‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 116 sur 298 · DEMANDE DU DUC DE LORRAINE · texte numérisé non relu

DEMANDE DU DUC DE LORRAINE

teurs, mais encore arbitres de- différends présents, car il seroit facile en cecasd'J laisser écouler deux mois entre la proposition et la réponse; et pendant cet intervalle, comme on étoit alors au mois de juin, le roi d'Espjigne auroit éprouvé le succès de son entrepris •. S'il éloit heireux, disoit Beretti, Sa Majesté Catholique seroit en état de soutenir ses droits et ses prétentions, et s'il étoit malheureux, plus on approcheroit de la fin de la campagne, et plus on auroit le temps de négocier Ce ministre, de son côte, prétendoit ne rien négliger, soit pour détourner les villes de Hollande de prendre aucun engagement contraire aux intérêts du roi son maître, soit pour semer la défiance, source de discorde, entre les puissances liguées ou prêtes à se liguer ensemble contre l'Espagne.

Comme le duc de Savoie n'avoit pris encore aucun enijagement , Beretti crut faire beaucoup d'inspirer à l'agent que ce prince avoil en Hollande des soupçons sur les desseins que l'alliance prèle à éclater pouvoit former au préjudice de la maison de Savoir Le uuc de Lorraine avoit écrit au roi d'Angleterre, et pareillement a.' x États généraux, représ ntant à l'une et à l'autre puissance que, pendant la guerre terminée par le traité d'Utrecht, les alliés lui avoient promis de l'indemniser de ses prétentions sur le Montferrat donné au duc de Savoie sans autre raison que celle du bien de la cause commune. Le roi d'Angleleixe avoit déjà répondu qu'il falloil attendre un temps plus favorable, la conjoncture présente ne permettant pas d'agir pour les intérêts du duc de Lorraine, si le duc de Savoie n'y donnoit occasion par sa résistance à souscrire au traité.

La Hollande, plus lente dans ses réponses, n'en avoit fait aucune au duc de Lorraine. Le public ignoroit même que ce prince lui lût écrit quand Beretti révéla cette espèce de secret à l'agent de Sicile à la Haye, et prélendit p r cette confidence lui donner une preuve de l'attention que le roi d'Espagne auroit toujours aux intérêts du roi de Sicile q land ce dernier auroit un procédé sincère à l'ég rd de Sa Majesté Catholique. Beretti, voulant toujours pénétrer les motifs secrets, dit a l'agent de Sicile que comme le duc de Lorraine ne remuoit pas la prunelle sans la volonté de l'emper ur , on devoit regarder les lettres qu'il avoit é^ rites en Angleterre et en Hollande comme une insinuation procédant de quelque stratagème politique de la cour de Vienne , soit pour faire peur au roi de Sicile, soit pour se venger de lui, supposé qu'elle crût que ce prince se conduisît de bonne foi à l'égard du roi d'Espagne. Beretti, content de tout ce qu'il lemarquoit d'incénieux dans sa propre conduite, satisfait '!e son zèle et de son attention à profiter des moindres occasions de servir utilement son maîire, et, persuadé que la cour de Madrid ne pouvoit lui refuser la justice qu'il se faisoit à lui-même, croyoit aussi qu'il ne lui manquoit pour posséder toute la confiance du roi d'Espagne dans les affaires étrai' gères que d ; décrier et de vaincre Monteléon . son ancien ami, n ais . u'il haïssoit alors parce que tous d-ux couniient la même carrière , et que , dans l'esprit du public , Monieléon avo:t sur lui de grands avantages : c'en étoit un pour Beretli de savoir que s -n émule étoit mal dc:i3 l'esprit du roi et de la reine d'Espagne et d'Alberoni.

174 l'abbé DUBOIS ET PENTERRIEDER. [1718]

Avec une pareille avance , il ne doutoit pas de perdre un compétiteur s» dangereux, et pour y parvenir, il ne cessoit de se plaindre des leitres qu'il recevoit de Monteléoa, contenant des avis si sup^rflciels et si obscurs qu'après les avoir lus, il n'en éloit pas plus iiistiUit. Beretti l'accusoit de faire l'avocat perpétuel des Anglois, si changés à son égard qu'ils célébroient ses louanges après en avoir dit beaucoup lie mal, il n'y avoit pas encore longtemps. Beretti se vantoit d'être devenu au contraire, l'objet de leur haine et de celle des François, nonobstant les civilités feintes et affectées qu'il recevoit de leur part.

Il est certain que les ministres de la cour d'Angleterre décrioient ou élevoient alors ceux de France et d Espagne, selon qu'ils plioient ou qu'ils résistoient aux volontés du roi d'Angleterre. Nancré étoit alors regardé comme absolument gagné par Albéroni ; l'abbé Dubois étoit célébré quoique Penterrieder , alors ministre de l'empereur à Londres, eût très-mauvaise opinion de lui et que même il ne se mît pas en peine de cacher ce qu'il en pensoit : car il suffisoit d'être agent de l'empereur pour se croire en droit de parler avec autorité, de trancher et de décider souverainement sur toutes les difficultés dune négociation, même sur le mérite du négociateur. Penterrieder trouva mauvais que labbé Dubois eût proposé à la cour d'Angleterre d'essayer les moyens de douceur pour fléchir le roi d'Espagne et lui persuader de souscrire au traité moyennant la pr messe que les alliés lui feroient de permettre qu'il mît des garnisons espagnoles dans les places de Toscane. Une telle proposition choquoit la cour de Vienne , et Penterrieder, sans attendre de nouveaux ordres, déelara que, s'il en étoit question , il ne falloit plus parler de sociétés, son maître étant résolu de se porter à toutes sortes d'extrémités plutôt que d'admettre de telles conditions; il ajouta que ces complaisances ne servoient qu'à augmenter la fierté d'Albéroni; que son but étoi de retrancher aux ministres anglois la connoissance des affaires d'Espagne, et que, bien loin de se rapprocher de leur manière de penser, on apprenoit par les dernières lettres de Madrid qu'il deman- (loit pour le roi d'Espa.L'ue la Sicile et la Sardaigne, et qu'il pré!endoit encore prendre le duc de Savoie sous sa protection. Ainsi cet ho ; me n'ayant en vue que de renver-cr la disposition des traités, il falloit, suivant le raisonnement de Penierrieder , agir avec vi^çueur pour le prévenir et pour détruire ses projets. La conséquence de ce raisoimement étoit la nécessité de faire partir au plus tôt l'escadre angloi-e destinée pour la Méditerranée. Les instances de l'envoyé de l'emiiereur éloient favorablement écoutées; le roi d'Angleterre lui promit à la fin de mai que cette escadre partiroit avant la lin de la semaine, et que le co ..maiidant, qui avoit reç i des instructions conformes aux engagements de l'Angleterre, promelloit de laire le voyage en quinze jours si le ve ..t étoit favorable.

Il n'y a [pas] pour les souverains de situation plus e'^ barra ssante que celle d'un prince foible. dont les États sont enviés par des puissances supérieures à la sienne , ennemies entre elles: mais désirant également l'une et l'autre s'enrichir de ses dépouilles. Le duc de Savoie se Irouvoit dans celte situation à l'égard de l'empereur et du roi d'Es-

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