour. G'eH aussi ce qui les consume.
Mais pour revenir a ces héritages , il arrive souvent que les héritiers par femmes des grandes maisons et par plusieurs degrés femelles, laissent tout à fait leurs propres noms et armes y que dans la suite un cadet re*» prend quelquefois , tellement que dans la multitude des noms et des armes, qui souvent* ne se suivent pas, quelquefois même dans Tunicité, ce n'est pas unepe* tite difficulté parmi les Espagnols, même entre eux , de déaéler le vrai nom d avec ceux qui ont été ajoutés, eu de savoir si tel nom qui se porte aeul 6st le vérital>le. Ainsi des armes ; de celles-ci Je n'en ai pu avoir le temps que fort en gros ; pour les noms , c'est ee qui m'a donné le plus de peine à bien éclaircir sur les lieux avecceux qui passaient pour être les plus instruits sur ces matières et sur celles de la grandesse, d'aucun desquels je n'ai été plus satisfait ni plus pleinement que du profond savoir du duc de Veragua , fils de celui dont j'ai fait mention en parlantdu testament de Gfaar^ les II , qui m'a fait la gi*âce de vouloir bien m'en instruire avec une bonté , une simplicité, une patience et une exactitude peu communes. Je dois encore à la vé* rité cette justice aux recherches historiques et généalogiques dlmhoff des grands d'Espagne, que j'y portai exprès , qu'elles y sont estimées des connaisseurs , et qu'elles m'ont infiniment aplani de difficultés , soit en m'apprenant an grand nombre de choses que j'ai trouvées vraies par l'information la plus scrupuleuse et la plus multipliée que j'en ai pu prendre ^ soit par m'avoir donné lieu à des questions nombreuses qui m'ont beaucoup instruit dans le peu que je sais , soit encore en m'apprenant à me défier des meilleurs livres par trouver des fautes en celui-ci . en recherchant exacte-
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ment dans mes conversations la vérité ou la fausseté, et le mélange de toutes les deux de plnsleors choses qu'il avance, mais non bien Importantes. Avec on plus long séjour, moins de fonctions et d'occupations, et le Tison d*Espagne à discuter comme j'ai fait les recherches dlmhoff , j'aurais pu rapporter de bonnes choses, mais ce livre, jamais je ne l'ai pu recouvrer. Ils l'ont bien quelques-uns en Espagne, et sourient quand on 4eur en parle, sans s'en expliquer jamais. Ils l'ont fait supprimer tant qu'ils l'ont pu partout à force de isoins, d'autorité où elle a eu lieu , et même d'argent, parce qu'il prétend prouver que presque toutes les maisons considérables et les plus distinguées d'Espagne sont J)Atardes et souvent plus d'une fois, en quoi presque tous les grands et les plus hauts seigneurs d'Espagne sont enveloppés. Quoique leur bâtardise cachée, s'ils en ont , m'ait échappé , et ce s'ils en ont n'est pas douteux en général , il faut néanmoins dire un mot de leurs sentiments et de leurs usages pour la grandesse et pour les successions par rapport aux bâtards.
Convenons de bonne foi qu'à cet égard l'Espagne se sent encore d'avoir été pendant plusieurs siècles sous la 4omination des Maures , et du commerce de mélange qu'elle eut depuis avec eux presque jusqu'au règne des rois catholiques. Car il est très- vrai qu'elle ne sent pas assez toute la différence d'une naissance légitime d'avec une naturelle provenue de deux personnes libres. Ces sortes de bâtards héritent sans difficulté presque comme les légitimes, et sont grands par successions, s'il n'en survient un légitime par le mariage du père ; en ce cas, le bâtard a sa part de droit qui peut même être grossie jusqu'à un certain point par la volonté du père. De ceux-là sont sorties des maisons puissantes et trèsdifficiles à démêler d'avec les légitimes. Ils deviennent
DE SAINT-SIMOR. til
grands QOQ-seulemeQt par successiona dircetes, à fSiiite de Intimes , mais encore par succession féminine et collatérale; et si cette sorte de bâtard est fils d'un fort grand seigneur, et aimé de lui , il trouve à se marier ti-ès-souvent aussi bien que s'il était légitime. Lui passé, il n'y a plus de différence.
Les bâtards d'une fille et d*nn homme marié ont au»! leur part, mais très-légère ; s'il y a un légitime, ils sont tout à fait sous sa main, le père alors ayant les siennes bien plus liées à l'égard du bâtard. Ceux-ci n'ont pas la même part aux successions femelles et collatérales que ceux de deux libres , lesquels , à faute de frères et de sœurs légitimes, les recueillent entièrement. Néanmoins cette espèce adultérine ne laisse pas de trouver des partis avantageux s'ils sont sans frères et sans sœurs légitimes, ou s'ils sont fils de fort grands seigneurs qui les aiment , leur postérité perd avec le temps la flétrissure de son origine, et supplée quelquefois en tout à la légitime, quoique bien plus rarement que l'autre espèce de simples bâtards. On en a vu de toutes les deux, ayant des frères légitimes , être faits grands par le crédit de leurs pères , et fonder alors de plain-pied des maisons presque pareilles à celles dont ils sortaient par bâtardise, et dans la suite leur postérité et la légitime tout à fait confondues. Il y a encore des exemples récents de ces sortes de grands. Tel est aujourd'hui un bâtard du duc d'Abrantès, frère du duc de Linarea, mort sans enfants vice-roi du Mexique, sous le commencement di;i règne de Philippe V, et Â'ère de Tévèqpe de Cuenea, devenu duc d'Abrantès par la mort de ce frère et de son père , duquel j'ai parlé à propos du plaisant adieu qu'il fit à Tambassadeur de Teropereur le jour de Touverture du testament de Charles II. Cet évéque , qu'on n'appelle jamais que le duc d'AbrantèSi XXXV* u
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a trouvé le crédit à mon départ d*Espagne, c'est-à-dire fort peu après , de faire faire grand ce frère bâtard , pour soutenir la maison éteinte, que j*ai expliquée plus haut, et on le nomme le duc de Linarez. Ce sont ees usages plus qu'abusifs qui ont donné cette distinction aux grands mariés comme aux non mariés, que leurs bâtards , et comme tels , sont admis dans l'ordre de Malte comme chevaliers de justice, sans différence des légitimes. Il faut sur cela remarquer qu'après la perte de Rhodes, cet ordre, devenu errant et prêt à se dissiper, fut protégé et recueilli par Charles V^ qui lui donna i*t1e de Malte en toute souveraineté, fors t'hom* mage annuel de quelques oiseaux pour la chasse, et qu'encore aujourd'hui Vambassadeur de Malte ne se couvre point en aucun cas devant le roi d'Espagne, bien qu'il le reçoive en audience publique où les grands assistent couverts, et où je me suis trouvé comme grand avec eux, quoique cet ambassadeur jouisse a Madrid , et par toute l'Espagne , de toutes les autres prérogatives du caractère d'ambassadeur, excepté aux chapelles où il n'a ni place ni fonction. Or, cette obligation envers la couronne d'Espagne, jointe aux usages particuliei's à ce seul pays sur les bâtards , peut avoir eu grande part à l'admission de ceux des grands dans l'ordre de Malte. Je dis ce seul pays, les comtes de Guldenleyr ne pouvant faire exemple dans ce recoin du nord, demi païen encore dans sa domination, puisque ces bâtards des rois de Danemark n'en font pas même pour la Suède, ni pour tout le reste du nord, qui n*abhorre pas moins la bâtardise, qu'on la déteste et qu'on l'anéantit dans toute l'Allemagne.
Pour les doubles adultérins, ils demeurent dans toute l'Espagne dans une entière obscurité, faute de ne pouvoir nommer leur mère, et d'avoir trouvé un juriscon-
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mite comme Harlay, lors procureur général du parlement de Paris, qui ait appris à faire reconnaître des enfants sans mère. Quels que soient ces restes de mœurs* mauresques qui infectent ence^'e L'Espagne, elles n'y Yont pas jusqu'à connaître ceux-ci, pour lesquels toute l'horreur et le néant dû à la naissance illégitime s'est rassemblé sur les doubles adultérins dont la monstrueuse espèce ne peut être censée dans aucune sorte d'existence.
Les exemples de don Juan, bâtards de filles et de leurs rois, confirment ce que je viens d'expliquer, et qui s'entendra et s'expliquera mieux encore par là, en se souvenant que ceux des particuliers ont les mêmes droits, proportion gardée, qui est ce qui élève tant ceux des grands, et qui met ceux des rois comme au ni* yeau des princes légitimes.
Ramassons en deux mots ce qui vient d'être expliqué de l'eesence de la dignité de grands d'Espagne.
Nulle mention d'elle avant Charles V.
Les ricos'hombres y ou puissants hommes qui étaient grands et immédiats feudataires des divers royaumes des Espagnes avec droit de bannière et de chaudière, y étaient la seule dignité connue jusqu'à nous, parlaient couverts à leur roi, et se mêlaient des grandes affaires. Si, à titre de droit ou de puissance, d'usage et de concession, si de succession ou de besoin que les rois avaient d'eux, obscurité entière. Pareille obscurité sur leurs autres prérogatives et fonctions.
Se multiplièrent cadets, même collatéraux par femmes, et de femmes en femmes, par mérite, après par service ou besoin, enfin par grandes charges, sans pos* séder ces grands fiefs immédiats ; devenus ricos-hombres, prirent bannières et diaudières, d'où si fréquentes aux ardioiries.
ta MÉMOiaEs
Tels ëtaieQMIs devenas sons les rois catholiques.
Leur complaisance pour Philippe le Beau en haine de Ferdinand, coup mortel à leur dignité.
Puissance de Charles V; son adresse à son couronnement impérial les anéantit, et comme par insensihle transpiration, leur substitua sans concession, sans cérémonie, la nouvelle dignité de grands d'Espagne, d'abord d'entre les ricoshombres, puis d'autres; leur conserva le droit de lui parler couverts et leur en procura de grands en Allemagne et en Italie par politique, ce qui subsiste encore par l'appui de cette même puissance de la maison d'Autriche et de cette même politique.
Cérémonie de la couverture et distinction de deux classes de Philippe II.
Concessions et patentes de Philippe III, auteur vraisemblable de la troisième classe, d'où mystère des classes, aisé parmi les grands, et leur aversion d'aucun rang d'ancienneté entre eux.
Prétention des rois, née des patentes, de la nécessité de leur consentement pour succéder à la grandesse, même en directe, établie par l'usage, et la manière de donner part au roi, et d'en recevoir la réponse, dont la première classe est seule exempte. De là encore prétention des rois d'en suspendre le rang passée en usage, dont divers exemples, tant en refusant d'admettre à la couverture qu'en autres cas.
Certificat de couverture sans lequel nul rang, même l'ayant faite si le certificat est perdu, et alors la réitérer, dont exemples. Grands étrangers habitant^hors de l'Espagne exceptés, si ce n'est qu'ils y aillent, même en passant; alors soumis.
Prétention des rois, nées des précédentes, de pouvoir priver de la grandesse sans crime d'état, ni autre grave,
DE SAINI -SIMON. U$
dont exemple en Vasconcelios et sa postérité jusqu'à aujourd'hui.
Des patentes et de l'établissement successif de ces prétentions, sont nés les tributs à raison de la dignité. Ils sont trois.
Mediannate, qui au moins va à plus de 40,000 livres pour le roi seul , sans les autres sortes de salaires et d'autres droits. Se paye au roi à chaque érection de grandesse. Se remet quelquefois, et alors la remise s'exprioae dans les patentes mêmes. Se demande quelquefois, et est refusée, dont exemples.
Annate qui est un droit annuel plus ou moins fort, mais moindre que la mediannate ; il ne se paie point par l'impétrant, et ne se remet jamais aux successeurs.
Mutation, autre droit moins fort que le premier, plus fort que le dernier, qui se paye par tout successeur à son avènement à la grandesse, et ne se remet jamais. Droits contraints par saisie et par suspension de rang quand il plaît au roi, jusqu'à parfait payement, dont plusieurs exemples.
Fief le plus petit en tout genre, mais relevant Immédiatement du roi, suffit pour établir une grandesse ; elle s'établit quelquefois sur le nom sans fief, dont exemples existants, à l'imitation des ricos^hombres^ cadets, sans grands fiefe dans leurs décadences : en ces cas abonne* ment pour fixer la quotité des tributs susdits.
Indifférence entière parmi les grands, des titres de ducs, marquis et comtes, venus de ce que ces titres s'établirent en Espagne vers la findesrtco5-Aom6r«5, dont la dignité étant unique ne reçut rien de ces titres que ta simple dénomination ; la grandesse ayant été substituée à la rico'hombrerie pour unique dignité d'Espagne, les titres de duc, marquis et comte y sont restés de même condition qu'auparavant, encore que dans le fait il ne
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reste plus aucun duc espagnol qui par succession de temps ne soit devenu grand, Espagnol s'entend, et dont le duché soit en Espagne. De pareille condition de ces trois titres est celui de prince, qui ne donne et n'ijoute quoi que ce soit par lui-même en Espagne, et que nul Espagnol naturel n'a encore porté.
Rien de distinct en la succession aux grandesses de la manière de succéder à tous les autres biens. Les femelles en sont capables en tout temps en Espagne, et sont préférées aux mâles par la proximité du sang, et ainsi de femelles en femelles. Appelées de même aux substitutions des terres ou majorasques qui sont trèsfréquentes et toujours à l'infini ; d'où natt la difficulté du commerce des terres de toute espèce qui se trouvent presque toutes substituées, et les autres soumises aux créances. De là encore cette obscurité presque impénétrable des vrais noms et des vraies armoiries, qui tombent aux appelés avec les biens.
Ce qui ajoute encore avec indécence à cette obscurité, est l'ancienne coutume de donner aux Maures et maintenant encore aux Juifs qui se convertissent, et que les grands seigneurs tiennent au baptême, non-seulement leur nom de baptême, mais celui de leur maison, avec leurs armes qui passent pour toujours dans ces familles infimes, et qui, avec le temps, les confondent avec les véritables, et les leur substituent encore plus aisément lorsqu'elles viennent à s'éteindre.
Bâtards en Espagne ont des avantages inconnus chex toutes les autres nations chrétiennes, venus du mélange avec les Maures qui y a si longtemps duré.
Peur de différence des bâtards de deux libres d'avec les légitimes, un peu plus de ceux d'une fille et d'un homme marié. Ils héritent et sont capables de recueillir les substitutions. De là plusieurs maisons de cette ori-
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gine^etquelquefois redoublée, qui n'en sontgaère moins considérables. D'autres en nombre dont ce défaut est obscur. Pour ceux d'une femme mariée, ou les doubles adultérins, leur proscription et l'infamie de leur origine est telle en Espagne qu'elle devrait être partout, c'est-à-dire sans espérance et sans exemple d'exception, ils y sont sans nom, sans biens, sans existence. Du fond de ta dignité même de grand d'Espagne que Je viens d'expliquer, il eu faut venir aux usages, et commencer par ceux qui nous sont connus et qu'ils n*ont pas.
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