‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 60 sur 61 · CHAPITRE DLXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE DLXXXIV

Situation de la coar d^Ëspagns. — Goût et conduite de la reine. —Elle hait les Espagnols et est haïe publiquement. — Cabales Dationales à la coar d'Espagne. — Fortune de Gaylus. — ImporUnce du mécanisme journalier. — Plan de conduite de la reine à fon arrivée k Madrid. — Fortnne d*Albéroni. — Son règne, sa chute. -— Vie journalière du roi et de la reine d^Es* pagne. — Prière, travail avec Grimaldo, lever. — Toilette. — Heures des audiences particulières des seigneurs et des ministres étrangers. — Messe, confession et communion. — Biner. — Sortie et rentrée de la chasse. — Collation et travail de Grimaldo. — Temps de la confession de là reine. — Sa contrainte. — Souper et coucher. — Voyages. — La reine présente à toutes les audiences particulières. — Jalousie réciproque du roi et de la reine.

Outre les inimitiés particulières et les divisions que l'ambition et les différents intérêts forment et entretiennent toujours dans les cours, il y en avait de nationales dans celle de Madrid. La reine était d'un poids très-principal dans les affaires de toute espèce, dans les choix, dans les grâces . Si elle n'était pas sûre de IMnclusion» elle l'était au moins de l'exclusion. Le comment on l'expliquera bientôt, et son crédit certain et invulnérable était universellement reconnu au dedans et au dehors. Elle était Italienne, Albéroni l'était aussi; tous iexi% régnèrent conjointement comme avait fait la feue

reine avec la princesse des Ursins, et ils avaient tous attiré des Italiens a la cour et dans le service militaire. Les besoins de ménager la nation espagnole, et la reconnaissance due à sa fidélité singulière dans les revers les plus désespérés, et les signalés services qui avaient par deux fois remis sa couronne sur la tète de Piiilippe y y avalent duré presque jusqu'à la mort de cette reine, qui n'avait cessé de s'attacher les Espagnols par le solide et par le charme de ses manières, qui l'en avaient fait pour ainsi dire adorer. Après sa mort le roi, enfermé dans Thôtel de Medina-Cœli avec la princesse des Ursins, n'y voyait qu'elle dans tous les moments de la journée, et par-ci par-là quelques-unes des sept ou huit personnes qu'elle avait choisîmes pour se relayer les unes les autres, à toute autre exception, pour accompagner le roi à la chasse, ou à la promenade, desquelles elle était parfaitement assurée. Les dangers étaient passés, elle gouvernait seule, en plein et publiquement, sans contradiction de personne.

Le traitement d'altesse qu'on a vu ailleurs qu'elle avait fait donner au duc de Vendôme et à elle avait mis les Espagnols au désespoir contre elle, et leur haine éclatait de toutes parts, malgré toute sa puissance. La nécessité des ménagements était passée avec la gueri-e; elle tenait le roi au point de ne craindre rien, pas même le feu roi qu'elle offensa, et qui la perdit. Elle rendit donc aux Espagnols haine pour haine; mais toute-puissante de sa part. Le second mariage du roi d'Espagne fut son ouvrage; personne en Espagne ni ailleurs n'en douta, elle en était même bien aise. Mais la conséquence fut que ce second mariage ne fut pas du goût des Espagnols, et pour d'autres raisons encore peu agréable à l'état, à la maison^ au personnel de la nouvelle reine, au point que la chute si précipitée de la

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priocesâe des Ursins, par l'arrivée de cette reine, ne put la réconcilier avec les Espagnols, beaucoup moins les Espagnols avec elle, à qui elle ne pardonna jamais leur éloignement de son mariage. On a vu ailleurs comment elle s'empara du roi d'Espagne, tout en arrivant, et par elle, et avec elle bientôt après Aibéroni. Entre son introduction et le comble de sa puissance, il y eut assez^ d'intervalle pour laisser aux Espagnols la liberté de se répandre sur un champignon poussé de si bas par une main qui leur était déjà odieuse. Ce fut bien pis pour les sentiments quand le poids du joug les empêcha de parler. Ils s'exhalèrent, à la vérité, à sa chute, mais cette chute même était l'ouvrage de la reine, qui n'en demeurait que plus absolue et plus régnante. Ainsi ils ne l'en aimèrent pas mieux, ni elle eux, jusque-là qu'elle dédaigna de profiter d'une conjoncture si favorable pour se les rapprocher. Aussi est-il incroyable jusqu'où alla cette réciproque aversion. Quand elle sortait avec le roi pour aller à l'Atoeha ou à la chasse, le peuple criait sans cessé, ainsi que les bourgeois, dans leurs boutiques : « Viva el Re y la Savayana, y la Savoyana, » et répétait sans cesse la Savoyana à gorge déployée, qui est la feue reine, pour qu'on ne s'y méprit pas, sans qu'aucune voix criât jamais : a Viva la Reina, » La reine faisait semblant de mépriser cela, mais elle rageait en elle-même, on le voyait, elle ne pouvait s'y accoutumer. Aussi disait*elle fort librement, et me l'a dit à moi plus d'une fois : « Les Espagnols ne m'aiment pas, mais je les liais bien aussi, » avec un air de pique et de colère. Ce n'était pas qu'il n'y en eût quelques-uns, mais en plus que très-petit nombre, qu'elle aimait, comme Santa- Gruz, la comtesse d'Altamire, Montijo, et quelque peu d'autres, et quelques-uns encore qu'elle traitait bien à cause de leurs places, de leur état, même familière-

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ment, et avee un air de bonté, comme ie une del Arco, à cause du goût du roi. Par la môme raison du rof, et par la conjoncture d'alors, elle traitait bien les Français, mais au fond elle ne les aimait pas.

Son goût était déclaré pour les Italiens, qui se rassemblaient entre eux en cabale contre les Espagnols, sous la protection de la reine. Les Flamands s'accrochaient à eux pour plaire à la reine et par ancienne aversion de leur nation pour les Espagnols, et ce qu'il y avait d'Irlandais aussi en officiers et en senoras de honor, et en caméristes, quoique le duc d'Ormond et le marquis de Lede, auxquels chacune des deux nations se ralliait, se maintinssent bien avec la reine, et avec les Espagnols. Des Espagnols aussi, mais en petit nombre, se joignaient à la cabale italienne, comme Montijo, tout jeune qu'il était encore, comme Miraval, gouverneur du conseil de Castille, ami intime du duc de Popoli, et quelques autres, ou pour des vues de fortune, ou par avoir encore secrètement la maison d'Autriche dans le cœur.

Les Espagnols payaient de haine, de hauteur, de mépris, et ne détestaient rien tant au monde que les Italiens, et après eux les Flamands, lis souffraient les Irlandais, et la considération du roi, qui aimait fort les Français, les retenait à leur égard. Ce qui faisait encore cette différence, c'est qu'ils trouvaient beaucoup de seigneurs en leur chemin des deux premières nations pour les fortunes, les distinctiovs, les charges et les grandes places, ce quitte se rencontrait pas dans les deux autres où il n'y avait personne à pouvoir s'égaler à eux ; et d'ailleurs les Français établis à demeure n'étaient rien pour le noo^bre. Gaylus était le seul qui pointât vers la fortune ; il était militaire plus que courtisan et point marié. Toutefois il avait la Toison, et visait à être ca-

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pitaine général de provinee et d'armée. Il y arriva, en effet, et longtemps depuis mon retour, à la grandesse et à la vice-royauté du Pérou. Mais ce n'était qu'un seul homme. A Tégard du duc de Liria, il avait su se main* tenir avec les uns et les autres, et il en était regardé comme naturel Espagnol, à cause de sa femme héritière en Espagne ; car tous ces seigneurs italiens et flamands n'avaient que leurs titres , leurs charges et leurs em* plois, et pas un pouce de terre, au lieu que le Liria n'avait ni terres, ni espérances, ni établissement qu'en Espagne.

Ces deux cabales, l'espagnole sur son palier, l'étrangère sous la bannière de la reine, n'éclataient ni ne se montraient au dehors, mais en dessous se guettaient sans cesse, et par leur haine, leur envie, leur jalousie, faisaient des mouvements intérieurs. La reine, à la vie qu'elle menait, ne pouvait pas toujours être avertie, et tout le menu lui échappait, parce que tous les seeré-r taires d'état et tous les membres des conseils et des juntes, pour ce qui en subsistait, étaient tous Espagnols, et parce qu'encore les grands seigneurs espa« gnols ne laissaient pas de trouver des aoeès auprès du roi, quelque enfermé qu'il fût, et qui, au fond, les con* sidérait et donnait dans son âme et dans son goût une grande préférence aux Espagnols sur toute autre nation, excepté la française, mais sur laquelle il tenait son goût de fort court, en considération des Espagnols ; laquelle considération était bien connue à la reine, et la contraignait beaucoup et souvent. Toutes ces choses invisibles en détail au gros du monde, même de la cour, était un spectacle fort intéressant, ou fort amusant et curieux, pour qui était au fait des personnages de l'intérieur du palais et des événements.

Ceci conduit naturellemeat à donner la mécanique

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extérieure du journalier du roi et de la reine d'Espagne^ parce que rien n*influe tant sur le grand et sur le petit que cette mécanique des souverains. C'est ce qu'une expérience continuelle apprend à ceux qui sont initiés dans l'intérieur par la faveur ou par les affaires, et à eeux des dehors assez en confiance avec ces initiés pour qu'ils leur parient librement. Je dirai, en passant, par Texpérience que j'ai faite vingt ans durant , et plus en l'une. et en l'autre manière, que cette connaissance est une des meilleures clefs de toutes les autres, et qu'elle manque toujours aux histoires, souvent aux mémoires, dont les plus intéressants et les plus instructifs le sc> raient bien davantage s'ils avaient moins négligé cette partie, que celui qui n'en connaît pas le prix regarde comme une bagatelle indigne d'entrer dans un récit. Toutefois suis-je bien assuré qu'il n'est point de ministre d'état, de favori, de ce peu de gens qui de tous étages se trouvent initiés dans l'intérieur des souverains par le service nécessaire de leurs emplois ou de leurs charges, qui ne soit en tout de mon sentiment làrdessus.

La reine, arrivant en Espagne, ne songea qu'à rem* plir seule auprès du roi le vide qu'y laissait l'expulsion qu'elle venait de faire de la princesse des Ursins ; et le roi, impatient par tempérament d'avoir une épouse, retenu qu'il était par sa conscience de trouver ailleurs, lui donna là-dessus tout le jeu qu'elle pouvait désirer; mais accoutumé au téte*à-*téte continuel , tout au plus au tiers, la reine n'eut pas à choisir. Son peu de connaissance lui ût bientôt admettre entre eux deux Albéroni, qui était le seul homme qu'elle connût, et qui, uni de même intérêt qu'elle par être Parmesan et ambitieux, était son conseil unique depuis leur départ de Parme, et le seul qu'elle pût avoir en Espagne, au moins

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dans les commencements. Il devint donc bientôt avec le roi et cette reine ce que madame des Ursins avait été avec l*autre reine, avec la différence du sexe, qui en ôta le ridicule, et qui le rendit capable du nom comme du pouvoir de premier ministre, et enfin de la dignité de cardinal. Pour arriver à ces grandes choses, il suivit le plan dont la princesse des Ursins s'était si bien trouvée, et dont les gens avisés qui peuvent tout sur les rois font tous, d'une façon ou d'une autre, un usage si utile pour eux, mais si détestable pour leurs maîtres et si pernicieux pour leurs états, leurs sujets, leur gouvernement. Albéroni n'eut, pour cela, rien à faire qu'à suivre le goût funeste que le roi avait pris pour la prison où madame des Ursins avait su le renfermer peu à peu avec la relue, puis avec elle seule lorsqu'il devint veuf. La nouvelle reine et Albéroni suivirent la même route ; ils renfermèrent le roi entre eux deux seuls et le rendirent inaccessible à tout le reste de la nature. Albéroni chassé, la reine lassée d'avoir été si longtemps prisonnière, victime de sa propre ambition et de celle de cet Italien, tenta plusieurs fois d'élargir son esclavage, sans jamais y avoir pu réussir. L'habitude du roi était trop enracinée; elle avait passé en lui en seconde nature, et la reine désespéra bientôt d'adoucir ses fers. Voici donc quelle était leur vie en tous lieux, en tout temps, en toute saison.

Le roi et la reine n'eurent jamais qu'un seul et même appartement et qu'un lit, tel que je l'ai décrit, lorsque je fus admis avec Maulevrier à les y voir, lorsque nous leur portâmes la nouvelle du départ de Paris de la future princesse des Asturies. Fièvres, maladie telle qu'elle pût être de part et d'autre, couches enfin, jamais une seule nuit de séparation ; et la feue reine pourrie d'écrouelles, le roi ne découcha d'avec elle que peu de jours avant sa

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mort, dur les neuf heures du matin le rideau était tiré par l'assafeta, suivie d'un seul valet intérieur français, portant un couvert et une écuelle qui était pleine d'un chaudeau. Hygbens, dans la convalescence de ma petite vérole, m'expliqua ce que c'est, et mVn fit faire un lui-même pour m'en faire goûter. Cest une mixtion légère de bouillon, de lait, de vin qui domine, d'un on deux jaunes d'œufs, de sucre, de cannelle et d'un peu de gérofle. Gela est blanc, a le goût très-fort avec un mélange de douceur. Je n'en ferais pas volontiers mon mets, mais il est pourtant vrai que cela n'est pas désagréable. On y met, quand on veut, des croûtes de pain et quelquefois grillées, et alors c'est une espèce de po« tage, autrement cela s'avale comme un bouillon; et pour l'ordinaire, cette dernière façon de le prendre était celle du roi d'Espagne. Gela est onctueux, mais fort chaud, et un restaurant singulièrement bon à réparer la nuit passée, et à préparer la prochaine.

Pendant que le roi faisait ce court déjeuner, Tassafêta apportait à la reine de quoi travailler en tapisserie, passait des manteaux de lit à leurs majestés, et mettait sur le lit partie des papiers qui se trouvaient sur les sièges prochains, puisse retirait avec le valet et ce qu'il avait apporté. Leurs majestés faisaient alors leurs prières du nnatin. Grimaido, sûr de l'heure, mais qui de plus était averti dans sa cavachuela au palais, montait chez leurs majestés, et entrait. Quelquefois ils lui faisaient signe d'attendre en entrant, puis l'appelaient quand leur prière ét^it finie, car il n'y avait personne autre, et la chambre du lit était fort petite. Là Grimaido étalait ses papiers, tirait de sa poche une écritoire et travaillait avec le roi et la reine, que sa tapisserie n'empêchait pas de dire son avis. Ce travail durait plus ou moins, selon les affaires ou quelque conversation.

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Grinaalâo, en sortant arec ses papiers, troUTait la pièce joignante vide, et un valet dans celle d'après, qui, le voyant passer, entrait dans la pièce vide, la traversait et avertissait l'assafeta, qui, sur-le-champ, venait présenter au roi ses mules et sa robe de chambre, qui tout de suite passait seul la pièce vide, et entrait dans un cabinet où il s'habillait, servi par trois valets français intérieurs, toujours les mêmes, et par le duc del Arco ou le marquis de Santa-Ctuz, et souvent par tous les deux, sans que jamais qui que ce sdt autre entrât à ce lever. Lorsqu'il était tout à fait à sa fin, un de ces valets allait appeler le père d'Aubenton dans le salon des miroirs, qui venait trouver le roi dans ce cabinet, d'où, sur-le-champ, les valets susdits emportaient à la fois les débris du lever, et ne rentraient plus. Si le roi faî* sait un signe de la tète à ces deux seigneurs, après la sortie des valets, ils sortaient aussi, mais cela n^arrivail que quelquefois, et ils restaient se tenant vers la porte^ et le roi parlait dans la fenêtre au père d'Aubenton.

La reine, dès que le roi était passé à son lever, se chaussait seule avec l'assafeta, qui lui donnait sa robe de chambre. C était le seul moment où elle pouvait parler seuleà la reine et la reine à elle ; mais ce moment allait au plus, et non toujours, à un demi-quart d'heure. Plua long, le roi l'aurait su, et aurait voulu savoir ce qui l'aurait allongé. La reine passait cette pièce vide, et entrait dans un beau et grand calMnet où sa toilette l'at*^ tendait. La camarera major, deux dames du palais, deux senoras de honor tour à tour par semaine, et les caméristes étaient autour, quelquefois quelques dames du palais ou quelque senora de honor, qui n'étaient pas en semaine, mais rarement. Quand le roi avait fini avec le père d'Aubenton, et ordinairement cela était court, il allait à la toilette de la reine, suivi de deux seigneurs,

qui, pendant sa conversation avec le père d'Aubenton, l'attendaient à la porte du cabinet, soit en dedans, soit en dehors. Les infants venaient aussi à la toilette où il n'entmit avec eux que leurs gouverneurs, et depuis le mariage du prince des Asturies, la princesse des Asturles, le duc de Popoli et ia duchesse de Monteillano, quelquefois une dame du palais aussi de la princesse. Le cardinal Borgia avait cette privance, et s'en servait souvent. Le marquis de Yillena Pavait aussi, mais fâché d'être réduit à celle-là, et d'être privé de toutes celles que de droit lui donnait sa charge, il n'en usait presque jamais. La chasse, les voyages, les beaux habits du roi et des infants étaient la matière de la conversation. Parci, par-là, quelque petit avis de réprimande de la reine à ses dames sur l'assiduité de leur service, ou sur leurs commerces, ou sur la dévotion, car elle les tenait fort de court pour ne pas voir grand monde et sur le choix de leur commerce ; et pour être bien avec elle, il fallait moucher souvent, n'être pas trop longtemps en couche ni souvent incommodé, surtout faire ses dévotions tous les huit Jours. Souvent aussi le cardinal de Borgia défrayait la toilette par les plaisanteries qu'on lui faisait, et auxquelles il donnait lieu. Celte toilette durait bien trois quarts d'heure, le roi debout, et tout ce qui y était. '

Tandis qu'on en sortait, le roi venait entre-bâiller la porte du salon des miroirs dans le salon qui est^entre celui-là et le salon des grands, où la cour se rassemblait, et là donnait Tordre à ceux qui, en ti*ès-petit nombre, avaient à le prendre, puis allait retrouver la reine dans cette pièce que j'ai tout à l'heure appelée si souvent vide. C'était là l'heure des audiences particulières des miuistres étrangers et des seigneurs ou autres sujets qui l'obtenaient. Ministres étrangers et sujets s'adressaient

à la Roche pour la demander. Il preaait Tordre da roi, les faisait avertir, et les introduisait Tun après Tautre, sans demeurer avec eux dans le salon des miroirs où le roi la donnait toujours.

Une fois la semaine, le lundi, il y avait audience publique, qui est une pratique qu'on ne peut trop louer, quand on ne la corrompt pas. Le roi, au lieu d'entrebâiller la porte dont je viens de parler, l'ouvrait, donnait l'ordre sur le pas de la porte, et tout de suite traversait tous ses appartements au milieu de sa cour, ces jours-là assez nombreuse, jusqu'à la pièce des audiences publiques des ambassadeurs, et de la couverture des grands. Tous s'y rangent comme en ces occasions, dont j'ai décrit l'assiette et la cérémonie ailleurs. Mais en celle-ci le roi s'assied dans un fauteuil avec une table, une écritoire et du papier à sa droite. Il se couvre et tous les grands. Alors la Boche, qui a une liste à la main, ouvre la porte opposée à celle par où le roi et sa cour sont entrés, et appelle à haute voix le premier qui se trouve sur la liste. Celui-là entre, fait au roi une profonde révérence, en entrant, une au milieu, puis se met à genoux devant le roi, excepté les prêtres qui ôtent leur calotte, et font une génuflexion en abordant le roi et en se retirant, et parlent debout, mais baissés. C'est le roi qui à leur génuflexion les fait relever : tout autre demeure et parle à genoux, jusqu'à ce qu'il se retire. On parle au roi tant qu'on veut, de qui on veut, comme on veut, et on lui donne par écrit ce qu'on veut. Mais les Espagnols ne ressemblent en rien aux Français ; ils sont mesurés, discrets, respectueux, courts. Celui-là ayant fini, se relève, baise la main au roi, fait une profonde révérence, et se retire, sans en faire d'autres par où il est entré. Alors la Roche appelle le second, et ainsi tant qu'il y en a.

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