PARTAGE DE LA PEAU DU LION
dène rendît au duc de Parme quelque usurpation faite sur le Parmesan. Les restitutions ne coûloient rien à ceux (jui les conseilloient; ainsi rien ne les empêchoit de les étendre encore en faveur du duc de Guastalla, et de forcer l'empereur à lui rendre Mantoue comme le patrimoine de la maison Gonzague, usurpé et retenu très-injustement par les Allemands. Le roi d'Espagne devenu le prolecteur non-seulement des princes d'Italie, mais le réparateur des pertes et des injustices qu'ils avoieut souffertes, les engageroit aisément dans son alliance, et le même intérêt les uniroit pour fermer à jamais aux Allemands les portes de l'Italie. Pour achever sans inquiétude de telles entreprises proposées comme un moyen sûr d'établir solidement la paix et l'équilibre du monde, on demandoit seulement que. pendant que les troupes d'Espagne s'ouvriroient un chemin en Lom'nardie, le roi d'Espngne fit croiser quelques vaisseaux de sa flotte dans les mers de Naples, a(in d'empêcher le transport des secours que les Impériaux ne manqueroient pas d'en tirer pour la défense du Milanois, si le passage demeuroit libre. On se promettoit, de plus, que la ville de Naples, bientôt aRamée, seroit obligée de se rendre à son souverain légitime sans être attaquée. Enfin ceux qui désiroient de voir le roi d'Espagne engagé à faire la guerre en Italie, soit par zèle pour le bien public, soit par des raisons d'intérêt particulier, lui représentoient et l'assuroient que les Allemands étoient consternés , qu'ils ne doutoient pas que l'orage ne tombât sur l'État de Milan; mais ne sachant pas certainement où ils auroient àse défendre . que leurs commandants n'avoient d'autres ordres que de se tenir sur leurs gardes, et lorsque l'entreprise seroit déterminée, de secourir l'État que les Espagnols attaqueroient.
L'opinion publique étoit que l'armée d'Espagne devoit attaquer cet État. Un des ministres de Savoie à Madrid assura son maître que, malgré le secret exact et rigoureux qu'on observoit encore sur la destination de l'armée d'Espagne, il sav-oit qu'elle débarqueroit à Saint-Pierre-d'Arena et à Final. Albéroni lui avoit cependant confié que depuis qu'il étoit appelé au ministère, il avoit écrit et chiiïré de sa main tout ce qni concernoit les négociations et les affaires secrètes. Le cardinal ne fut pas trahi en cette occasion. C'étoit le 1 1 juillet que le ministre du roi de Sicile avertit son maître que le débarquement se feroit àSaint-Pierre-d'Arena, et le 16 du même mois on sut à Turin par un courrier dépêché de Rome, que les Espagnols descendus en Sicile avoient pris la ville de Palerme.
Environ le même temps, l'amiral Bing commandant la flotte angloise, arriva à Cadix. Aussitôt il déclara de la part du roi d'Angleterre que ses ordres étoient d'insister auprès du roi d'Espagne, pour en obtenir une suspension d'armes et cessation de toutes hostilités, comme un moyen nécessaire pour avancer la négociation de la paix; que, si le délarquemenl des troupes espagnoles étoit déjà fait en tout ou en partie en Italie, il avoit ordre d'otVrir le secours de la flotte qu'il commandoit pour les retirer en toute sûreté; qu"il offroit aussi la continuation de la médiation du roi son maître, pour conciliei le roi d'Esp;igne avec l'empereur; que, si Sa Majesté Catholique la refusant, attaquoit les États que l'empereur possédoit en Italie, ses ordres en ce cas l'obligeroient d'employer pour la défense de ces mêmes États et pour le maintien de la