‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 14 sur 335 · CONVERSATION ENTRE VALINCOURT ET MOL · texte numérisé non relu

CONVERSATION ENTRE VALINCOURT ET MOL

obtenu sur le rang; que c'étoit moi qui avois imaginé, proposé, et fait agréer la déclaration en faveur du comte de Toulouse. Je le fis souvenir que je ne m'étois jamais caché sur le rang des bâtards, et je le priai de parler si fortement à son maître, qu'il ne se perdit pas pour son frère. Valincourt convint que j'avois raison, et me pria qu'il pût dire au comte de Toulouse l'obligation qu'U m'avoit. C'étoit bien mon dessein ; surtout je le pressai de faire que, dès le leadoraain dimanche, le comte de Toulouse se trouvât au conseil de régence, et qu'il se défit de ses hôtes au plus tôt. Valincourt en étoit déjà ennuyé : il revint peu après me faire les remercîments du comte de Toulouse, et me dire que, malgré sa douleur et toutes les persécutions de famille, il demeureroit et se trouveroit le lendemain ^u conseil. Cela me rafraîchit fort le sang, car j'en prévoyois l'affoiblissement et la chute même du parti du duc et de la duchesse du Maine, et la division prochaine des deux frères. Il me laissa entendre que le séjour de M. et de Mme du Maine à l'hôtel de Toulouse pesoil à tous, et que le lendemain malin, dimanche, ils s'en iroient à Sceaux, où il trouvoit indécent qu'ils ne fussent pas encore; je priai Valincourt de savoir du comte de Toulouse s'U vouloil compliment ou silence de ma part et de celle de M. le Duc qui en étoit en peine, qui mouroit d'envie de lui marquer son amitié personnelle , et qui s' étoit adressé à moi pour savoir comment il en devoit user à son égard. Valincourt me dit qu'il croyoit que le silence conviendroit mieux d'abord, mais qu'il le demanderoit franchement de ma part et de celle de M. le Duc , à M. le comte de Toulouse , et qu'il me le feroit savoir. En effet , il m'écrivit dans le soir même que M. le comte de Toiilouse sentoit moins sa distinction que le malheur de son frère auquel même elle le rendoit plus sensible, et qu'il désiroit que M. le Duc et moi ne lui dissions rien. Je le fis savoir à M. le Duc, et je rendis compte à M. le i:uc d'Orléans de ce que j'avois fait avec Valincourt, qui fut très-aise du parti que prenoit le comte de Toulouse, lequel alla voir le régent, le .samedi au soir. Cela se passa courtement , mais bien entre eux , à ce que me dit M. le duc d'Orléans.

Le lendemain dimanche . M. et Mme du Maine s'en allèrent à Sceaux. Après leur départ . le comte de Toulouse tint le conseil de marine à l'ordinaire , et vint l'après-dînée au conseil de régence avec un' air froid , sérieux et concentré. Il y eut des gens surpris et fâchés de l'y voir. Peu s'approchèrent de lui, et peu après son arrivée , on se mit en place. Dès que je fus assis . je lui dis à l'oreille qu'il étoit servi comme il l'avoit désiré , que je ne lui dirois qu'un seul mol dont je ne pouvois me passer: que c'etoii . ce jour-là, la première fois que je m'asseyois au-dessous de lui avec plaisir. Son remercîment tint de sa nature, il fut très-froid: je ne lui parlai plus de tout le conseil. Ce froid dura quelque temps. Je pense aussi qu'il y crut de la bienséance, et je ne me pressai pas de le réchauffer, mais peu à peu nous revînmes ensemble en notre premier état. Je sus même , par la duchesse Sforze , qu'il blàmoil fort Mme la duchesse d'Orléans de ne me point voir , jusqu'à l'en avoir bien fait pleiurer, par tout ce que lui et Mme Sforze lui avoient souvent dit làdessus. Mme la duchesse d'Orléans étoit outrée de ce qu'il étoit ('emeuré,

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