AVENTURE DITE D'ISSY
lettre , des larmes , et de la fuite sur la chaise percée. Le duc de Mortemart y entra et le trouva dans la plus grande désolation. Il eut peine à tirer de lui ce qui l'aliligeoit de la sorte. Dès qu'il le sut, il représenta au roi qu'il étoit bien bon de pleurer pour cela, puisqu'il étoit le maître d'ordonner à M. le Duc d'envoyer de la part de Sa Majesté chercher Fleury, qui sûrement ne demanderoit pas mieux, et dans l'extrême embarras où il vit le roi là-dessus , il s'offrit d'en aller porter sur-lechamp l'ordre à M. le Duc. Le roi délivré sur l'exécution l'accepta, et le duc de Morteraart alla tout aussitôt chez M. le Duc qui se trouva fort étourdi, et qui après une courte dispute obéit à l'ordre du roi. Comme la chose étoit arrivée avant le soir sur la fin de l'après-dinée , elle fit grand bruit et force dupes , car on ne douta pas que Fleury ne fût perdu et chassé sans retour . qui n'eût été cardinal ni premier ministre de sa vie, si M. le Duc l'eût fait paqueter sur le chemin d'Issy et fait gagner pays toute la nuit. Le roi auroit bien pleuré , mais la chose seroit demeurée faite; M. de Mortemart n'auroit pas porté l'ordre à temps. Après cet éclat il falloit que l'un chassât l'autre. L'un étoit prince du sang, premier ministre et sur les lieux , tandis que l'autre , sans nul appui , couroit la poste , ou pour le moins les champs vers un exil. Qui que ce Boit n'eût osé faire tête à M. le Duc, ni peut-être voulu quand on l'auroit pu, et l'un demeuroit perdu et l'autre pour toujours le maître. Voici pourquoi je raconte ici cette anecdote, qui outrepasse le temps que ces Mémoires doivent embrasser. Walpole, averti de tout à temps, le fut de celte aventure; il ménageoit Fleury comme un homme qui pointoit, et que l'amitié de mie pouvoit conduire loin. Il alla sur-lechamp à Issy. et ^ar cette démarche se dévoua personnellement le cardinal à un point qui est inexprimable , et dont je ne puis douter comme on va le voir.
Fleury étoit incapable non-seulement d'accepter des présents et des pensions étrangères, mais hors de toute mesure qu'on osât lui en présenter. Ce ne fut donc pas cette voie qui le gagna , c'est peu dir°. , qui le livra à l'Angleterre, et encore sans penser à elle ni à l'intérèi de cette couronne , et c'est ce qu'il faut maintenant expliquer. Pour le bien faire il faut dire ici que je fus toujours en usage que lui et moi nous nous parlions de tout. Il trouva toujours très-bon que je lui demandasse à quoi il en étoit avec telle ou telle puissance; il m'y répondoit toujours franchement et avec détail. Très-ordinairement aussi il m'en parloit le premier, si bien même qu'allant chez lui pour lui parler de choses qui me regardoient, et craignant d'y être interrompu, faute de temps, par l'heure pour lui d'aller chez le roi , ou par quelque autre nécessité semblable, je lui fermois souvent la bouche sur les affaires, en lui disant que j'étois là pour les miennes . que je craignois de manquer de temps . et qu'après que je lui aurois expliqué ce qui m'amenoit, je serois ravi d'apprendre ensuite ce qu'il voudroit bien me dire: et en effet, quand j'avois achevé, il revenoit à me parler d'affaires d'Élat. quelquefois de cour, mais jamais qu'en récit, en raisonnements de sa part et de la mienne, sans rien qui approchât de la consultation. C«"la suffit ici; en pourra voir dans la suite ce qui m'avoit mis et é'ab'' aaus celte