‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 30 sur 298 · MORT DE LA REINE D' ANGLETERRE · texte numérisé non relu

MORT DE LA REINE D' ANGLETERRE

ne s'en est jamais consolé. C'étoit une petite poupée manquèe, foncièrement savante en tout, sans qu'il y parût jamais, mais pétillante d'esprit, souvent aussi de malice, avec toutes les façons, les grâces, et ce tour et cette sorte d'esprit et d'expressions charmantes et uniques, si vantées et si singulièrement propres aux Morlemart. Deux jours après, Mme d'Épinai fut choisie pour lui succéder. Un laquais de Mme de Castries, l'apprenant dans la cour du Palais-Royal : «Ah! ma pauvre maîtresse, s'écria-l-il, dans quel étoimement seroit-elle si elle savoit qui lui succède ! » Mme la duchesse d'Orléans la voulut absolument parce qu'elle étoit fille de M. d'O. On a souvent parlé ailleurs de toute cette cordelle de bâtardise, Mme la duchesse d'Orléans voulut persuader le monde que ce choix étoit de M. le duc d'Orléans, qui le nia et lui renvoya la balle , et fut le premier à se moquer du choix. La pauvre femme y fit pourtant fort bien et s'y fit aimer de tout le monde.

La reine d'Angleterre mourut le 7 mai à Saint-Germain , après dix ou douze jours de maladie. Sa vie, depuis qu'elle fut en France, à la fin de 1688, n'a été qu'une suite de malheurs qu'elle a héroïquement portés jusqu'à la fin, dans l'oblation à Dieu, le détachement, la pénitence, la prière et les bonnes œuvres continuelles, et toutes les vertus qui consomment les saints. Parmi la plus grande sensibilité naturelle , beaucoup d'esprit et de hauteur naturelle, qu'elle sut captiver étroitement et humilier constamment, avec le plus grand air du monde, le plus majestueux , le plus imposant, avec cela doux et modeste. Sa mort fut aussi sainte qu'avoil été sa vie. Sur les six cent mille livres que le roi lui donnoit par an , elle s'épargnoit tout pour faire subsister les pauvres Anglois , dont Saint-Germain étoit rempli. Son corps fut porté le surlendemain aux Filles de Sainte-Marie de Chaillot, où il est demeuré en dépôt, et où elle se retiroit souvent. La cour ne prit aucun soin ni part en ses obsèques. Le duc de Noailles alla à Saint-Germain comme gouverneur du lieu et comme capitaine des gardes, pour ordonner seulement que tout y fût décent. Le deuil ne fut que de trois semaines.

Cellamare , ambassadeur d'Espagne à Paris, perdit en même temps son père à Madrid, qui s'appeloitle duc de Giovenazzo, duquel le grandpère étoit médecin à Gênes, où il s'enrichit par le commerce. Son fils se transplanta à Naples, y fit de grandes acquisitions, continua le commerce, mais faisant l'homme de qualité, et augmenta beaucoup ses richesses. Ses deux fils se trouvèrent avoir beaucoup d'esprit, surtout l'aîné, qui s'intrigua si bien à la cour d'Espagne, qu'il s'y poussa à tous les emplois, et que Charles II le fit grand de troisième classe, et pour trois races, c'est-à-dire son fils et son petit-fils. Sa capacité trèsreconnue le fit mettre dans le conseil d'État , qui étoit lors le dernier comble de fortune. Philippe V le trouva ainsi revêtu, et eut pour lui beaucoup de considération, etil est vrai qu'il étoit fort comptée Madrid. Il mourut extrêmement vieux, et s'étoit toujours très-bien conduit. Son frère ne s'étoit pas moins poussé à Rome. Son argent l'éleva de charge en charge, et enfin à la pourpre romaine. C'est le cardinal del Giudice, dont il est parlé ici en tant d'endroits. Il vécut aussi fort vieux , mais pas assez pour voir son neveu cardinal , qui prit aussi le nom de cardi*

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