‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 227 sur 298 · DISSERTATION ENTRE M. LE DUC ET MOI · texte numérisé non relu

DISSERTATION ENTRE M. LE DUC ET MOI

dîner , qu'il colora même de l'expédition de quelques affaires du conseil qui finissoit, et qu'il laissa exprès en arrière. On ne peut croire combien ce conseil indiqué au jeudi après dîner servit à couvrir le projet.

Rentré chez moi, je ne songeai qu'à compasser mon heure des Tuileries pour ne pas manquer M. le Duc une seconde fois. Je priai Louville de m'y conduire pour dépayser mes gens qui ne m'avoieut jamais vu aller aux promenades publiques. Louville traversa le jardin, et je troCvai M. le Duc au second tour de l'allée du rendez-vous. Je lui fis d'abord mes excuses de la veille , et lui dis ce qui me l'avoit fait manquer. Après je lui demandai à quoi il en étoit avec Son Altesse Royale. Il me dit qu'il avoit peine à se résoudre. Je lui répondis que je ne m'en étonnois pas , que l'article de M. son frère étoit une grande enclouure , et que c'étoit à lui à l'ôter. Il se récria comme il avoit accoutumé de faire là-dessus, me fit le récit, tel qu'il lui plut, de sa sortie de France, et en conclut ce qu'il voulut. Je repris son narré , et lui fis remarquer que ce qu'il me faisoit l'honneur de me dire étoit vrai sans doute, puisqu'il me le donnoit pour tel ; mais qu'il falloit pourtant qu'il m'avouât que c'étoit une de ces vérités qui ne sont pas vraisemblables , qu'un prince de cet âge fît une première sortie , et pour pays étranger si éloigné , sans en rien dire à Mme sa mère ni à lui , et que , faisant cette équipée , il trouvât d'anciens domestiques de la maison pour le suivre sans en avertir, un gentilhomme entre autres , dont il me faisoit l'éloge ; que , de plus , cette sortie étoit arrivée lors du plus opiniâtre déni de justice et de jugement de leur procès avec les bâtards ; que je le suppliois de bien remarquer combien cette circonstance étoit aggravante.

Je vis sourire M. le Duc , autant que l'obscurité me le put permettre , et non-seulement il se démêla mal de la réponse , mais je sentis qu'il ne'' cherchoit pas trop à bien sortir de l'embarras de mon argument. Il sauta à me dire que le tout dépendoit de M. le duc d'Orléans; qu'un établissement trancheroit tout , et s'échaufTant de raisonnement là-dessus, il passa jusqu'à me répondre du retour de son frère, pourvu qu'il fût seulement bien assuré d'un grand gouvernement : il me l'avoit déjà dit à l'hôtel de Condé. J'insistai sur sa caution , et quand je l'eus bien prise, je souris à mon tour, et lui prouvai par son dire qu'il sentoit donc bien qu'il étoit maître du retour de son frère , de quelque manière qu'il se fût éloigné de lui. Cette conséquence Terabarrassa davantage; il allégua des distinctions comme il put , mais toujours buté à un établissement sûr, et donnant pour expédient le dépouillement de M. du Maine.

Là-dessus longs propos, la plupart tenus de part et d'autre dès l'hôtel de Condé. J'insistai principalement sur deux points, le danger des mouvements dans l'état et la considération du comte de Toulouse ; mais rie? n'y fit. Je trouvai un homme fermé à ne pas manquer une occasion, peut-être nnique , d'aller à son but et à ne se plus fier aux paroles du régent. Il me le répéta vingt fois, convenant que ce qui regardoit le duc du Maine eût été mieux à remettre, mais protestant qu'il ne seroit plus assez sot pour s'y exposer. Il ajouta que de cette affaire M. le duc d'Orléans sauroit à quoi s'en tenir arec lui ; qu'il étoit vrai que Son Altesse

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