‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 106 sur 335 · MORT DE MADAME DE LEU VILLE · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME DE LEU VILLE

du parlement de Paris, après avoir été avocat du roi, comme on parloit alors , c'est-à-dire avocat général , et président à mortier. Ce fut lui qui commença la race, car son père, qui étoit de Bourgneuf, près de la Rochelle , ne fut jamais que procureur au parlement. Mme de Leuville dont on parle ici étoit nièce de Laigues , un des importants de la Fronde , qu'on prétendit que la fameuse Mme de Chevreuse avoit, à lafin,éponsé secrètement. Sa nièce tâcha aussi d'être importante. Elle avoit beaucoup d'esprit, de domination, d'intrigue et d'amis qui se rassembloient chez elle et qui lui donnoient de la considération. C'éloit une femme qui , sans tenir à rien , eut l'art de se faire compter : elle étoit riche et médiocrement bonne.

Je fis rendre à Coettenfao une ancienne pension qu'il avoit eue du feu roi de six mille livres, et donner parole de l'ordre, par M. le duc d'Or léans, pour la première promotion qui se feroit. Fourille. aveugle et ancien capitaine aux gardes, fort pauvre, eut quatre mille livres de pension, et Ruffey, sous-gouverneur du roi, une de six mille. Savine obtint six mille livres d'augmentation d'appointements à 5on gouvernement d'Embrun. Béthune, distingué dans la marine, eut une pension de trois mille livres, et La Billarderie, conducteur de Mme du Maine à Dijon, en eut une de six mille livres. Trois semaines après, il y fut chercher la même avec un chirurgien et deux femmes de chambre, et la mena à Chalon-sur-Saône presque en pleine liberté; elle y arriva le 24 mai.

La fille aînée du prince Jacques Sobieski, arrêtée avec sa mère à Inspruck par ordre de l'empereur, depuis quelques mois, allant à Rome épouser le roi Jacques, trouva moyen de se sauver la nuit en chaise de poste escortée par quatre hommes à cheval. On trouva sur sa table un écrit par lequel elle marquoit que c'étoit par ordre de sa famille. Elle arriva le 2 mai à Bologne; elle y fut épousée le 7 par lord Murray, chargé de la pro'îuration du roi Jacques, en partit le 9 pour Rome où elle fut reçue et traitée en reine.

Quelle que fût la persécution sans bornes et sans mesure et ouverte depuis si longtemps et avec une si scandaleuse animosité contre le cardinal de Noailles , elle ne put empêcher que le roi fît une démarche publique qui ne sentoit ni le prélat réprouvé ni son Église hérétique. Il fut, l'après-dînée du jour de la Pentecôte, après avoir entendu le sermon aux Tuileries , à Notre-Dame en pompe. Il fut reçu à la porte par le cardinal de Noailles pontificalement revêtu , à la tète de son chapitre , avec les cérémonies accoutumées , et par lui conduit au chœur où ce prélat entonna le Te Deum, qui fut continué par la musique et terminé par la bénédiction que le cardinal donna. Le chœur étoit nouvellement achevé et la chapelle de la Vierge aussi, qui fut trouvée très-magnifique, laquelle fut toute aux dépens du cardinal, ainsi que l'admirable vitrage sur la porte collatérale, que le cardinal avoit tout refait, quoiqu'il ne fût obligé à aucune de ces deux grandes dépenses. Après la bénédiction il conduisit le roi autour du chœur et à cette chapelle, et de là à son carrosse. Le roi y étoit avec peu de dignité et comme si on eût voulu le mettre incognito, malgré la pompe de sa suite. Il y fut entre M. le iluc d'Orléans et M. le comte de Clermout sur le derrière: le priiîce-

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