CONSTERNATION DE ROME
finances. On ne doutoit donc pas des conseils qu'ils donneroient au pape et qu'il ne les suivît; et que, voyant les Impériaux à ses portes, maîtres d'entrer dans l'État ecclésiastique toutes les fois qu'ils le voudroient, et nulles forces d'Espagne encore en Italie , jugeant que la France , dans la crainte de s'engager dans une guerre étrangère , refuseroit de se joindre à l'Espagne, tant de raisons pressantes ne l'entraînassent à céder à son penchant naturel de timidité et de foiblesse, indépendamment même de l'intérêt de ses neveux. On ne laissoit pas de lui rendre justice sur le prétexte odieux et supposé que les Allemands prenaient de lui faire querelle. Il n'y avoit personne qui pût croire que Sa Sainteté eût connoissance de l'entreprise sur la Sardaigne , ni que ce secret eût été conservé si la confidence lui en eût été faite.
Comme le pape n'osoit se plaindre à Vienne de la conduite des Allemands, il porta se? plaintes à Madrid; et, comme il croyoit cette cour plus foible que l'autre, il y joignit les menaces, et fit entendre qu'il seroit obligé de recourir aux remèdes extrêmes pour effacer de l'esprit des hommes les soupçons indignes et les calomnies répandues contre le vicaire de Jésus-Christ. lien représenta les effets pernicieux, l'interdiction du nonce à Vienne , celui de Naples chassé , et l'autorité apostolique totalement abolie dans ce royaume ; enfin , les autres menaces encore plus fâcheuses, si par des faits il ne démentoit promptement l'imposture. De là, il passoit aux supplications, et demandoit instamment à la piété du roi d'Espagne de restituer la Sardaigne à l'empereur, comme le seul moyen de persuader ce prince qu'il n'avoit jamais concouru à cette invasion. Il demandoit pressamment la réponse au bref du 26 août, se plaignoit amèrement qu'au lieu de cette réponse, attendue depuis si longtemps, on ne songeoit en Espagne qu'à se préparer à la guerre. Aldovrandi reçut en même temps beaucoup de reproclies de sa conduite. Le pape l'accusoit d'être la cause indirecte de tous ces malheurs, fruits des calomnies répandues contre Sa Sainteté, pour n'avoir pas présenté au roi d'Espagne son bref du 25 août. Il étoit également tancé d'avoir délivré les brefs pour la levée des subsides ecclésiastiques, et de ce qu'ils avoienteu leur exécution. Pour y remédier, le pape voulut que son nonce pressât le roi d'Espagne de répondre à ce bref du 25 août, parce que son silence le privoit d'un moyen très-nécessaire et très-puissant pour confondre ses calomniateurs. Il lui ordonna de plus très-expressément de retirer les brefs contenant les concessions qu'il javoit faites au roi d'Espagne , et disoit qu'il ne comprenoit pas la difficulté à les rendre, puisqu'ils ne pouvoi^nt avoir d'exécution, et n'en devenoient pas plus efficaces pour demeurer entre les mains des ministres de Sa Majesté Catholique. li déclara en même temps que , si le roi ; d'Espagne prétendoit en faire quelque usage, il ne pourroit s'empêcher de les révoquer expressément pour satisfaire à sa conscience. Il reprocha vivement à Aldovrandi d'avoir négligé de l'informer de l'usage que le P. Daubenton avoit fait du pouvoir qu'il lui avoit conféré, d'absoudre le roi d'Espagne de ce qu'il avoit fait contre l'autorité du saint-siége pendant les différends entre les deux cours; et se plaignit de plus d'être si mal instruit par sou uouce , qu'il étoit obligé de recourir aux lettres particuliè-