‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 27 sur 298 · RUSES POUR LA GARDE DE SON CORPS · texte numérisé non relu

RUSES POUR LA GARDE DE SON CORPS

train, étoit maître des cérémonies, et peu bastant pour faire à M. le Prince la plus légère résistance , qui fit glisser dans son registre ce qu'il voulut.

Sur ce fondement, les princes du sang voulurent continuer l'entreprise ; m.iis ils craignirent Mme la Princesse qui . toute glorieuse qu'elle fût, n'étoit pas si hardie qu'eux, ni si confiante en leurs forces et en la sottise du public; elle savoit comme eux et mieux qu'eux, pour en avoir été témoin, que l'exemple de Mlle de Condé avoit été une tentative hardie, adroite, ténébreuse et peu heureuse; ils se doutèrent qu'elle ne voudroit pas se commettre à une seconde. Ils s'avisèrent de la faire tonneler par Dreux, duquelj'aieu occasion de parler assez pour n'avoir rien à ajouter, et qui n'étoit pas homme à manquer de faire sa cour à qui il craignoit, et à ne pas courir au-devant de tout ce qui leur pouvoit plaire. Ils comprirent que la timidité de Mme la Princesse céderoit à l'autorité d'un grand maître des cérémonies, sur le témoignage duquel elle auroit toujours, en tout cas, de quoi s'excuser ou à le faire valoir. L'expédient réussit comme ils l'avoient espéré. Néanmoins ils prirent bien garde au choix de dames qui ne pussent connoître ce qu'on leur proposoit, ni qui sussent se sentir, bien plus encore de s'adresser à pas une femme titrée ou même simple maréchale de France, ou encore d'un cerlain air dans le monde, ni qui sussent ce qu'elles éloient parleur qualité. Contents d'une récidive aussi adroite et aussi délicate, qui confirmoit la première entreprise, au premier petit bruit qu'ils en entendirent, et qui ne tarda pas, ils imitèrent la prudence de M. le Prince, et en firent cesser l'occasion tout court en se hâtant de faire enterrer le corps de Mme de Vendôme.

Il fut porté, le 16 avril, aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques; conduit par Mlle de Clerraont, accompagnée des duchesses de Louvigny et d'Olonne, priées par Mme la Princesse et par M. le Duc, et point du tout de la part du roi. La cérémonie se passa comme celle de Mlle de Condé , où éloient ma mère et la duchesse de Châtillon , priées par M. le Prince, comme on l'a vu t. II , p. 111 , et Dreux mit sur ses registres ce qu'il plut aux princes du sang, très-peu scrupuleux d'ailleurs sur ce qu'il y écrivoit ou omettoit. Il est mort depuis bien des princesses du sang, sans qu'il ait plus été parlé de la garde de pas une. Les intéressés ont jugé apparemment qu'il n'étoit pas à propos de la tenter davantage.

Continuons le récit des entreprises. Le jeudi saint de cette année le grand prieur servit hardiment à la cène comme les princes du sang. Cette récidive de l'inouïe nouveauté de l'année passée , contre la parole expresse du régent, fut l'effet de la même politique qui l'avoit permise la première fois. Elle piquoit, elle excitoit ce qu'il y avoit de plus grand les uns contre les autres , qui étoit son manège favori. Cette année fut pourtant la dernière que cette entreprise eut lieu, quelque respect, comme on l'a expliqué ailleurs, que le régent eût pour le grand prieur, qui ne se présenta pas même le lendemain matin chez le roi , à l'office pourl'adorition de la croix. A la grand'messe de ce même jeudi saint, le cardinal de Polignac , qui eût mieux fait d'être en son archevêché

Page 1