CHAPITRE OLXXIX
Considérations des dignités des dncs de France et des grands d'Espagne. — Comparaison du fond des deax dignités dans tons les âges. — Dignité de grand d'Espagne ne peaC être comparée k celle de duc de France , beaucoup moins à celle de pair de France. — Comparaisons de l'extérieur des dignités des ducs de France et des grands d'Ëipagne. ** Spécieni «vantiget des grands d^Espagne, — Un seul solide.
Après cette connaissance de la dignité des grands d'Espagne dans son fond, dans son origine, et de son état présent, il faudrait en donner une de celle des ducs de France, pairs vérifiés et non vérifiés, ou à brevet, comme on appelle improprement ces derniers. Mais ce n'est pas ici le lieu des dissertations et des histoires particulières, quelque obscurcissement qu'on ait pris à tâche de jeter, surtout depuis quelque temps, sur la première dignité du royaume de France. Elle y est encore trop connue pour avoir besoin d'entrer dans un détail qui ferait un volume. Je me contenterai donc de supposer ce qui est vrai, et démontré par tous les auteurs, et par toutes les images qui restent de la grandeur de cette dignité, et que Tignorance, la jalousie, Tenvie, la malice, j'ajouterai la folie de ces derniers temps, n'ont po étouffer. 11 faut se souvenir ici de l'égalité, qui fut convenue entre le roi et le roi son petit-fils, des ducs de
DE SAINT-SISÏON. S*
Prance et des grands d'Espagne, et de leur donner réciproquement les mêmes rangs et honneurs; dn mémoire présenté au roi d'Espagne, pour s'en plaindre, par les ducs d'Arcos et de Banos, et de la punition que ces deux frères en subirent; quant à l'examen de savoir s'ils ont été bien ou mal fondés dans cette plainte, cela ne se peut faire que par la comparaison des deux premières dignités des deux monarchies. Mais en même temps qu'on se souvienne qu'il ne s'agit pas de faire un livre, ni de s'écarter trop loin et trop longtemps des matières historiques de ces Mémoires.
£n quelque temps que l'on considère la monarchie française depuis sa fondation, et les divers états des Espagnes jusqu'à leur réunion, sous Ferdinand et Isabelle, ou plutôt sous Charles Y qui hérita d'eux, pour ne faire de toutes les Espagnes, excepté le Portugal, qu^une seule monarchie, cette dernière ne peut entrer en aucune comparaison avec la nôtre. Des provinces séparées, quoique avec titre de royaume, dont aucun ne l'a porté que longtemps après la France, n'ont pas plus de similitude avec cegrand et vaste tout, réuni sous un seul chef y qu'il n'y eu a entre l'antiquité des couronnes. Gonséquemment nulle proportion entre les grands vassaux, les vassaux immédiats de lacouronne de France, et ceux des différentes pièces qui composaient les Espagnes sous différents chefs, connus sous le titre de rois beaucoup plus tard que les nôtres. Quelques fonctions qu'aient originairement eues ces premiers grands feudataires des Espagnes, elles n'ont pu être plus importantes et plus relevées que celles de nos premiers grands vassaux, et la différence en a toujours été infinie par celle du cercle étroit de chacun de ces petits états ou royaumes indépendant^ les uns des autres dans les Espagnes, de la vaste étendue du royaume de France sous un seul roi
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dans tons les tempS; et la part qaelesons et les autres QDt eoe aux affaires, soit intérieores, soit extérieures, de l'état dont ils relevaient immédiatement, a été conforme pour le poids et pour le nombre à rétendue de ces mêmes états, ce qui met encore une différence iaftnie entre les grands vassaux français et espagnols.
Si de ces temps reculés on descend au moyen âge, on ne voit dans les Espagnes que la confusion qu'avait faite la domination des Maures, la nécessité de se défendre et de se soutenir contre eux où étaient les rds des différentes provinces des Espagnes, et trop soQTent les usurpations de ces mêmes rois les uns sur les autres. On ne voit plus que force, que nécessité, que multiplication sans mesure de ticos-hombres sans fiefs. Leur part, je dis nécessaire et par droit, dans les affaires s'évanouit, et depuis il n'en est resté ni ombre ni vestige, en quoi les grands d'Espagne successeurs de leur dignité ne sont pas devenus de meilleure condition qu'eux.
Tout au contraire en France. Les grands vassaux ont toujours eu de droit et de fait part aux grandes affaires du dehors et du dedans. Cette part est demeurée aux pairs par essence, aux officiers de la couronne qui, par leurs ofQces, étaient grands vassaux, puisqu'ils en rendaient follet hommage particulier au roi, à d'autres grands vassaux, mais quand, et à ceux qu'il plaisait aux rois d'y appeler. Cette transmission dure Jusqu'à nos jours, et sans parler de tant de grands actes de pairie des temps anciens, il n'y a point de règne qui n'en fourmille jusqu'au dernier le plus absolu de tous. Témoin tous les lits de justice que le feu roi a tenus, et ra der« nier lieu la convocation des pairs par le grand maître des cérémonies au nom du feu roi, pour l'acte des renonciations qui a précédé la mort de sa majesté de si pea^
De jugement et de nécessité de celui des pairs en certaines affaires, et de droit en presque toutes, c'est encore une chose qui a toujours été et qui subsiste encore; de même que les formes solennelles pour juger d'une pairie, ou pour faire le procès criminel à un pair. Rien de tout cela en Espagne. On ne le voit point des ricoS' hmbresy on le voit aussi peu des grands. Leurs grandesses pour la transmission ni pour le jugement, si contestation arrive, ni leurs personnes, si elles se trouvent prévenues de crime, n'ont aucune distinction dans la forme de les juger du moindre héritage ni du moindre particulier. Tout se réduit pour la seule personne des grands à ne pouvoir être arrêtée que par un ordre du roi, après quoi plus de distinction dans tout le reste; et jamais en Espagne il n'a été mention d'être jugé par ses pairs, c'est-à-dire par ses égaux, ce qui, en matière de pairie ou de crime d'un pair^ subsiste encore pour les pairs de France.
En voilà sans doute assez pour démontrer la différence entière des pairs de France d'aujourd'hui et des grands d'Espagne, et combien il y aurait peu de justesse de comparer, sous prétexte de convenance, les grands de la première classe avec les pairs.
Si du fond de la substance de la dignité et de son antiquité transmise jusqu'à nous, on passe à son inhérence et à sa stabilité, on est extrêmement surpris de n'en trouver aucune dans la grandesse, et de la voir nonseulement ^suspendue à chaque mutation, même de père À fils dans toutes celles qui ne sont pas de la première classe, du propre aveu de ces grands, mais suspendue encore par le délai ou le refus de la couverture, tant qu'il plaît au roi, pour toutes les trois classes ; et toutes les trois amovibles, et pourtoujours, à la volonté du roi, sans forme aucune, sans crime, sans accusation, sans