CHAPITRE DLXXVI
Nulle marque de dignité aux armes, aux carroHei, aux maisons que le dais. — Homieurt dits eu FnDce du Louvre. — Distioclion de quelques personnes par-dessus les grands. — Df^raîssion de grandesse inconnue en Espagne. — Eiemples récents de |*rands étrangers expliqués successeurs a la graudesse aux rang et honneurs. — Cérémonie de la couverture et ses différences pour les trois différentes classes ches le roi d'Espagne et son plan. — La même cérémonie chex la reine d'Espagne et aon plan. — Tout ancien prétexte de galanterie pour ae couvrir aboli*
Les grands ni leurs femmes n'ont aucune marque de dignité sur leurs carrosses ni à leurs armes : ce n'est point 1* usage en Espagne pour aucune chaîné ni diguité que ce soit. Si quelques-uns d'eux conservent ces an* ciennes distinctions des bannières et des chaudières des rioos-Jiombres^ elles sont communes à tous ceux de leur maison qui ne sont point grands, et se mettent dans reçu en bordure ou en écartelure. 11 n'y a pas jusqu'aux petits hommes armés et à cheval du connétable de Castille, et aux ancres de TAmirante qui ne soient en bordure. Il est pourtant vrai que quelques-uns, en petit nombre, portent leurs bannières en dehors de l'écu, et quelquefois même l'en environnent ; mais cela ne tient point lieu de marque de dignité en Espagne. Pour la
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Toison-d'Or, ceux qui Tont en portent le collier aotour de lears armés» et pareillement celui du Saint-Esprit, ceux à qui on l'a donné. Depuis que les ducs de France et les grands d'Espagne fraternisent en rang et en honneurs, il y aplusieursdeceux-ci qui,en Espagne et sans eo être jamais sortis, ont pris le manteau ducal ; peu de grands espagnols naturels l'ont encore fait. La reine même n'a point de housse.
Les balusti'es et les autres distinctions extérieures y sont inconnues, même chez le roi et la reine, excepté le. dais; mais ce dais descend chez tous les titolados^ dont il y en a quelquefois de fort étranges : j'expliquerai cC' que c*est en son temps. Toute la différence est que les dais de ceux-ci ne sont que de damas tout simple, avec un portrait du roi dessus, et que ceux des grands sont de velours et riches, sans portrait, avec quelquefois leurs armes brodées dans la queue. Ainsi les dais des uns paraissent être pour le portrait, et celui des autres pour leur dignité et pour eux-mêmes. A l'égard des balustres, peut-être que l'usage de coucher en des lieux retirés qu'on ne voit point, et de n*avolr point de ces lits qui ne sont que pour la parade, en abanni la distinction.
La manière de bâtir en Espagne fait que ce que nous appelons en France les honneurs du Louvre n'y peut exister. Les palais du roi, et tous les autres, ont une grande porte cochère^ à condition qu'aucun carrosse n'y peutentrer ; mais il y en a uneimage. Après cette porte il y a, au palais de Madrid, un grand vestibule noir et obscur, couvert, court, mais qui s'étend en deux pe* tites ailes, et qui aboutit à quelques marches d'une ga* lerie qui sépare deux cours pavées de grandes pierres plates, avec un grand escalier tout en dehors au bout de cette galerie. Dans ce vestibule couvert entrent les carrosses des grands et de leurs femmes, des cardinaux
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et des ambftisadairs, et eo ressortent dès ^a^Hs sont descendus à la galerie; ils rentrent de même pour les prendre quand ils veulent remonter pour s'en aller. Tons les autres hommes et femmes descendent et remontent devant la grande porte, et tous les carrosses se rangent dans la grande place du palais. Au Buen- Betiro, entre plusieurs cours, il y en a deux de suite, comme au Palais Royal à Parts, mais infiniment plus grandes. Tous les carrosses entrent dans là première et y restent. Les seuls grands et leurs femmes, les cardî* oaux et les ambassadeurs entrent dans les leurs sous le corps de logis qui sépare les deux cours, et y descendent dans une galerie ouverte qui conduit au bas du degré, et leurs carrosses passent outre dans la deuxième oour pour y tourner. Il» les allaient attendre après dans la première, et entraient comme en arrivant quand leurs maîtres ou maîtresses voulaient y remonter pour s'en aller. Maintenant, c'est-à-dire longtemps avant que j'allasse en Espagne, et je ne sais sous quel règne, leurs carrosses demeurent dans la seconde cour, et ne font plus qu'avancer pour reprendre leurs maîtres ou leurs maîtresses on ils les ont descendus. Ce dernier petit avantage était encore nouveau dans mon temps, peutêtre sur l'exemple des ambassadeurs qui l'ont toujours eu.
Il faut se souvenir ici des distinctions extrêmes qu*on a vues plus haut du président et même du gouverneur du conseil de Castille par-dessus les grands qui arrêtent devant lui dans lesr rues, qui n'en ont pas la main ehfô lui, et qui n'en sont point visités en quelque occasion que ce soit, qui est reçu et conduit au carrosse par un majordome quand il va au palais, et qui y est seul assis en troisiènve, avec le majordome major et le sommelier du corps, en attendant que le roi paraisse
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ou qu'il soit appelé dans le cabinet, en présent de tous les grands deboat ;
De celles du majordome major du roi qui partout les précède tous, et eu place distinguée, et qui est assis à côté du roi, au bal, à la comédie, aux audiences singulières, les grands debout, et étant comme leur chef;
De celles du majordome major de la reine, qui ch«z die, aux audiences, les précède tous ;
De celles des cardinaux, sur eux qui, en présence du roi, sont extrêmes, mais nulles en son absence. J'aurai occasion d'en parler ailleurs.
Ënlio, de celles des ambassadeurs qui , à ia vérité, sont peu sensibles et ne se rencontrent pas souvent.
J*ai remarqué celles des conseillers d'état, même point grands, qui, à leur exclusion, ont le droit d'aller en chaise à porteurs comme les dames.
A l'égard de celles-ci, toutes celles d'une qualité distinguée, sans distinction des femmes de grands, se font souvent porter en chaise par la ville et même au palais, dans l'escalier, jusqu'à la porte extérieure de l'appartement de la reine, ou leurs chaises et leurs porteurs les attendent, sans le mezzo termine^ trouvé à Versailles, de payer pour faire porter les livrées du roi aux porteurs des personnes qui n'ont pas les honneurs du Louvre. La Térité est qu'il n'y a guère que les dames du palais, et fortpeu d'autres grandes dames, femmes de grands, à qui je l'aie vu faire. A propos de livrées, souvent on n'en a point, puis on en reprend, et jamais presque les mêmes. Jusqu'au fond de la couleur de la livrée, on la change presque tous les ans dans la mente maison. Elles sont pour la plupart sombres et toutes fort simples, et les carrosses et les chaises au-dessous de ia simplicité. Les boues de Madrid l'hiver, sa poussière l'été, et l'air qui résulte de la quantité et de la nature étrange de ces
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boues, quJ ternit les meables et jusqu'à la vaisselle d'argent, est cause de cette grande simplicité, mais qui n'est pas pour les ambassadeurs.
ies grands n'ont point l'usage de se démettre de leur dignité comme les ducs en France; mais en Espagne, le successeur direct d'une grandesse et sa femme ont des honneurs et un rang en attendant qu'elle leur soit échue par la mort de celui à qui ils ont droit de succéder. Le comte de Tessé , en faveur duquel le maréchal son père eut la permission d'en user comme les ducs à leur exemple, ne serait pas traité ni reconnu comme grand en Espagne du vivant de son père. U chose faiteetierang pris ici, on en tira un consentement du roi d'Espagne, parce qu'il ne devait point avoir d'usage en Espagne ou le comte de Tessé ne devait point aller, et encore ce consentement fut-il difficile et tardif. Philippe V a pourtant fait deux exceptions à cette règle, que nul autre roi n'avait enfreinte avant lui.
La première fut en faveur du duc de Berwick, auauel en récompense de ses services après la bataille d'AIroanza, il donna la grandesse de première classe, les duchés de Llria et de Quirica, ancien apanage d« infants d'Aragon , pour y établir sa grandesse et jouir, en propriété, de ses terres de 40,000 livres de tente; la liberté d'y appeler tel de ses enfants qu'il voudrait, pour en jouir même de sou vivant , et sa postérité ensuite • la faculté de changer ce choix pendant toute ss vie et le pouvoir de le changer encore par son test«ment toutes grâces inouïes et proportionnées à limnortance de la victoire d'Almanza. En conséquence, son fils aîné eut en Espagne ia grandesse, les duchés , et porta le nom de duc de Liria où il s'établit , puissant par son mariage avec la sœur du duc de Vcraguas , qm en recueilUt depuis le vaste et riche héritage.
L'aujtre exception fut faitçen faveur de ia fonction dont je fus honoré d'aller ambassadeur extraordinaire en Espagne faire la demande de Tinfante pour le roi, eoncjure le futur mariage, en signer le contrat et assister de sa part au .mariage du prince des Asturies avec une filledeM. le ducd*Orléans, lors régçnt du royaume. A Tinstant que la cérénaonie en fut achevée, le roi.d'Espagne s'avança à moi dans la chapelle même du château de Lerroa , et avec mille bontés me fit Thonneur de me dire qu'il me donnait la grandesse pour moi de la première classe, et en même tenpips pour celui de mes deux fils que je voudrais choisir pour en jouir dès à présent avec moi , et la Toison-d'Or à l'aîné. Comme j'avais la, permission de Taçcepter, je choisis sur-le-champ le cadet , et les lui présentai tpi^s deux pour le remercier, avec moi , de ses grandes grâces , puis à la reine qui ne me témoigna pas moins de bontés, auxquelles j'eus le bonheur de voir toute la cour applaudir, à laquelle aussi j'avais tâché de plaire. Comme on retournait deux jours après à Madrid, on remit à y faire la réception de l'un et la couverture de l'autre.
Il est bon toutefois de remarquer que ces deux exemples ont été faits en deux occasions uniques en faveurde deux étrangers à l'Espagne , pour deux personnes dont la démission ne multipliait rien, parcQ que, comme ducs de France, nous avions déjà les mêmes rangs, hon> neurs et prérogatives en Espagne que les grands , droit et usage de nous trouver partout et parmi eux, qui étaient bien aises que j'en profitasse souvent. Ce fut aussi ce qui nous empêcha, M. de Berwicket moi , de faire pour npusrmêmes la cérémonie de la couverture , parce q\i'elle ne nous donnait rien dont nous ne fussions en possession entière ; aussi assistai-jé parmi les grands, et couvert comme eux , à la couverture de mon fils, qui