‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 4 sur 61 · XXXV · texte numérisé non relu

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battu par Tabbé qui aimait la vérité. Il savait en effet beaucoup, avec de l'esprit et du jugement, de la vivacité et quelquefois de Tâcreté. Il passa sa longue vie de quatre-vingt-deux ans à Paris, la plupart du temps dans sa belle bibliothèque à travailler et à étudier, voyait bonne compagnie, force savants aussi, et se faisait honneur de son bien, mais avec mesure et sagesse, estimé et considéré, bien reçu partout. Il allait assez souvent faire sa cour au feu roi, et il n'y allait presque jamais sans que le roi lui parlât, et lui témoignât bienveillance. Il passa toute sa vie jusqu'au bout dans une santé parfaite de corps et d'esprit.

L'évêque duc de Laon dans son diocèse, médiocrement vieux : il était Clermont-Chattes,fort du monde, et toutefois bon évêque, assez résidant et appliqué au gouvernement de son diocèse. Il était frère du chevalier de Clermont, perdu par l'affaire de madame la princesse de Conti et de mademoiselle Choin, dont il a été ici amplement parlé en son temps, et qui, après uniong exil en Dauphiné, obtint de l'être à Laon, d'où M. le duc d'Orléans le tira à la mort du roi, et lui donna depuis ses Cent-Suisses. C'était un très-honnête homme et galant homme. Il a été suffisamment parlé de cet évêque de Laon en différents endroits. Il s'était dignement et sagement signalé au commencement de l'affaire de la Constitution ; mais le pauvre homme n'eut pas le courage d'essuyer la pauvreté dont il fut menacé. D'ailleurs bon homme et honnête homme, et fort estimé jusqu'à cette chute ; lui-même en fut si honteux qu'il ne reparut presque plus depuis, et demeura presque toujours dans son diocèse, où il fut fort regretté. Il eut pour successeur l'opprobre non-seulement de l'épiscopat, mais de la nature humaine, et pleinement connu pour tel quand }l fut nommé. Il continua et augmenta dans Tépiscopat

DE SAINT-SHilON. dd

les^orreurs de sa vie, qui, quoique assez courte, ne fut que trop longue. Je n'en dirai pas davantage sur un si infâme sujet. Toutefois il faut observer qu'il ne fut pas successeur immédiat. Il avait acheté à deniers comptants un autre évéché d'un évêque qui se démit» et il passa tôt après à Laon^ que M. le duc d'Orléans avait donné, après M. de Glermont-Ghattes, à un bâtard fort bien fait, et qui en a fait depuis grand usage, qu'il avait eu de la comédienne Florence, et qu'il n'a jamais re« connu, que les jésuites élevèrent et gouvernèrent, et n'en firent pourtant qu'un parfait ignorant. Il fit au sacre les fonctions de son siège; maïs quand il voulut se faire recevoir au parlement, il fut arrêté tout court sur ce qu'il n'avait point de nom, et ne pouvait montrer ni père ni mère. Cet embarras le fit passer à l'archevé*cbé de Cambrai, à la mort du cardinal Dubois, aveeuv brevet de continuation de rang et d'honneurs d'évêquti duc de Laon, et ce monstre dont je viens de parler lut succéda à Laon*

Trois jours après M. de Laon, Glermont-Chatte»^ mourut à Gaillon l'archevêque de Rouen, frère du maréchal de Besons, qui avait été évêque d'Aire, pui» archevêque de Bordeaux et adoré dans tous ses diocèses : il a été souvent parlé de lui ici en plusieurs occasions. C'était l'homme du clergé qui en savait mieux les affaires, et il entendait très-bien à en marner d'autres. Sons une écorce rustre il n'en avait rien ; il était doux, poli, respectueux, point enflé de sa fortune, de son esprit, de sa capacité^ et il en avait beaucoup ; bon, doux, obligeant, sage et gai, de fort bonne compagnie, mesuré partout, bon évêque, et entendant mieux qu'aucun le gouvernement d*un diocèse. Il fut toujours estimé et considéré, aussi ne voulait-il déplaire à personne, et son défaut était un peu de patelinage et grand'peur de se

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mettre mal nvec les gens en place et de crédit. M. le duc d'Orléans, qui aimait les deux frères, dont l'union était intime, Tavait fait passer dans le conseil de régence, comme on a vu à la chute de celui de conscience dont il était. Son âge n'était pas extrêmement avancé. Trèssan, évéque de Nantes, qui avait sacré Dubois, fut son successeur.

Le maréchal de Ben^ick perdit en même temps son fils, le duc de Fitz-James, à dix-neuf ans, qu'il avait marié à la fille atnée du duc de Duras. Elle n'en eut point d'enfants et se remaria depuis au duc d'Aumont.

Mademoiselle de la Rochefoucauld à quatre-vingtquatre ans : elle était sœur du duc de la Rochefoucauld, qui toute sa vie avait eu tant de part à la faveur du feu roi. Elle avait passé toute sa vie fille dans l'hôtel de la Rochefoucauld, fort considérée dans le monde et dans sa famille, toujours très-vertueuse et très-peu de bien. Du côté de l'esprit, elle tenait tout de son père.

La vicomtesse de Polignac, qui était sœur du feu comte du Roure. Son mari et son frère étaient chevaliers de l'ordre, et elle était mère du cardinal de Polignac : c'était une grande femme, qui avait été belle et bien faite, sentant fort sa grande dame, qu'elle était fort dans le grand monde dans son temps. Beaucoup d'esprit, encore plus d'intrigue, fort mêlée avec la comtesse de Soissons et madame de Bouillon dans l'affaire de la Yoysin, dont elle eut grand'peine à se tirer, et en fut exilée au Puy et en Languedoc, d'où elle ne revint qu'après la mort du roi. Elle avait quatre-vingts ans.

Prior mourut en même temps à Londres, en disgrâce et en obscurité, après avoir échappé pis ; si connu pour avoir apporté à Paris les préliminaires de la paix d'Utrecht, longtemps chargé des affaires d'Angleterre à Paris, et dans l'intime secret des ministres qui gouver-

naient sous la reine Anne, qui furent recherchés après sa mtfrt avec tant de fureur, et que Prior, arrêté et menacé des supplices, trahit complètement pour se sauver; il ne mena depuis qu'une vie misérable, obscure, méprisée de tous les partis. C'était un homme extrêmement capable, savant d'ailleurs, d'infiniment d'esprit, de bonne chère et de fort bonne compagnie.

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