‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 178 sur 298 · SES ARTIFICES · texte numérisé non relu

SES ARTIFICES

système tant répété du besoin réciproque qu'ils avoient de l'umon la plus intime, de concert avec Canillac séduit parles hommages deStairs, et par le duc de Noailles que cela soulageoit dans sa finance et qui fit toujours bassement sa cour à Dubois. Je ne fais que remettre ces clio^es qui se trouvent expliquées en leur temps. Il falloit continuer cet important service, mais ce n'étoit pas tout-, il falloit l'étendre jusque sur l'Espagne, si la folie de son premier minisire se roidissoit jusqu'au bout à ne vouloir point de paix, ou à prétendre de l'empereur des conditions qu'il ne voudroit jamais passer, ce qui étoitla même chose. Rien de si essentiel à l'Angleterre pour se saisir de tout commerce et pour se fonder solidement dans les Indes; et c'étoit de l'abbé Dubois uniquement que l'Angleterre dépendoit pour arriver à un si grand but, tel qu'elle n'auroit jamais osé l'espérer. Dubois n'oublia rien aussi pour en bien persuader Georges et ses ministres, qui en sentirent enfin la vérité. Dubois aussi les amena à son point, et ce point éloit double, del'argent et le chapeau. Le premier n'étoit pas difficile, on donne volontiers un écu pour avoir un million ; mais l'autre n'étoit pas en la puissance immédiate des ministres d'Angleterre; aussi les laissa-t-il longtemps dans la détresse de deviner par où le prendre, quoiqu'il se montrât en prise. Il vouloit échauffer la volonté par le besoin, afin de ne trouver plus de difficulté dès qu'il jugeroit qu'il pourroit s'expliquer. Le roi d'Angleterre étoit bien plus occupé de ses établissements d'Allemagne que des intérêts de la couronne à laquelle il étoit parvenu. Brème et Verden à attacher à ses États personnels par les lois et les formes de l'empire, étoit son objet principal. L'empereur, fort occupé de la paix du nord dont il vouloit êlre le dictateur , se sentoit des entraves qui l'empêchoient de donner cette investiture à Georges qui soupiroit après et qui faisoit tout pour l'empereur dans la négociation de sa paix avec l'Espagne, avec peu de retenue de montrer toute sa partialité. Moins l'empereur étoit prêt à satisfaire Georges sur un point si désiré, plus il le caressoit d'ailleurs dans le besoin qu'il en avoit contre l'Espagne, pour se maintenir dans toutes ses possessions d'Italie. Il avoit entièrement gagné les ministres hanovriens de Georges, par des bienfaits et par des espérances dont il pouvoit disposer à leur égard dans l'empire. Il s'étoit acquis aussi les ministres anglois qui sentoient le goût et l'intérêt de leur maître. Dans cette situation réciproque, le roi dWngleterre et ses ministres pouvoient compter d'obtenir de l'empereur tout ce qui ne lui coûloit rien, et l'empereur lui même dcsiroit ces occasions faciles de s'attacher l'Angleterre de plus en plus; il pouvoit tout à Rome, et on a vu dans l'extrait des lettres sur les affaires étrangères de cette année jusqu'à quel point Rome et le pape tremblotent devant lui, et jusqu'à quel point encore il savoit profiter et abuser de cette frayeur démesurée. Demander et obtenir étoit pour lui même chose; il avoit réduit le pape à craindre qu'il ne dédaignât et qu'il ne renvoyât même les chapeaux qu'il lui avoit accordés.

L'abbé Dubois, parfaitement au fait de l'intérieur de toutes ces cours, vouloit obliger Georges et ses ministres d'employer l'autorité de l'empereur à lui obtenir un chapeau. Dans la passion ardente de l'avoir, il Saint-Simon z. 18

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