‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 151 sur 298 · DECLARATION DE L' AMIRAL BING · texte numérisé non relu

DECLARATION DE L' AMIRAL BING

neutralité, I^^.s forces qu'il avoit sous son commandement. Bing prétendoit qu'une telle déclaration étoit fondée sur le traité signé à Utrecht, pour la neutralité de l'Italie, aussi bien que sur le traité de Londres signé le 25 mai. entre l'empereur et le roi d'Angleterre. Les offres ni les menaces des Anglois n'ébranlèrent point le roi d'Espagne. Son ministre répondit que Bing pouvoit exécuter les ordres dont il étoit chargé, et regardant comme rupture la déclaration que cet amiral avoit faite, il écrivit à Monleléon qu'il étoit juste et raisonnable que tout engagement pris par le roi d'Espagne avec le roi d'Angleterre, fût rompu réciproquement; que Sa Majesté Catholique cessoit donc d'accorder aux négociants anglois les avantages qu'elle avoit prodigués si g néreusement en faveur de cette nation; que la conduite prescrite à l'amiral Bing étoit la seule cause d'un changement que le roi d'Espagne faisoit à regret, et qu'ayant suivi son inclination particulière en distinguant les Anglois des autres nations par les grâces singulières qu'il leur avoit faites , c'étoit aussi contre son gré qu'il en suspendoit les effets , même dans un temps oîi Sa Majesté Catholique vouloit, nonobstant les représentations du commerce de Cadix , accorder la permission que les ministres d'Angleterre avoient instamment sollicitée, pour le départ du vaisseau que la compagnie du Sud devoit envoyer aux Indes. Les Anglois en avoient obtenu la faculté par le traité de paix conclu à Utrecht entre l'Espagne et l'Angleterre. Le roi d'Espagne n'avoit pas jusqu'à cette année refusé l'exécution de cette condition. Il ne prétendoit pas la refuser encore , mais seulement en différer l'effet jusqu'à l'année suivante , et la raison du délai étoit que le voyage seroit inutile et infructueux , la contrebande ayant introduit en Amérique tant de marchandises d'Europe, que le commerce de Cadix jugeant de la perte qu'il y auroit pour les négociants d'envoyer aux Indes de nouvelles marchandises avant que les précédentes fussent vendues, avoit obtenu sur ses remontrances que le départ des galions seroit différé jusqu'à l'année suivante. Le roi d'Espagne avoit par la même raison remis aussi à l'autre année le départ du vaisseau anglois, et, pour dédommager les intéressés, il avoit résolu de leur permettre d'envoyer deux vaisseaux au lieu d'un seul. Enfin il étoit sur le point de porter l'indulgence plus loin, même au préjudice du commerce de Cadix, quand l'entrée de la flotte angloise changea ces dispositions. Monteléon devoit expliquer bien clairement aux négociants de Londres , intéressés dans le commerce de la mer du Sud , les intentions favorables du roi d'Espagne, et la raison qui les rendoit inutiles. Il devoit même chercher dans leurs maisons ceux qui n'auroient pas la curiosité de lui demander la cause d'un tel changement, et les en instruire. Albéroni se promettoit de leur part quelque mouvement, si ce n'étoit un soulèvement général contre les ministres qui donnoient au roi d'Angleterre des conseils si pernicieux aux avantages du commerce de la nation : soit haine, soit défiance, il laissoit peu de liberté à Monteléon sur l'exécution des ordres qu'il lui prescrivoit. Les exhortations fréquentes de cet ambassadeur à la paix, ses représentations sur les maux que la guerre entraîneroit étoient mal interprétées. Albéroni les regardoit comme des preuves ou d'infidélité, ou tout au moins d'une fidélité très-

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équivoque, et disoit que c'étoit mal connoître le roi d'Espagne que de croire amollir ses résolutions par la terreur des périls, dont on prètendoit en vain l'effrayer. Beretti, sans être estimé du cardinal, étoit bien plus de son goût. Il louoit le zèle extrême de cet ambassadeur pour le service du roi son maître, et lui accordoit de montrer au moins un bon cœur, persuadé cependant que si les Hollandois xésistoient jusqu'alors aux instances de la France et de l'Angleterre, on ne le devoit pas attribuer aux négociations de Beretti , non plus qu'au crédit de ses prétendus amis, mais seulement à la sagesse de la république, trop prudente pour souscrire à des engagements dangereux, surtout dans une conjoncture très-critique.

L'inaction des Provinces-Unies étoit tout ce qu'Albéroni désiroit de leur part. Il avoit espéré davantage des princes du nord , mais il commençoit à se détromper des différentes idées qu'il avoit formées sur les secours et sur les diversions du czar, du roi de Prusse et du roi de Suède; car il avoit porté ses vues sur les uns et sur les autres, et désabusé de ces projets, il avouoit qu'il n'eiitendoit plus parler de ces princes qu'avec dégoilt. Il se flattoit de réussir plus heureusement en attaquant la France par elle-même ; il entretenoit dans le royaume des intelligences secrètes qu"il croyoit capables d'allumer le flambeau de la guerre civile, et connoissant peu le crédit des conspirateurs, il attendoil les nouvelles du progrès de leurs complots avec la même impatience que si leurs trames eussent dû faire triompher le roi d'Espagne de tous ses ennemis. Cellamare avoit ordre de dépêcher des courriers pour instruire le roi son maître de tout ce qui regarderoit cette affaire capitale. La conjoncture paroissoit favorable aux désirs de ceux qui souhaitoient de voir régner la division en France; ils comptoient beaucoup sur le mécontentement du parlement de Paris, sur les vues qu'on lui attribuoit de profiter d'un temps de foiblesse du gouvernement pour étendre l'autorité de cette compagnie. Ses entreprises, quand même elles ne réussiroient pas, seroient toujours autant de piqûres à l'autorité de la régence, et les corps dont le crédit [étoit"| établi par une longue suite de temps, étoient, suivant l'opinion d'Albéroni, un puissant correctif au gouvernement despotique. Le temps lui paroissoit un grand modérateur dans toutes les affaires , et savoir le gagner étoit un grand art. Un aventurier qui se faisoit nommer le comte Marini, vint le trouver, envoyé, disoit-il, par un autre aventurier danois qu'on nommoit le comte Schleiber, trop connu pour son honneur sous le règne du feu roi. Marini proposa, de concert avec son ami, une ligue entre le roi d'Espagne et le roi de Prusse.

Albéroni,en garde contre l'industrie de ces sortes de gens, avertit Cellamare que Marini parloit pour Paris, et le pria d'éclaircir ce que c'étoit que cet aventurier et quelle foi on pouvoit donner à ses paroles. Il est naturel à celui qui fait un grand usage d'espions de croire qu'on lui rend la pareille, et que jilusieurs inconnus qui lui offrent leurs services n'ont pour objet que de pénétrer ses secrets et d'en informer ceux qui les emploient. Les principales vues d'Albéroni étoient sur la succession uu roi d'Espagne à la couronne de France; et quoiqu'il fût de la prudence de cacher ces vues avec beaucoup de soin , il ne put s'empè-

234 RUPTURE ENTRE LE PAPE ET l'ESPAGNE. [1718]

cher de dire un jour à un des ministres du roi de Sicile que, si le cas arrivoit, le parti du roi d'Espagne en France seroit plus fort que celui du régent.

La rupture entre les cours de Rome et de Madrid acheva d'éclater par l'ordre que le nonce reçut de la part du roi d'Espagne , au commencement de juillet, de sortir des Étals de Sa Majesté Catholique; et comme le motif de cet ordre éloit principalement le refus des bulles de l'archevêché de Séville pour le cardinal Albéroni , cette cause parut si légère que bien des gens crurent la chose concertée entre les deux cours uniquement pour cacher à l'empereur leur intelligence secrète. Mais ces politiques, comme il arrive souvent, se trompoient dans leurs raisonnements, et la rupture étoit sérieuse; le sort du pape étoit de passer le cours de son pontificat brouillé avec les premières puissances catholiques , la France , etc.

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