‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 37 sur 61 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

abbédeCastillon etFornare, dont od a parlé ailleurs. A Paris, cet abbé n'était pas mieux venu. Sa ressource était chez le duc d'Aibe, ambassadeur d'Espagne. Il y fit si bien sa cour à la duchesse d'Aibe qu'après la mort de son mari, elle le remena avec elle en Espagne, où tant fut procédé qu'elle Tépousa, et pour ne pas déchoir, le roi d'Espagne eut pour elle la considération de le faire grand d'Espagne, et peu après lui accorda une clef de gentilhomme de sa chambre, mais sans exercice, comme ils étaient tous. Il perdit sa femme comme j'arrivais à Madrid. La douleur lui persuada de se faire capucin, et quand je l'ai lai voir, je trouvai sa chambre sans tapisserie ni meubles, avec un x^hâlit sans ciel ni rideaux, et trois ou quatre méchants sièges de paille, avec un capucin avec lui. Cette grande douleur ne fut pas longue. Il épousa avant mon départ une Garacciod') fille du prince de Santo-Buono, qui était peut-être la seule belle personne qui fût dans Madrid. L'esprit lui était venu avec le pain assuré, et il était fort dans le grand monde, estimé et bien reçu partout, et bien mieux peigné qu'il ne l'était à Paris.

TuBsis, Doria, Génois, et à Gènes, de l'une des quatre grandes maisons de Gènes, où ces dues de Tursis se sont fait compter depuis longtemps par une escadre de galères qu'ils ont depuis longtemps à eux, et dont ils ont souvent fort bien servi les rois d'Espagne.

Vabagua, Portugal y Columb. On a parlé et tâché d'expliquer les branches royales de Portugal, Oropesa, Lemos, Veragua, Cadaval, etc.; ainsije n'en ferai point de redites; j'ai assez touché le personnel de ce duc de Veragua, depuis, pour n'avoir que peu à ajouter. On se souviendra seulement que c'est de lui que j'ai reçu le plus de bonnes instructions sur les grandesses, les maisons, et les personnages d'Espagne; qu'il était frère de

DE SAI9iT-SII|0N. lit

la duchesse de Liria, et qu'elle a hérité de ses grands biens, parce quMl était veuf sans enfants d'une SQur du duc de Sesse, et qu'il ne se remaria point.

Ce duché et grandesse furent institués et donnés en i537, par Charles V, à Diego Columb, second grand amiral des mers, et vice-roi des Indes ou des terres découvertes par son père, le fameu:jL Christophe Columb, qui était de Ligurie, et qui avait été le premier vice-roi et grand amiral des Indes. Philippe II, en 1556, échangea Yeragua contre la yega,dans Tile de la Jamaïque, avec Louis Columb, fils aîné de Diego, et revêtit 1^ Yega des mêmes titres et honneurs accordée à Yeragua par l'empereur son père, nonobstant quoi Louis Co« lumb; ainsi que ses successeurs, ont toujoulrs pris iea titres de ducs de Yeragua et la Yega, et de seigneurs d(s la Jamaïque, ce dernier on ne sait sur quoi fondé. Louis Columb ne laissa que deux' filles. L'aînée se lit religieuse, l'autre porta tous ses biens et ses titres en mariage à son cousin germain, fils du frère cadet de son père, et n'eut point d'enfants. Les deux sœurs de Louis Columb, Marie et Isabelle, disputèrent ce grand héri* tage, qui fut enfin adjugé au petit-fils d'Isabelle Nunez de Portugal y Columb, qui fut ainsi quatrième duc de Yeragua et père d'Alvare, cinquième duc de Yeragua, et celui-ci père de Pierre-Emmanuel, sixième duc de Yeragua qui eut la Toison, et fut vice-roi de Galice, de Yalence et de Sicile, et enfin conseiller d'état, tout cela avec beaucoup d'esprit et de talents, grande ava* rice, foi très-douteuse entre la maison d'Autriche et le nouveau roi d'Espagne, Philippe Y, en tout un homme habile, adroit , dangereux , et de for t mauvaise réputation. C'est le père du duc de Yeragua que j'ai vu en Espagne, et qui, avant la mort de son père, portait le nom de marquis de la Jamaïque, et était veuu en France sous

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ce nom, avec la chimère de rattraper sur les Anglais l'tle de la Jamaïque, dont il se prétendait dépouillé par eux. Longtemps après mon retour, il revint en France pour la même chimère, qu'il poursuivit près de deux aus fort inutilement, quoi que le duc de Berwick et moi lui pussions dire, er dépensa cependant fort gros avec une fameuse chanteuse de l'Opéra. A la fin 11 tomba malade assez considérablement ; la peur du diable le prit, il eut peine néanmoins à se séparer de cette fille, à qui iJ donna fort gros. Les vapeurs et les scrupules renfermèrent à ne vouloir voir personne. Il fit de grandes aumônes, et s'écriait souvent qu'il se repentait bien d'avoir fâché Dieu ; c'était son expression. Enfin il s'en retourna dans cet état en Espagne à fort petites journées; il y vécut deux ans toujours enfermé dans les mêmes vapeurs, ne voyant presque que sa sœur la duchesse de Liria, qu'il laissa enfin par sa mort une des plus puissantes héritières qu'il y eût en Espagne. Il avait été à la tête des finances et du conseil des Indes avec capacité et probité. La jalousie d'Albéroni l'avait tenu deux ans prisonnier dans le château de Malaga, où il s'était si bien accoutumé qu'il n'en voulait point sortir. C'était un homme de beaucoup d'esprit et de connaissances, àlwc^é paresse de corps incroyable qui diminuait son ambition, un peu avare, fort doux et bon, sale et malpropre à l'excès, ce qu'on lui reprochait sans nul ménagement, de fort bonne, agréable et instructive compagnie, et charmant dans la société, quand il faisait tant que de s'y prêter. Il était aimé et fort mêlé avec le meilleur monde, souvent malgré lui et sa paresse, jus* qu'à ce que ses vapeurs en eurent fait un reclus. En lui finit cette branche de Portugal .

ViLLARS, Villars. Le maréchal de Vil lars, sans avoir Jamais servi le roi d'Espagne, ni eu aucun rapport avec

lui, fat fait grand d'Espagne au commencement de la régence, au grand étonnement de tout le monde, et sans qu'on ait jamais su pourquoi. Il le dut, je crois, à ses vanteries et à ses rodomontades dont la cour d'Espagne fut la dupe, et crut faire par là une acquisition importante qui ne lui servit jamais à rien. On a vu ailleurs ses étranges frayeurs à la découverte de la conspiration de Gellamare et du duc du Maine, dont il fut très-réellement sur le point de mourir. Il ne tint pas à lui d'être fait par l'empereur prince de l'empire. Richesses et grandeurs, tout lui fut bon.

UzEDA , Acuna Pacheco Tellez-Giron. Cette terre, qui est en Gastille, fut érigée en duclié par Philippe III pour Christophe de Sandoval y Roxas, ûls aîné du duc de Lerme, son premier ministre, depuis cardinal. Christophe fut marié, mourut avant son père en ^62^, et laissa un fils de la fille du huitième amirauté de Castille, et ce Als, qui fut second duc d'Uzeda, mourut en Flandre en ^655, et ne laissa que deux filles. L'ainéc porta le duché de Lerme et beaucoup d'autres biens en mariage à Louis Ramon Folch, sixième duc de Cardonne et de Segorbe; et la cadette, j'ignore par quelle exception, porta le duché d'Uzeda enmariage, en 1645, à Gaspard d'Acuiia Tellez-Giron, cinquième duc d'Ossone, dont elle n'eut que des filles, desquelles rainée porta le duché d'Uzeda en mariage, en 'i 677, à Jean- François d' Acuna Pacheco Tellez-Giron, troisième comte de Montai van, qui descendait de mâle en mâle du fils aîné du premier duc d'Escalone, marquis de Villena, et de l'héritière de Tellez-Giron, par son troisième fils Alphonse, dont ce troisième comte de Montalvan fut la septième génération masculine, et par son mariage troisième duc d'Uzeda. C'est lui qui se trouva aml)assadeur d'Ëspagneà Rome, à la mort de Charles H

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et à l*avénement de Philippe Y à la couronne d'Espagne. On a vu en son lieu qu'il s'y conduisit si bien d'abord qu'il fut compris dans les cinq premiers chevaliers du Saint-Esprit espagnols que le roi fit à la prière du roi son petit-flls, mais que, voyant les affaires mal bâter en Italie, il quitta à Rome le caractère d'ambassadeur de Philippe V, renvoya le collier du Saint-Esprit au feu roi, chose jamais arrivée jusqu'alors, prit la Toison que l'archiduc lui envoya, erra longtemps en Italie sans nulle considération dans le parti qu'il avait embrassé, se retira enfin à Vienne où il vécut longtemps fort pauvre et fort méprisé, y mourut dans cet état, et y laissa ses enfants.

PBINGES DE :

BisiGNÀNO , Saint - Severin à Naples , dont à tous égards c'est une des premières et plus grandes maisons, qui y a dans tous les temps puissamment figuré, et qui prétend avec fondement tenir le fief de Saint-Severin de Robert Guiscard, en récompense des services rendus à ce conquérant. Louis de Saint-Severin, septième comte deSaponara,etsixièmeprincede Bisignano, néeniô88, fut fait grand d'Espagne, dont sa postérité masculine jouit encore aujourd'hui.

SARTO-Buono, Carraccioli. On peut à peu près dire de cette maison napolitaine ce qui a été dit de la précédente. Celle-ci prétend tirer son origine de Grèce, et avoir grandement figuré sous les empereurs de Gonstantinople grecs. Elle est divisée en deux par les armes : les Garraccioli rouges qui portent d'or à trois bandes de gueules au chef d'asur, et l^s Garraccioli au lion qui portent d'or ad lion d'azur. Si ces deux divisions ont la même origine ^ laquelle en ce cas est sortie de l'autre,

c^est ce que je laisserai à expliquer. Ces différents points ont tous leurs conjectures. L'opinion la plus reçue est que c'«st la même maison, puisque de toute ancienneté ces deux divisions ont porté jusqu'à présent le même nom de Carraecioli, et qu'il n'est pas rare que les branches anciennes de la même maison, en conservant lé même nom, aient pris des armes différentes. Celle de Joyeuse en France, c'est-à-dire Châteaurandon, qui est son vrai nom, en fournit un exemple qui est encore sous nos yeux. Quoi quMI en soit, le prince de Santo-Buono que j'ai vu en Espagne, homme d'esprit, et qui savait beaucoup, avouait, après s'être fort appliqué aux recherches de sa maison, que les Carraccioli au lion, dont il était, étaient cadets des Carraccioli rouges, mais mas* culinementetdela mêmemaison. Ces deux divisions se sont étendues en une infinité de branches presque toutes illustres par les emplois, les titres, les alliances et les grandes possessions.

Mathieu Carraccioli, quatrième prince de Santo- Buono, et second duc de Castelsangro, mort en 1694, et marquis de Buchinîaco, et comte de Nicastro, fut fait lïrand d'Espagne. Il était père de celui que j'ai vu en Espagne, qui avait été ambassadeur à Venise, et viceroi du Pérou. C'était un fort honnête homme, très-considéré, d'une conversation charmante et instructive, et que j'ai beaucoup vu. Il était al lé fort goutteux au Pérou. Il y trouva une herbe qui, prise comme du thé, guérissait de la goutte, sans aucun des inconvénients des remèdes de l'Europe qui, en guérissant la goutte en apparence, ne font que déranger le cours ordinaire de cette humeur qui se porte sur les parties intérieures, et tue, peu de temps après l'apparente guérison des membres. Le prince de Santo-Buono eut la curiosité de faire un

Yoyage de plas de cinquante lieues du c6té des montagnes pour voir cette herbe dans son pays natal. Il la vit, il en usa, il se diminua beaucoup la goutte; mais comme il y était sujet dès sa jeunesse, et qu'il en était déjà estropié, il ne put que diminuer et rendre rares ses attaques de goutte , et demeura estropié à peu près comme il Tétait avant que d'en avoir pris. Je lui reprochai de n'en avoir point apporté avec lui pour en faire des épreuves, et voir quel soulagement en tireraient les goutteux ainsi séchée et après un si long voyage. La difficulté qu'avait le prince de Santo-Buono à marcher et à se tenir debout, jointe à la considération de sa personne, lui avait procuré la distinction d'aller en chaise à porteur, quoiqu'il n'eût pas la qualité de conseiller d'état, et au palais on lui apportait un tabouret en attendant que le roi parût. Il avait des enfauts fort honnêtes gens, d'une Ruffo, fille du quatrième due de Bagnara au royaume de Naples, où je les crois retournés depuis la mort de leur père, arrivée peu après mon retour. Les étrangers s'accoutumentdifficilementà TEs* pagne. Il faut de grands liens pour les y fixer.

BuTEBÀ, Brancifortey à Naples.

Gàbiàti, Spinelli, à Naples.

Ghàlais, Talleyrandy à Paris, Français. La princesse des Ursins avait épousé en premières noces l'oncle paternel aîné de ce nouveau prince de Chalais, qui fut de ce fameux duel des la Frette, dont il a été parlé ailleurs, et qui fut obligé de sortir promptement du royaume. Il mourut à Venise, allant trouver sa femme à Rome, qui y resta et qui épousa le duc de Bracciano, aîoé de la maison des Ursins, dont l'histoire a été racontée ici. Devenue arbitre de tout en Espagne et ayant fort aimé son premier mari, et par conséquent voulant élever

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ce qui loi était proche, elle fit venir en Espagne ce neveu de son premier mari» dont on a vu en son lieu les voyages et les manœuvres, et enfin le fit faire grand d'Espagne sans la permission du roi, qui déclara qu'il pouvait demeurer en Espagne et qu'il ne lui permet* trait jamais de jouir en France du rang ni des honneurs de grand d'Espagne. La chute de madame des Ursins lui fit perdre le peu de considération qu'il s^était acquise. '

Je le vis beaucoup ,jen Espagne, et le désir qu'il avait de venir jouir de sa grandesse dans sa patrie, et la part qu'il savait que j'avais dans Tamitié et la confiance de M. le duc d^Orléans, et qui avait tant de puissantes raisons de ne lui être pas favorable, l'engagea, ce que je n'oserais dire, à me faire beaucoup sa cour. Il n'en avait pas besoin. L inconcevable et toujours infructueuse débonnaireté de M. le duc d'Orléans fit, sans ma participation, tout ce qu'il put désirer dès qu'il sut ce qu'il désirait. Il fit, après mon retour, plusieurs voyages en France, où il voulait se stabilier.

Il était pauvre et seulement exempt des gardes du corps en Espagne, dont il tirait peu, et ne le voulait pas perdre, et n'avait jamais servi en France et fort peu eu Espagne. A la fin, lassé de passer si souvent et si peu utilement les Pyrénées, il prit congé de l'Espagne pour toujours, et il épousa la sœur du duc de Mortemart, veuve de Cani, fils unique de Chamillart, dont elle était ennuyée de porter le nom, quoiqu'elieen eût des enfants, qu'elle et lui traitèrent toujours avec tendresse. Ayant ce tabouret , elle devint dame du palais de la reine. Chalais pourchassa longtemps l'ordre du Saint-Esprit sans avoir pu l'attraper. A l'ivresse de la cour, dans tous les deux, succéda le dégoût ; elle donna sa place à sa fille qu ils avaient mariée à son cousin germain, ne-

vett de Ghalais, et ils se sont presque tout à fait retirés de la cour et du grand monde.

Cbimay, Hennin Liétard, de Flandre. Lui et son troisième frère se distinguèrent fort à la guerre et devinrent de bonne heure lieutenants généraux au service de Philippe V. L'électeur de Bavière, étant gouverncDr général des Pays-Bas sous Charles II, l*avaît pris en amitié tout jeune, et tout jeune lui procura de ce roi Tordre de la Toison-d*Or, dont il reçut le collier des mains de l'électeur. Après Tavénement de Philippe V à la couronne d*Espagne, et tandis que la princesse des Ursins la gouvernait, il passa avec son troisième frère en Espagne, ou ils continuèrent à servir, tandis que le second frère, archevêque de Malines, suivit la révolution des Pays-Bas soumis par Tempereur, malgré lequel ensuite, comme on l'a vu en son lieu, il se fit tout dévotement cardinal. Le prince de Chima}' fit si bien sa cour à la princesse des Ursins qu'elle le fit faire grand d'Espagne. Il devint mon gendre : j'en parlerai ailleurs.

CiSTiGLiONE, AquinOy à Naples, que nous prononçons Aquin, maison qui tire son origine de ces seigneurs lombards qui, à la chute de leur royaume, se répandirent dans ce qui a fait depuis le royaume de Naples et s'y emparèrent de plusieurs villes, en sorte que, dès l'an 1073, Artenulphe était comte d'Aquin et duc de Gaête, dont la postérité masculine a possédé Aquin jusqu'à aujourd'hui, et par ses grandes possessions, ses grands emplois, ses grandes alliances, passe avec raison pour une des premières maisons d'Italie, et a donné saint Thomas d'Aquin à l'église. Thomas, prince de Castiglione, de Fercoletto et de San-Mango, duc de Néecastre, comte de Martorano, dernier cadet de la maison d'Aquin, et gendre, et 1686, d'Alexandre Pic duc de la Mirandole et de Goncordia, fut fait grand d'Espagne

par Charles II, et a eu postérité masculine. Charles II fit grand d'Espagne, 1699, Thomas d'Aquin, sixième prince de Castiglione.

Colonne , C Colonne , à Rome, où cette grande et puissante maison figure si hautement depuis près de sept cents ans, dans toute Tltalie, par ses diverses branches, ses grandes possessions, ses grands emplois, ses illustres alliances sans nombre, plusieurs papes, une foule de cardinaux et beaucoup de grands hommes, et qui ont eu le plus de part aux guerres et aux grands mouvements de l'Italie. Fabrice Colonne, duc de Paliano et de Taliacotzo, mort en 1520, fut le premier de sa maison connétable du royaume de Naples, charge qui , jusqu'à aujourd'hui, est demeurée héréditaire à sa postérité masculine. Laurent Onuphre fut le septième, eut la Toison-d'Or et fut fait grand d'Espagne. Il mourut en 464^.

DoBiÀ, Doria^ à Gênes, de l'une des quatre premières maisons de cette république.

LîGNB, Ligne, en Flandre.

Massebano, Febbebo, originaires du diocèse deVerceil, avec la chimère de descendre de la grande et illustre maison Acciaioli; mais la vérité est qu'on ne les connaît guère avant Tan ^500 qu'ils eurent un cardinal, un évèque de Verceil en -iSOÔ, et un autre cardinal en -1547; ils en ont eu depuis trois autres et plusieurs évéques et abbés dans les états des ducs de Savoie. Le neveu du premier de ces cardinaux fut marquis de Masseran, situé dans le Piémont. Sa mère était Fiesque; dont ils ont depuis les armes sur le tout des leurs qoi sont d' Acciaioli, sans aucune preuve d'en être, au pr«mier et quatrième; au second et au troisième de l'empire, par quelque concession ; ainsi, à proprement parer, ils n'ont point d'armes à eux. Dans la suite, ils se

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sont trouvés si honorés de l'alliance de Fiesque qu'ils en ont ajouté le nom au leur. Ce premier marquis de Masseran épousa une Sforze Santa-Fiora, puis une Baconis , des bAtards de Savoie. Son iils épousa une bâtarde du duc Charles-Emmanuel de Savoie, de laquelle vinrent ses enfants, puis une Grillec-Saint-Trivier du même nom qu'était Brissac si longtemps major des gardes du corps de Louis XIY . Ce second marquis de Masseran fut fait prince de l'empire et de Masseran par la protection du même duc de Savoie dont il avait épousé la bâtarde. Son fils épousa une Simiane Pianezza, dont il eut un fils unique qui épousa, en 1686, une bâtarde du duc Charles-Emmanuel de Savoie; car il y en a trois de ce nom.

Le mariage du roi d'Espagne Philippe V avec une fille de Savoie fit espérer à ce troisième prince de Masseran quelque fortune pour son fils en Espagne. Il l'y envoya jeune et fort bien fait. On l'appelait le marquis de Crèvecœur. Il avait de l'esprit, de la galanterie, savait mêler la réserve avec la hardiesse, avait grande envie de faire fortune et tous les talents de courtisan qui y conduisent. Il s'attacha à faire sa cour à la princesse des Ursins et à la reine ; sa faveur pointa et s'augmenta tellement auprès de l'une et de l'autre que le monde en paria. Il n'en ftit que mieux avec elles, et il en proMta pour ménager habilement les ministres et les plus grands seigneurs. Son père mourut; il prit le nom de prince de Masseran, et la même faveur le fit, tôt après, grand d'Espagne. Il fut un des six seigneurs affidés à la princesse des Ursins, qu'elle laissa seuls approcher du roi d'Espagne après la mort de la reine, et il eut l'adresse et le bonheur que la chute de madame des Ursins ne lui nuisit point auprès du roi ni même de la nouvelle reine, avec qui je fai vu fort familier. Il était gendre

du prince de Santo-Buono, et il perdit sa femme comme j'arrivais à Madrid, qui était belle et dame du palais de la reine, dont 11 avait des enfants tout petits. II en fut fort affligé, et demeura toujours extrêmement uni avec son beau-père. C'était un homme extrêmement aimable et un de ceux avec qui j*ai le plus vécu et le plus familièrement. Il était fort ami des ducs de Yeragua et de Liria, lié avec Grimaido et avec tout ce qu'il y avait de grand ou de plus choisi. On disait pourtant qu'il ne fallait pas trop s'y fier; mais je n'ai ni vu ni rien ouï dire qui pût autoriser ce bruit. En un mot, il était aimé, considéré, désiré, reçu avec plaisir partout, même des plus gourmés et des plus vieux seigneurs espagnols. Il avait de la grâce et de la prudence en tous ses discours et en toutes ses manières, quoique gai et libre et de la meilleure compagnie du monde. Depuis mon retour, il alla faire un voyage en Italie et vint faire un tour en France, où nous fûmes ravis de nous retrouver. Il y fut peu, et dans ce peu , hommes et femmes de la cour le couraient , et tout le monde fut fort affligé de son départ. A son retour en Espagne il eut les hallebardiers de la garde, qui sont comme nos Cent-Suisses, par la mort du marquis de Montalègre, et longtemps après la compagnie des gardes du corps italienne , qui était sa grande ambition, lorsque le duc d'Atri la quitta pour être majordome major de la reine à la mort du marquis de Santa-Cruz, et mourut assez jeune quelques années après dans cette charge. En arrivant en Espagne, je le trouvai ayant déjà la Toison-d'Or et la clef de genlilliomme de la chambre.

Le vieux marquis Ferrero qui avait TAnnonciade, et ciui a été ambassadeur de Savoie auprès de Louis XIV, il y a fort longtemps, était d'une branche cadette de <^ette maison. C'était un homme de beaucoup d'esprit,

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de oapaeité et de mérite. Sa bisaïeule était aitssi Fiesque. Ces Ferraro ont eu quelques grandes alliances.

Melphe, Doria^ Génois, d'une des quatre grandes et premières maisons de la république^ transplantée à Naples.

Palagonia, Gravina^ en Sicile^ d'une des plusgraudes maisons du pays.

BoBECQ j Montmorency^ branebe sortie de celle de Fosseux. Le second prince de Robecq quitta le service d'Espagne en 1678 et se mit à celui de France, où il eut un régiment. Il mourut de maladie à Briançon enDauphiné, en 1691. Il avait épousé la. sœur du comte de Solre, chevalier du Saint-Esprit en 1688 et lieutenant généra), dont la mère était sœur du père du prince d7senghien, gendre du maréchal d'Humières. Il laissa deux âls. L'ainé, prince de Robecq, servit avec réputation jusqu'à être maréchal de camp, puis passa au service de Philippe Y, qui le ût lieutenant général, lui donna la Toison*d'Or et le lit, en 1713, grand d'Espagne. Il était extrêmement bien avec la princesse des Ursins qui cherchait à s'attacher les seigneurs étrangers Il épousa à Madrid en 1744 la iîlle du comte de Solrê; sa cousine germaine, qui fut aussitôt dame du palais de la reine. Il continua à servir et eut le régiment des gardes wallonnes, lorsque Albéroni força le ducd*Havrech à le quitter et à se retirer en France; mais le prince de Robecq mourut un mois après, en octobre 1716, sans enfants.

Son frère cadet, qui portait le nom de comte d'Estaires, servit avec réputation longtemps en France. li prit le nom de prince de Robecq à la mort de son frère. Il eut la Toison-d'Or et succéda à sa grandesse, dans le diplôme de laquelle il était compris. li fut lieuteofln(

DE SAINt-SIMON. tl3

génénd^ et aa retour en France de la fille de fén M. le

dac d'Orléans, veuve du roi Louis, il en fut nommé majordome major par Philippe Y. Il épousitoutàlafin de 1722 Catherine du Bellay, morte en ^727, et lui| quelques années après, tout à fait établi en France, et y a laissé un fils marié à une iille du due de Luxembourg.

Sebmonetta, GaetanOj que nous prononçons Gaje* tan. Cette maison, féconde en titres et en emplois, et toujours en grandes alliances, n'est connue qu'après Tan 1200, par Mathias Cajetan, général des troupes du bâtard Mainfroi, en Sicile, qui prit son nom de la ville de Gaête, au royaume de Naples, dont on ne voit au* cune raison. Son petit-tils fut Tétrange Boniface VIII, qui n'oublia pas l'établissement de sa maison. Ces grands d'Espagne n'y sont jamais venus et sont toujours demeurés à Naples.

SuLMONE, Borghèse^ de Sienne, famille d'avocats et de jurisconsultes. Antoine Borghèse, fatigué des trou*bles domestiques de sa patrie, se retira à Rome, y fut avocat consistorial, et s'y enrichit assez poqr y acheter à son fils atné une charge d'auditeur de la chambre fort chèrement, qu'il perdit fort peu après avec ce fils. Clément YIII en eut pitié et donna sa charge à Camille son ^ràre, qui devint cardinal en 1594, à quarante-quatre ans, et le pape Paul V, en 1604, à cinquante-trois ans, et mourut, en janvier 1621, à soixante-huit ans. Ce fut un terrible pape, qui éleva sa famille tout d'un coup en terres, en titres, en grandes alliances, en richesses. H fit le fils de son frère prince de Sulmone, obtint pour lui la grandesse d'Espagne, et lui fît épouser la fille du duc de Bracciano, chef de la maison des Ursins. Celui d'aujourd'hui est le quatrième grand d'Espagne^ dont les alliances et les possessions se sont toujours ac-

cruei. Ces Boi^hè^e, depuis Paul V, ont toujours demeure à Rome.

SuHMiÀ , Odeschalchi. Innocent XI était fils d*un riche banquier de C6me , dans le Milanais , et servit jeune dans les troupes impériales. Il embrassa depuis l'état ecclésiastique, et Targent de sa famille l'avai çi dans les prélatures. Il Ht sa cour, comme les autres, à la fameuse dona Olimpia, belle-sœur d'Innocent X, qui pouvait tout sur le pape et qui le fit cardinal en 1645, et il fut pape en 1676. Avec un génie austère, borné, opiniâtre et un cœur tout autrichien , il s'y abandonna avec une partialité qui le rendit odieux à tout ce qui n'était pas vendu à la maison d'Autriche, et la dupe de l'usurpation de TAngleterre par le prince d'Orange, qu'il favorisa d'argent et de tout ce qu'il put, croyant ainsi favoriser la maison d'Autriche contre la France. S'il ne se servit pas de ses parents dans les affaires, il fit pis en les abandonnant au cardinal Cibo. Son neveu Odeschalchi en était incapable, dont il fit un des plus puissants champions de l'Italie en possessions et eu dignités^.qji'fî était bien raisonnable que la maison d'AutrieKe lui prodiguât; l'empereur le lit prince de l'empire et traiter d* altesse par tous ses dépendants à Rome et en Italie, et Charles II le fit grand d'Espagne. Cette grandesse subsiste encore dans je ne sais qui de sa famille, dont pas un n'a été en Espagne.

J'ai oublié OttaUno, Médicis , dune branche cadette et fort séparée de celle des grands-ducs de Toscane, et cinq générations avant que celle-ci parvînt à la souveraineté, et c'est la seule qui reste de toute la maison de Médicis. Elle est depuis très -longtemps établie dans le royaume de ISaples , et a toujours été méprisée par les souverains de Toscane et par tout ce qui

est sorti d'eux, les reconnaissant pourtant toujours pour être Médicis comme eux.

Bernard de Médicis , baron d'Otta!ano , dans le royaume de Naples , épousa une bâtarde d'Alexandre , duc de Florence, veuve de François Gantelmi. Il était frère d'Alexandre de Médicis, archevêque de Florence, 4574, cardinal , décembre 1583, à quarante-huit ans, pape, Léon XI, en avril 1605; mort le 27 des mêmes mois et année , à soixante-dix ans. Ce même frère de ce pape eut un fils, aussi baron d'Ottalano , qui , d'une Saint-Séverin , eut deux fils qu| , l'un après l'autre , furent princes d'Ottaïano , qui épousèrent chacun une Garracioli. L'ainé n'eut point d'enfants; le cadet eut Joseph de Médicis, troisième prince d'Ottaïano, fait grand d'Espagne en ^700 par Charles II , dont la postérité masculine subs|ste à Naples, d'où elle n'est point «ortie; princes d'Ottaïano, ducs de Sarno et grands d'Espagne.

Ligne , Ligne , dont la mère était Lorraine Chaligny, nièce de la reine Louise , épouse du roi Henri III ; petitfils du premier prince de Ligne , créé 4601 par Tempereur Rodolphe III. Il eut la Toison-d'Or, ainsi que son père, son grand-père, son bisaïeul, et son frère aîné, mort, en ^644, sans enfants. Il fut général de la cavalerie aux Pays-Bas , ambassadeur d'Espagne en Angleterre, vice-roide Sicile, gouverneur général du Milanais, grand d'Espagne \ 650, conseiller d'état , mort à Madrid en décembre 1679 ; il épousa une Nassau-Dilembourg- Siégen , veuve de son frère aîné , avec dispense. Cette grandesse est demeurée en sa postérité masculine, qui a serviPhilippe V et qui est retournée au service de l'empereur, lorsque les Pays-Bas espagnols sont retournés sous sa domination.

MABQUIS DE :

Abizza , Palafox.

Ayetona, Moncade, colonel du régiment des gardes espagnoles. Cette maison est une des plus grandes et des plus illustres d'Espagne, indépendamtnent de ce qui pçut être chimérique. Moneade est la première baronnie de Catalogne, et est depuis plus de quatre cents ans dans cette maison d^ mâle en mâle. Elle prétend venir d'un Dapifer,général de Tarmée française au secours du pays de Barcelone contre les Sarrasins, vers 733, dont le fils , Arnaud , fut investi par Louis le Déboonaire de la terre de Moneade, ce qui a été cause que les successeurs de cet Arnaud, c'est-à-dire sa postérité, ont pris indifféremment le nom de Dapifer ou celui de Moneade. Cette maison a aussi possédé le Béaru et le Bigorre. Guillaume Ramon de Moneade épousa Constance, fille de Pierre II, roi d'Aragon. Il était sénéchal 4e Catalogne, et fut le premier seigneur d'Ayétone, qui est, comme on Ta dit, la première baronnie de la Catalogne. Il eut deux fils : Pierre de Moneade , seigneur d'Ayétone et sénéchal de Catalogne , dont est descendue la branche de Moneade et celles qui en sont sorties, demeurées en Espagne , et Raraon de Moneade, qui a fait la branche sicilienne des ducs de Montalte, princes dePaterno,etc., dont les ancêtres y ont suivi iesAragoonais et se sont établis à Naples et en Sicile. Ayétone est toujours demeuré dans la branche restée en Espagne masculinement.

Je n'ai pu trouver la date ni le règne en Espagne de Térection de la graudesse d 'Ayétone. Les différentes et les plus apparentes conjectures et leurs combinaisons laissent peu de lieu de douter qu'elle ne soit la première de l'érection de Philippe II, vers 1560, et c'est par

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cette raison que je l'y ai rangée. Ce qui peut être douteux est que les Moncade , premiers seigneurs d'Ayétone et sénéchaux d* Aragon , en étaient ricoshombres ; qu'ils ne passèrent point en grandesse sous Charles Y, qui par là les abrogea tacitement*, et qu'ils furent rétablis en grandesse par Philippe II. Celui que j'ai fort vu et pratiqué en Espagne, et qui, avec son frère, le comte deBanos, qui en savait encore plus que lui, m'a instruit de bien des choses, était le sixième marquis d'Ayétone, qui avait une grande réputation de probité, de désintéressement et de valeur la plus distinguée et la plus brillante, en même temps la plus simple , à laquelle néanmoins on prétendait que les talents ne répon* daientpas assez. Il était de tout temps fort attaché à Philippe V, qui l'avait fait capitaine général de ses armées. C'était un homme fort aimable dans la société , avec les manières du monde, simples, nobles et polies , et l'air d'un grand seigneur. Lui et son frère , que nous verrons, parmi les comtes, être grand par sa femme, ^t veufs tous deux , n'avaient point de garçons et des biens assez médiocres. Le marquis d'Avétone, depuis Dïon départ, maria sa fille unique au marquis de Cogolludo, fils aine du duc de Medina-Cœli , lequel m'éerlvit pour m'en donner part avec beaucoup d'amitié , quoique je ne lui en eusse point donné du mariage de mon fils fait auparavant. Quoique le marquis d'Ajrétone portât le nom de Moncade, et non celui deDapifer, il ne portait point les armes de Moncade, qui sont de gueule à huit besants d'argent eu pal, quatre de chaque côté, mais il porte les armes de Bavière seules et en plein. Cette chimère vient du nom de Dapifer, qui signifie le grand sénéchal, et depuis, le grand maître, qui lai a suceédé dans l'autorité intérieure du palais , et non dans celle que le grand sénéchal avait dans le

royaume; ces charges héréditaires sont éteintes partout , excepté dans l'empire, où l'électeur de Bavière la possède , et par elle est électeur. Cette similitude , tout étrangère qu'elle est, aura donné lieu à cette singularité du marquis d'Ayétone ; au moins n'en ai-je pu découvrir d'autre raison ; et pour la date de sa grandesse, c'est ce que je me gardai bien de lui demander.

LosBàlbazbz, SpinoUij Génois, de Tune des quatre grandes maisons de Gènes. Philippe III érigea cette terre, en 1621, en marquisat et grandesse pour le fameux capitaine Âmbroise Spinola, fils de Philippe Spinoia, marquis de Yenafro, et d'une Grimaldî, fille du prince de Salerne. Il avait épousé une Bassadona^ e( mourut en septembre A 630. Il laissa le cardinal Spiuola, mort en février 1639, une fille mariée au premier marquis de Leganez, et Philippe Spinola, second marquis de los Balbazez, qui eut la Toison-d'Or, et épousa une fille de Paul Doria, duc del Sesto, grand d'Espagne, qui lui apporta cette nouvelle grandesse, et lui fit joindre le nom de Doria à celui de Spinola. Il mourut en 1659. Son fils, né en février 1632, Paul Spinola Doria, troisième marquis de los Balbazez et duc del Sesto, est celui qui se trouva au mariage de Louis XIV, qui ac* compagnà la cour depuis la frontière d'Espagne jusqu'à Paris en qualité d*ambassadeur d*Ëspagne, qui parut avec tant de magnificence et de galanterie à l'entrée du roi et de la reine à Paris, et qui y fit admirer l'une et l'autre pendant tout le cours de son ambassade. Il fut après du conseil d'état et de celui de la guerre, et majordome major de la seconde femme de Charles II. H était gendre du connétable Colonne, et mourut à Madrid, en décembre 1699, n'ayant pas encore soixante ans. Son fils, quatrième marquis de los Baibazez, fut gentilhomme de la chambre de Charles II, et générai de

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ses armées en Milanais. Il était gendre du huitième et dernier due de Medina-Cœli, des bâtards de Foix, qui mourut prisonnier à Fontarabie. Je ne sais s'il eut peur de la disgrâce de son beau-père et d'être impliqué dans ce dont on Taccusait; mais tout à coup il se lit prêtre avec dispense de recevoir tous les ordres à la fois, dont on fut fort surpris à la cour d'Espagne. Quelques-uns ont prétendu qu'outre cette raison, car les prêtres sont fort difficiles à arrêter et à juger en Espagne pour causes laïques, il avait des vues de se faire cardinal. Quoi qu'il en soit, il vécut, depuis, peu d'années, et laissa le cinquième marquis de los Balbazez, que j'ai fort vu en Espagne, et qui était gendre du duc d'Albuquerque et frère des duchesses de Medina-Cœli, d'Arcos, de la Mirandole et de la princesse Pio.

Il avait de l'esprit, du monde, de l'application et des lettres, qui n'empêchaient point beaucoup d'ambition, les talents de courtisan et d'être plus mêlé avec le grand monde, où il était aimé et estimé par ses manières no* blés et polies, que ne le sont d'ordinaire les seigneurs espagnols, et passait pour un fort honnête homme. Je l'ai beaucoup fréquenté. Il fut gentilhomme de la chambre du prince des Asturies, à son mariage, et l'était déjà durci, et à la mort du prince Pio noyé dans l'inondation de l'hôtel de la Mirandole, il fut grand écuyer de la princesse des Asturies.

Bedmàb, Bertrand la Cueva. Cette maison a été expliquée au titre d'Albuquerque, maison dont le marquis de Bedmar est cadet. Il servit presque toute sa vie au dehors de l'Espagne, en Italie et aux Pays-Bas. Il y était capitaine général et gouverneur des armes à l'avénement de Philippe V à la couronne d'Espagne, où on fut extrêmement content de sa conduite, tant alors que depuis. Il y fut commandant général pendant l'absence

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de l'électeur de Bavière, gouverneur général, «|tti alla dans ses états, et le marquis de Bedinar roulait d'égal avec nos maréchaux de France, commandait des armées séparées et aux troupes françaises, comme aux espagnoles et wallonnes, comme à celles-ci réciproquement nos généraux français. Il se conduisit si bien et d'ailleurs avec tant de correspondance avec nos généraux et nos troupes qu'il gagna entièrement leur amitié et leur estime par sa valeur et son désintéressement, et par la magnificence avec laquelle il vivait. Louis XIV lui en sut tant de gré qu'il lui donna Tordre du Saint-Esprit en 1704, et le collier en 1705, en passant pour aller de Flandre être viceroi de Sicile. Il fut le seul Espagnol pour qui le roi demanda et obtint la grandesse. Je le trouvai en Espagne conseiller d*état et président do conseil de guerre et de celui des ordres, et dans une grande considération. On a vu qu'il fut premier commissaire d'Espagne pour la signature des articles du contrat de mariage de l'infante avec le roi, et par trèsgrande distinction, ou lui apportait un siège chez le roi d'Espagne, en attendant que sa majesté catholique parût.

C'était un homme fort poli, dont toutes les qualités et les manières étaient aimables, nobles, et d'un grand seigneur, en même temps polies et familières. Il était goutteux , ne sortait guère de chez lui que pour des fonctions ou pour aller au palais, et avait presque toujours compagnie chez lui; il avait de l'esprit, du sens, et tant vu au dehors que sa conversation était également agréable, gaie et instructive. Je Tai extrêmement vu et pratiqué à Madrid, où leurs majestés catholiques, les ministres, et tout le monde en faisaient beaucoup de cas. Il se piquait fort d'aimer et de caresser les Français, et d'une grande reconnaissance pour la mémoire de

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Louis XIV . Il avait très-bonne mine, et l'air fort fran-^ çais. J'admirai avec quelle facilité il s'était remis à vivre à l'espagnole, à son pulchero, à manger seul un mw^ ceau, après avoir été un si grand nombre d'années hors d'Ëspague . à vivre avec tout te monde comme nous vivons ici, et avec une grande et bonne table bien remplie de mets et de convives.

Il n'avait qu'une lille unique mariée au marquis de Moya, second fils du marquis de Yillena^ auquel elle porta cette grandesse. Elle était dame du palais de la reine, et cruellement laide. Longtemps depuis mon re« tour, le marquis de Moya, qui, avec peu d'esprit, mais une valeur distinguée et beaucoup d'honneur, était fort dans le monde, devint par la mort de son beau-père marquis de Bedmar, dont il prit le nom, et par la mort de son père, capitaine des gardes du corps de la com«> pagnie espagnole, que son frère aîné quitta pour monter à la charge de majordome major du roi, qu'avait le marquis de Yillena, leur père, qui était une faveur sans exemple.

CAM.4.BAÇA, los Cobos. Il ne laisse pas d'y avoir ea Espagne , comme en France, des grandesses de faveur, et dont les races ne remontent pas haut. François de los Cobos était secrétaire d'état, favori de Charles V, qui iç fit conseiller d'état, grand commandeur de Léon de Tordre de Saint-Jacques, grand trésorier de Gastille, et lui fit épouser Marie Mendoza y Sarmiento. Leur tils épousa Françoise-Louise, fille de François de Luna, rico-hombre de Sangro en Aragon , et seigneur de Gamaraça , laquelle en fut faite marquise. C'est d'eux que sortent masculinement les los Cobos, marquis de Camaraça. Diego de los Cobos , troisième marquis de Camaraça mort tout à la fin de 1645 , fut fait grand d'Ëspague, et ne laissa qu'une fille religieuse. Emmanuel de los Co-

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bos» appelé à sa grandesse , lui succéda, ii sortait de mâle en mftle du frère cadet de los Gobos, premier marquis de Cainaraça ; il fut bisaïeul de Balthazar de los €obo8, cinquième marquis de Camaraça, chevalier de laToison-d'Or, gentilhomme de la chambre deCharlesII, général des galères de Naples, puis de celles d'Espagne, et enfin vice-roi d'Aragou. Sa mère , Acuna Portocarrero, (ille du troisième comte de Montijo , mourut, en 4 694 y camarera major de la reine-mère de Charles II. Càstbl DOS Bios, Semmenat, Catalan. C'est celui qui était ambassadeur d'Espagne en France à la mort de Charles II, duquel il a suffisamment été parié à cette occasion, qui lui valut la grandesse et la vice-royauté du Pérou, comme on l'a vu au même endroit. Il y mourut après quelques années. Son fils afné; connu ici avec lui sous le nom de marquis de Semmenat, qui l'avait accompagné au PéroU; y resta fort longtemps après sa mort, et n'en est revenu en Espagne que depuis mon retour où il fit aussit6t après sa couverture.

Castel-Rodbigo, Homodeï. C'est une cité en Portugal. L. de Moura, d'une maison noble et ancienne de ce royaume-là, alcade ou gouverneur de cette cité, eut un fils Christophe de Moura, que Philippe II en fit comte pour les services qu'il en avait reçus lorsqu'il s'empara du Portugal, à la mort du cardinal roi Henri. Le même Christophe de Moura fut fait par Philippe IH marquis de Castel Rodrigo et grand d'Espagne. Il avait été le premier vice-roi de Portugal pour l'Espagne. Son fils et le fils de son fils ont été gouverneurs généraux des Pays-Bas; le dernier mourut à la fin de 1675, gen- <lre du sixième duc de Montalte, et ne laissa que deux filles. L'aînée, veuve sans enfants d'un Gusman, fils puîné du duc de Médina de las Torres, se remaria à Ch. Homodeï, et la cadette à Gilbert Pio, prince de

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Saint-Grégoire enLombardie, dont elle eut des enfants. Après sa mort elle se remaria à L. Contarini, alors ambassadeur de Venise à Rome.

Les Homodei sont des jurisconsultes, des citadins et des gens de robe de Milan, connus dès 1340, et sont demeurés tels sans illustration ni alliances jusque vers 4600, que Gh. Homodeï, extrêmement ricbe, se fit marquis de Piopera, et poussa si bien un de ses fils dans les charges de la prélature de Rome qu'il fut cardinal en 4652, et mourut en ^685. C'est i'alné de ce cardinal qui fut père de Ch. Homodeï, connu sous le nom de n^arquis d'Almonacid, qui épousa la fille aînée de Moura, marquise, héritière de Castel-Rodrigo, et qui, après avoir essuyé de longues chicanes avec peu de fondement pour le droit, mais causées par la légèreté de sa naissance, se couvrit enfin en 4679, parla grandesse que sa femme lui avait apportée. Il se trouva homme d'esprit, d'honneur et de mérite, et parvint sous CharlesQàétre conseiller d'état; il se conduisit si bien à l'avènement de Philippe Y à la couronne d'Espagne, qu'il fut choisi pour Tambassade de Turin, y négocier le mariage du roi d'Espagne, et faire la demande pour lui de ta fille de Savoie, sœur cadette de madame la duchesse de Bourgogne, et l'amener au roi d^Espagne en Catalogne où il était pour lors prêt à passer à Naples, et commander les armées en Lombardie. Castel-Rodrigofut déclaré grand écuyer de la reine en arrivant avec elle, et fut toujours fort compté et considéré. A la naort de cette princesse, il renonça à la cour, et se retira dans sa maison de Madrid. Il perdit bientôt après sa femme. Ce changement domestique et de fortune lui affaiblirent la tête, tellement que lorsque j'arrivai à Madrid, il n'était plus en état de paraître ni de voir per^ sonne chez lui. Je ne laissai pas d'y aller à mon retour XXX YI. 8

de Lerma, à cause de ma grandesse, et d'y retpurner avec mon second fUs^ quelques jours avant sa couverture, comme c'est l'usage établi à Tégard de tous les grands. Je ne le vis point, comme je m'y étais bien attendu, et comme il n'était plus en état de rien, je ne reçus même contre la coutume aucune civilité ni cornpliment de sa part.

Par la mort de sa femme, sans enfants, la grandesse de Gastel-Rodrigo passa à l'autre ^œur, mère du prince Plo, quoique le mari veuf en conserve le rang et les honneurs toute sa vie. Ainsi, après sa mère, la grandesse vint au prince Pio qui lit sa couverture. C'est ce même prince Pio, capitaine général et gouverneur de Catalogne, quoique jeune, dont on a vu qu'Albéroni se joua si longtemps et si cruellement sur le commandement de Tarmée qu'il faisait assembler en Catalogne pour passer en Sardaigne, etc., et te même que j'ai vu à Madrid, et qui fut fait grand écuyer de la princesse des Astories. C'était un grand homme fort bien fait, poli, glorieux, ambitieux au possible, qui avait très-bonne opinion de soi, plus de valeur que de talents et d'esprit, quoiqu'il ne manquât pas de l'un ni des autres. U fut entraîné par le torrent qui, depuis mon départ, inonda tout à coup l'hôtel de la Mirandole, et son corps fut trouvé à une lieue de Madrid, dans une espèce de cloaque. Il laissa des enfants fort petits. Il ne laissait pas d'être assez compté, et fort parmi le monde. Il dansa et fort bien aux bals, car en Espagne, comme je Tai déjà dit, hommes et femmes dansent à tout âge.

Castromoiste, Baësa, C'est une famille de robe, et sans alliances d'autour de Yalladolid, inconnue et dans l'obscurité jusqu'à J. Baësa, second marquis de Castromonte, dont la mère était Lara, et le frère aîné mort sans enfants premier marquis de Castromoute. Ce se-

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cond tnarqnfs fut fait grand d'Espagne par Charles II, en janvier -1698, sans service^ sans charge, sans faveur précédente, et Tacheta fort cher, à ce qu'ils prétendent tous en Espagne. Il n'a point eu d'enfants de deux femmes. Le fils de son frère lui a succédé et a des enfants. C'est un homme qui paraissait fort peu, et que je n'ai fait qu'apercevoir en Espagne.

CiiARAFtiENTE, GrTïV/o, à Géncs, de la première noblesse de la république.

Santa-Cbuz, Benavidez y Bazan^ majordome major de la reine seconde femme de Philippe Y. La maison de Benavidez est roasculinement issue d'Alphonse IX, roi de Léon et d'Adonce Martinez, son épouse, par don Alonzo, seigneur de Aiiquer, leur fils cadet, dont le fils, Pierre Alonzo de Léon, épousa l'héritière de Benavi* dez, issue d'Alphonse VIII, empereur des Espagnes; d'autres donnent une autre origine à cette maison, et la font descendre d'Inniguez, seigneur de Biedma, dans le royaume de Tolède. Ils donnent une origine illustre à ce nomd'Inniguez, de la délivrance d'une reine d'Aragon des mains des Maures. Cet Innîguez épousa une Castro; les alliances directes de Ponce de Léon, et de Sotomayor, furent celles du second et du troisième degré. Le quatrième degré fut Mendus Rodriguez de Biedma et Benavidez.

C'est à celui-ci qu'il faut s'arrêter un moment. Il épousa ^* une Tolède; 2" une Martinez; 3° une Cor* doue; 4<' apparemment par amour la bâtarde d*un Manrique de Lara, archevêque de Tolède. Ce Mendus Rodriguez de Biedma fit son premier mariage en 4344. Jusqu'à lui nulle terre, nulle fille dans sa maison qui portât le nom de Benavidez, lequel, depuis lui qui le prit sans qu'on en puisse deviner la raison, passa à toute sa postérité, sans qu'il y ait été jamais plus de mémoire

de leur ancien nom de Biedma : or, toute la maisou de Benavidez descend de ce Mendus Rodriguez^ qui le prit le premier, parce que ses frères n'eurent point d'enfants mâles, et que les mâles sortis de ses oncles et grands-oncles s'éteignirent de son temps. Mais rêve* nant à l'autre origine des rois de Léon, la raison de ce changement de nom se découvre : on a vu ci-devantque Pierre Alonzo de Léon, fils de Roderic Alonzo, seigneur de Aliquer, fils cadet d'Alphonse iX, roi de Léon, avait épousé l'héritière de Benavidez, issue d'Alphonse YII, empereur des Espagnes. Leur fils, leur petit-fils, et leurs deux arrière-petits-fils de mâle en mâle, ne prirent plus que le nom seul de Benavidez. L'alné des arrière-petits-fils mourut sans enfants, son seul frère cadet fit un majorasque de plusieurs terres avec celle de Benavidez, auquel il donna ce nom, et, se voyant sans enfants, il le substitua à son cousin Mendus Bodriguez, seigneur de Biedma, à condition que ledit Mendus Rodriguez et toute sa postérité ne porteraient plus que le nom seul de Benavidez. Or, comment ce Mendus Rodriguez, seigneur de Biedma, substitué au majorasque et au nom de Benavidez, était-il le cousin de J. Alonzo de Benavidez issu de mâle en mâle des rois de LéoD, fondateurs du majorasque qu'il lui substitua? Etait-ce parenté proche ou éloignée, masculine ou féminine? Quoi qu'il en soit, il entra en possession de ce majorasque en 1344. Deux ans après Henri I V, roi de Castille, en démembra trois terres qu'il donna à Gonzalve Bazan, son favori et son sommelier de corps , et donna en échange à Mendus Rodriguez de Benavidez la terre d'Iznotarafe, qui, pour avoir été conquise sur les Maures le jour de Saint-Étienne, premier martyr, fut changée de nom, et toujours depuis appelée San-Estevan del Puerto, ce dernier nom pour la distinguer des autres de

même nom parce que celle-ci est à uue ouverture ou passage de montagnes, et ces passages s'appellent Puerto en espagnol, d'où vient par exemple le nom de Saint-Jean-pied-de-Port, et non de porc comme dit le vulgaire, parce que cette place est au pied et à l'entrée des Pyrénées du côté de France, à qui elle appartient. Cette terre de San-Ëstevan que Mendus Rodriguez eut en échange de ce que Henri IV, roi de Gastille, lui avait pris, était beaucoup plus considérable que ce qu'il avait laissé prendre à ce roi.

Son arrière-petit-fils fut fait, en 1473, comte de San- Estevan del Puerto, et fut père d'autre Mendus Rodriguez de Benavidez, comte de San-Estevan del Puerto, duquel de mâle en mâle sont sortis les comtes de San- Eslevan del Puerto, grands d'Espagne qu'on verra ciaprès, et les marquis de Santa>Gruz, leurs cadets. Le cinquième comte de San-Estevan del Puerto épousa, en 1548, une Gueva, qui lui apporta la terre depuis marquisat de Solera, ce qui lui fit ajouter le nom de la Cueva au sien et à ses descendants, comtes de San-Estevan. Son arrière-petit-fils, huitième comte de San-Estevan et premier marquis de Solera, eut un frère cadet Henri de Benavidez, marquis de Bajona et comte de Ghinchon, capitaine général des galères d'Espagne, et conseiller d'état qui épousa Mencia Pimentel, dont le frère unique mourut sans enfants, et qui devint héritière des marquisats de Santa-Gruz-Bajona et Viso par sa mère, héritière de la maison de Bazan, ce qui fit Ajouter le nom de Bazan à celui de Benavidez à leur postérité, quelquefois même le prendre seul à cause de la grandesse attachée au marquisat de Santa-Gruz pour le grand-père paternel de l'héritière de Bazan, épouse d'un Pimentel qui n'avait eu que cette fille héritière, qui épousa cet H. de Benavidez^ lequel en fut grand

d'Espagne et grand-père du marquis de Santa-Cruz que ]*ai vu en Espagne, auquel je reviendrai après une courte parenthèse.

Le grand-père de Théritlère de Bazan qui épousa le Pitnentel, dont la fille héritière porta la grandessede sa mère à Henri de Benavidez, frère cadet du huitième comte de San-Estevan, ce grand-père, dis-je, était Alvar de Bazan, marquis de Santa-Cruz, ou Sainte-Croix, comme nos Français l'appelaient, capitaine général de la mer, sous Philippe II. Ce fut lui qui se rendit mattre de l'escadre qu'après la mort du cardinal roi de Portugal Catherine de Médicis fit équiper pour porter un grand secours en Portugal à Antoine, prieur de Crato, bâtard du duc de Beja, second fils du roi Emmanuel de Portugal et d'une juive, lequel voulut prouver le mariage de sa mère après la mort du cardinal roi, se fit proclamer roi à Lisbonne, et eut un grand parti. Sps aventures ne sont pas de mon sujet, Catherine de Médicis, qui, pour relever sa naissance, se mit aussi sur les rangs sans nulle apparence de fondement de prétendre à la couronne de Portugal, avait intérêt d'afficher cette prétention, et d'empêcher la ruine du parti du prieur de Crato, comptant après avoir meilleur marché de ce bâtard que de Philippe II. Comme cette vanité de la reine la touchait sensiblement, et qu'elle était toute-puissante en France, ce fut à qui s'embarquerait sur cette escadre de toute la noblesse de la cour, et Strozzi même, parent proche de la reine, et fort avant dans ses bonnes grâces. Le marquis de Sainte-Croix, ayant battu cette escadre, 26 juillet 1582, fit mettre pied à terre à tout ce qui la montait, fit égorger de sang-froid dans l'une des Terceires Ph. Strozzi, qui la commandait, toute cette jeune noblesse et tous les ofHciers, et amena les vaisseaux et les équipages en Espa-

gne. Une si monstrueuse inhumanité fut détestée dans toute l'Europe, mais elle plut si fort à Philippe II, qu'il fit aussitôt le marquis de Santa>Gruz grand d'E^^pagne. Revenons maintenant au Benavidez qui jouit de cette grandesse, après avoir passé par une autre maison.

Le marquis de Santa-Cruz que j*ai vu en Espagne était pauvre et retiré chez lui dans la Manche, sous Charles II, et à l'avènement de Philippe V à la couronne. Il avait essuyé un étrange contraste. Sa femme l'avait accusé d'impuissance. II y eut sur cela un grand procès; il le perdit, et peut-être il n'en fut pas fâché. Son humeur peu accorte ne convenait guère au mariage. Il fut même permis à sa femme de se remarier. Assez peu après, il fut attaqué par une fille bourgeoise pour qu'il eût à se charger d'un enfant qu'elle prétendit qu'il lui avait fait. Nouveau procès, et il le perdit encore. On voit qu'il n'était pas heureux en procès.

Il vivait donc solitairement chez lui pendant les premières années du règne dePhilippeV, sans aucun accès à la cour ni à Madrid, malgré sa naissance et sa dignité, lorsque le duc de Berwlck vint la première fois en Espagne où le feu de la guerre était de tous côtés. Il sut que le marquis de Santa-Cruz, avec ce qu'il avait pu rassencibler de ses vassaux, avait si fermement combattu une partie de l'armée ennemie, à un passage important de ce pays si montueux, qu'il l'avait arrêtée, et qu'après une défense opiniâtre, il l'avait obligée à se retirer et à chercher où passer ailleurs, ce qui dans les circonstances où on se trouvait alors fut un service très-utile. Le duc de Berwick en parla au roi d'Espagne, lui fit donner du commandement, le fit venir à la cour, et lui procura tous les agréments qu'il put. Santa-Cruz, d'abord sauvage, s'y apprivoisa peu à peu, continua à servir avec distinction, mais sans grade, il était trop

vieux pour en vouloir, et s'attacha enfin à la cour où il devint avec le temps, je n'ai point su par quelle intrigue, majordome major de la reine seconde femme de Philippe V, et parfaitement bien avec le roi et avec elle. Il fut gentilhomme de la chambre seul toute l*année en exercice avec le duc del Arco, et tous deux amis intimes, qui, par leurs charges, passaient leur vie ensemble ou dans Tintérieur du roi et de la reine ou à leur suite, à leurs chasses et à leurs voyages. Il était fort des amis de Grimaido, et témoigna toujours au duc de Liria qu'il n'oubliait point ce qu'il devait à son père, avec tendresse, intérêt et grande familiarité.

C'était un fort grand homme et bien fourni, un visage brun et rouge, de gros sourcils noirs et des yeux qui regardaient volontiers de côté, Tair et le jeu sournois et moqueurs, beaucoup de fierté ; tout montrait en lui de la hauteur et de la noblesse jusque dans ses fonctions auprès de la reine. II n'était pas ignorant, avait beaucoup d'esprit et de finesse dans l'esprit et dans les manières, %t quoique mesuré, se contraignait peu par grandeur sur les gens et sur les choses. Il se communiquait fort peu, se retranchait sur l'assiduité de ses fonctions; mais au fond c'était son goût et le fruit de la longue solitude où il avait passé tant d'années. On le craignait pour ses dits, pour sa morgue dédaigneuse, pour la difficulté de son accès même aux lieux publics, au palais, encore plus son silence et ses yeux qui parlaient de compagnie. Il ne laissait pas de parler un peu et de rire même assez volontiers ; mais toujours son rire était malin et expressif. Il n'aimait point du tout les , Français ni les Italiens, sans que sa faveur et sa familiarité avec le roi et la reine en souffrissent la moindre atteinte. Il se mêlait difficilement de quelque chose par paresse et par dédain. Avec cela il avait des amis et de

l'estime, et H ne manquait ni aux devoirs ni à la poli* tesse; mais il ne la prodiguait pas, et en savait mesurer les degrés. Tout Français et ambassadeur de France que j^étais, j'étais parvenu à l'apprivoiser avec moi par le duc de Liria^ et par toutes sortes d'attentions et de prévenances au palais, et j'avoue qu'il me plaisait fort^ et me divertissait assez souvent, quoique avare de discours et même de paroles, et il me paraissait qu'il ne se déplaisait point avec moi. J'aurai lieu de parler de lui à l'occasion de rechange des princesses dont il fut chargé. Sur ses dernières années, il fut chevalier du Saint-Esprit et de la Toison-d'Or.

Lagoni, Laconi. Il était depuis longtemps aux Indes espagnoles lorsque j'étais en Espagne.

Lede, Bette. J'ai fort parlé de lui à l'occasion de l'expédition de la Sardaigne et de la Sicile, dont le cardinal Albéroni le chargea en chef, et dont il s'acquitta en capitaine, au retour de laquelle, quoique malheureuse par la supériorité extrême de l'armée navale des Anglais et de leurs troupes de débarquement, il fut fait grand d'Espagne, puis envoyé en Afrique faire la guerre aux Maures» dont il s'acquitta avec beaucoup de capacité et de bonheur. Je le trouvai en Espagne avec la Toison-d'Or, dans la première considération et dans une grande estime. Il vivait même avec assez de splendeur, avait une bonne table, et y rassemblait les Flamands, d'autres étrangers, les Espagnols qu'il pouvait, peu ou point de Français qu'il haïssait.

C'était un Liégeois sans naissance, qui s'était élevé par son courage, son assiduité, ses talents pour la guerre, d'autant plus rapidement que l'Espagne man* quait de généraux, et il le devint excellent. Je n'ai guère vu un plus vilain petit homme, plus malotru, plus tortu, un peu bossu, fort rousseau, l'air très*ba$,

mais les manières nobles, avec de l'esprit beauconp, de la vivacité, de la hauteur, etle visage allongé, décharné, le plus désagréable du monde. J'avais pris à tâche de Tapprivoiser, et j'y étais parvenu. Nous causions souvent ensemble au palais, et il était de ceux qui venaient manger familièrement chez mol sans prier. Sa conversation était simple et agréable, souvent mêlée de traits fort justes et fort naturels, quelquefois plaisants, quoique sérieux et réservé. Depuis mon retour, il fit un voyage en Flandre où il eut Thonneur d*épouser une €roï, qui n'avait rien, qu'il ramena en Espagne, laî sans s'arrêter à Paris, où elle fut dame du palais de la reine, dont il a eu postérité.

Mangera.

MoNDEJAR, Ivannez» Cette terre, qui est en Castille, fut érigée en marquisat et en grandesse d'Espagne, vers 1612, pour Innlgo Lopez de Mendozza, et tomba depuis en plusieurs maisons par des filles héritières. Enfio celle de Gordoue et Mendozza l'apporta en mariage à Gaspard Ivannez, comte de Tendilla, d'une naissance pourtant fort commune et peu connue, qui prit le nom de marquis de Mondejar, et fit sa couverture en 1678; son fils épousa pourtant une sœur du connétable de Castille , dont le fils était marquis de Mondejar, da temps que j'étais en Espagne, mais fort obscur et retiré.

MoNTEALisoBE, Gustnan. C^est celui que j'ai vu en Espagne. Il portait autrefois, du vivant de son père, le nom de marquis de Quintana, et était majordome de semaine de Charles II, qui le prit en amitié et le fit fort tôt gentilhomme de sa chambre. Sa faveur augmenta, en sorte qu'il fut regardé comme un favori, et fut capitaine des hallebardiersde la garde, enfin grand d'Espague à la fin de -1697. Il conserva ces deux charges à Va-

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véDement de Philippe Y à la couroane d'Espagne, où je le trouvai sommelier du corps, mais sans nul exercice comme je l'expliquerai en son lieu, et comme étaient presque toutes les oharges du palais. Il se trouvait^ quand elle vaqua, le plus ancien de tous les gentils* hommes de la chambre. Cette raison, sa naissance, sa dignité, un reste de teinte de ce qu'il avait été auprès de Charles II, rélevèrent à cette grande charge. C'était un bon et très-honnête homme, fort paresseux, fort re* tiré, par dégoût de n'avoir que le titre vain d'une M belle charge, un esprit médiocre, peu à son aise, incapable de se mêler de rien, doux et modeste, toutefois compté et considéré par estime, et aussi par Thabitude de respecter fort les sommeliers, quoique celui-ci n'en eût que la plus légère écorce. Il m'avait pris assez en amitié. J'aurai lieu de parler de lui encore sur la fin de mon séjour en Espagne. Son fils était gentilhomme de la chambre du roi.

Pescaire, Avalos. Maison espagnole qui se prétend originaire de Navarre, puis transplantée en Andalousie, où Lopez Ferdinand d' Avalos fit des prodiges de valeur contre les Maures grenadins , sous les rois de Castille Ferdinand IV et Alphonse XI, qui l'en récompensèrent en biens et en dignités qu'il transmit à ses descendants. Cette descendance naasculine leur est contestée par des auteurs qui prétendent que cette descendance finit en une fille héritière, appelée Mencla d'Avalos, qui porta ses biens en mariage à Buiz de Baeza y Haro, dont le fils s'appela Roderic Lopez d'Avalos, et laissa le nom de son père pour prendre seul celui de sa mère, comme fit après lui toute sa postérité.

Ce Roderic Lopez d'Avalos fut un homme illustre qu'Henri III, roi de Castille, en fît connétable, en 4396, qui, entre autres enfants qui firent des branches demeu'*

rées en Espagne, eut un fils cadet qui chercha fortune auprès des rois d'Aragon, qui fat grand trésorier du royaume de Naples, et qui épousa Antoinette d'Aquino, sœur et héritière du marquis de Pescaire. Ses enfants firent comme lui d'illustres alliances, qui se soutinrent ou devinrent encore plus grandes dans sa longue postérité. Alphonse d'Avnlos, marquis de Pescaire et del Vasto après son frère atné, mort sans enfants, grand trésorier de Naples et général des armées de Gliarles Y, Alphonse, dis-je, fut vice-roi de Naples et grand d'Espagne ; il mourut en 1546. Il laissa son fils aîné grand trésorier de Naples, et vice-roi de Sicile, sixième aïeul du marquis de Pescaire à Naples, du temps que j'étais en Espagne, d'où cette branche n'est point sortie depuis son premier étahlissemént dans ce royaume-là, et des cadets dont Tun fut chancelier de Naples, cardinal en 4561, et mourut eu 1600, et Tautre fit la branche des princes de Montesarchio et de Troja.

RICHEBOUR&, Melun, Fr.>Ph. de Melun,fils putné du second prince d'Espinoy, et frère du troisième grandpère du dernier, mort sans enfants, fait duc et pair de Joyeuse, et gendre du duc de Bouillon ; ce marquis de Bichebourg, dis-je, eut la Toison-d'Or et le gouvernement et grand bailliage de Mons et de Hainaut, et mourut en 1690. Son fils porta après lui le nom de marquis de Richebourg, passa en Espagne, y reçut la Toisond'Or, et fut fait grand d'Espagne par Philippe Y, capitaine général de ses armées, puis de Galice, après de Catalogne, enfin colonel du régiment des gardes wallonnes. Il était dans ses gouvernements lorsque j'étais en Espagne. Il n'a laissé que deux filles demeurées en Flandre, qui ne se sont point mariées, et la grandesse s'éteint nécessairement.

BvFFEc^ Saini'Simon. Mon second fils conjointement

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avec moi, et pour en jouir eDsem])le l'un et l'autre, dont c'est le premier exemple en Espagne.

ToRRECusA, Carraceioli, Voir ce qui a été dit de cette maison sur l'article des princes de Santo-Buono.

Philippe Carraceioli, des Carraceioli rouges, était troisième fils de l'amiral Carraceioli, frère de la mère du pape Boniface IX Tomacelli. Ce même Philippe était frère d'Henri comte de Glerace, grand trésorier de Naples en i 348, de Gualterio, gouverneur de la Fouille, de Louis, maréchal de l'église romaine, et de Nicolas, général de Tordre de Saint-Dominique, cardinal ^376, mort ^389. Ce même Philippe épousa Marcella Brancaccia, c'est-à-dire Marcelle de Brancas. D'eux est sortie la branche des marquis de Yico et de Torrecusa, des comtes de Biecavi et des ducs de Airola et de Saint-Yito.

La septième génération de ce Philippe Carraceioli fut Lelio Carraceioli, marquis de Torrecusa, dont le fils Gharles-André, second marquis de Torrecusa, mort en 1646, fut fait grand d'Espagne, bisaïeul de celui que j'ai vu fort peu a Madrid, obscur, et qui passait pour itn fort pauvre homme, mais qui avait une femme d'esprit et de mérite, dame du palais, aimée de la reine et fort considérée.

VnuBNA, ducs d^EscaUme , Acw^ y Pacheco, On pcQt voir, au titre d'Ossone, ce qui est dit de cette grande, illustre et nombreuse maison d'Âcuna, et que les marquis de Vlllena, ducs d'Escalone, en sont les ^nés. Les titres de marquis de Vlllena et de duc d'Escalone ont toujours été dans cette maison sur la même tête. On a fait remarquer plus d'une fois que les titres de duc, de prince, de marquis et de comte sont entièrement indifférents en Espagne, et que celui seul de grand y est tout. C'est ce qui a fait que ces aiués de la ii^aison d'Acuna, marquis de Villena et ducs aussi d'Es-

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