‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 26 sur 298 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mort de la duchesse de Vendôme. — Adresses et nisps pour l'obscure garde de son corps, sur niLiiic exemple de Mlle de Condé ; ce qui n'a pas été lente depuis. — Le grand prieur sert à la cène le jeudi saint pour la dernière fois, et s'absente, le lendemain, de l'adoration de la croix. — Cardinal de Poliiinac prétend présenter au roi l'évangile à baiser, de préférence au premiei' aumônier; est condamné. — Le roi visite Mme la Princesse et Mnies ses deux fdies sur la mort de Mme de Vendôme. — Douglas obscur, misérable, fugitil'. — Mme la duchesse de Berry parle fort mal à propos au niarécbal de Villars ; se hasarde de faire sortir Mme de Clermont de l'Opéra, etc.; se raccommode bientôt après avec elle et avec Mme de B(!auvau. — Abbé de Saint-Pierre public un livre qui fait grand bruit, et qui le fait exclure de PAcadémie frain;oise dont il étoit. — Incendie au Petit-Pont à Paris. — Mort et caractère de Mme de Castries. — Mme d'Épinai dame d'atours de Mme la duchesse d'Orléans, en sa place. — Mort de la reine d'Angleterre à Saint-Germain. — Mort, extraction et laniille du duc de Giovenazzo. — Bureau de cinq commissaires du conseil de régence pour examiner les moyens de se passer de bulles. — La peur en prend à Rome qui les accorde toutes, et sans conduion, aussitôt. — Mort du comte d'Albeniarle. — Sa fortune fatale à celle de Porlland. — Mor» cavaclére, faveur de M. Le

l;1718] MORT DE LA DUCHESSE DE VENDÔME. 3^

Grand. — Mort de Mme de Chalraazel et de la duchesse de Montfort. — Mariage du duc d'Albret avec une fille de Barbezieux , el du fils du prince de Guéiiiéné avec une fille du prince de Rohan. — Origine de» fiançailles dans le cabinet du roi de ceux qui ont rang de prince étranger. — Mariage du comie d'Ajienois et de Mlle de Florensac. — Prince el princesse de Carignan à Paris, où ils se fixent incognito. — Triste éclat de i'évêque de Beauvais.. — Yolet, ayant quitté le service depuis treize ou quatorze ans, étant mestre de camp, fait maréchal de camp. — Bruit des meslres de camp de cavalerie sur le style des lettres que le comte ri'Évreux leur écrivoit, qui finit par un mezzo-termine. — Augmentation de pension à laducliesse de Port moutli. — Grandes grâces pécuniaires à M. le prinee de Couti. — Origine de ce débordement de finances du roi aux princes et princesses du sang. — D'Antin obtient pour ses deux petits-fils les survivances de ses gouvernements, et Silly une place dans le consed du dedans du royaume. — Grande sédition à Bruxelles. — Affaires étrangères.

Mme (le Vendôme mourut à Paris le 11 avril de cette année, sans testament ni sacrements , de s'être blasée surtoui de liqueurs fortes dont elle avoit son cabinet rempli. Elle étoit dans sa quarante-unième année. Tout ce qu'on en peut dire, c'-^st que ce fut une princesse du sang de moins. Elle étoit fort riche, parce que M. de Vendôme lui avoit donné tous ses biens par son contrat de mariage. On a vu ici , en son lieu, de quelle manière il se fit, lui par orgueil, elle pour s'affranchir, M. du Maine pour relever d'autant la bâtardise. En deux ans de mariage on peut compter au plus par jours ce qu'ils ont été ensemble, et comme il n'y eut point d'enfants et que le grand prieur, son beau-frère, ne pouvoir hériter de rien , toute cette grande succession tomba à Mme la Princesse, dont elle étoit la dernière fille, et à ses autres enfants.

Cette mort donna lieu à une continuation adroite et hardie des princes du sang de faire garder son corps. Jamais autre« que reines , dauphines et filles de France n'avoient été gardées jusqu'à Mademoiselle, fille de Gaston , frère de Louis XIII , et de sa première femme , héritière de Montpensier, comme petite-fille de France, morte en 1693, et celle en faveur de qui ce nouveau rang d"^ petil-fils de France fut formé comme on l'a vu, t. IV, p. 369, lequel tient plus du fils de France que du prince du sang. Mlle de Condé étant morte le 23 novembre 1700, M. le Prince . bien plus attentif à usurper qu'aucun autre prince du sang, même que ie grand prince de Condé, son père, fit doucement en sorte que quelques dames de médiocre étage gardassent le corps de Mlle sa fille, et à leur exemple quelque peu d'autres d'un peu de meilleur nom, mais hors de tout et de savoir ce qu'on leur faisoit faire. Celte nouveauté, bien que si délicatement conduite, ne laissa pas de faire du bruit, quoique M. le Prince n'eût fait inviter les dames que de sa part, n'ayant osé le hasarder de celle du roi, et ce bruit, qui ouvrit les yeux , causa le refus des dernières invitées. Cela fit enrayer tout court. M. le Prince se hâta de faire enterrer Mlle de Condé, pour couper court à l'occasion «le la garder. Il profita de l'absence de Blainville, grand maître des cérémonies, qui étoit sur la frontière des Pays-Bas, oii tout se regardoit déjà, su:- l'extrémité du roi d'Espagne qui mourut le 1" novembre suivant. Desgranges, un des premiers commis de Pontchar-

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