LE PAPE TOMBE SUR ALDOVRANDI
res , même aux gazettes , pour apprendre ce quisepassoit en Espagne; en un mot, il vouloit, à quelque prix que ce lût, trouver des sujets de se plaindre, soit de son nonce, soit de l'Espagne. Il croyoit que c'étoit la seule voie d'apaiser les Allemands et de les désabuser de l'opinion qu'ils avoient prise; mais les simples paroles ne suffisoient pas, et le pape n'avoit point d'autre ressource. Plus le péril lui paroissoit grand, plus il cherchoit les moyens de s'en tirer. J'ajouterai qu'ils éloient d'autant plus difliciles que la colère étoit factice, politique, utile aux Impériaux de paroîLre persuadés de ce dont ils ne l'éloient point, pour avoir prétexte de tirer du pape tout ce qu'ils pourroient en places et en subsistances de troupes, et pour l'appesantir sur l'Espagne, au point de causer à cette couronne tous les embarras possibles au dedans et au dehors. Revenons.
Le pape tint devant lui une congrégation formée à dessein de délibérer sur les partis à prendre. On y examina : 1° si le pape devoit recevoir Gillas à son audience. Toutes les voix furent pour l'y admettre toutes les fois qu'il la demanderoit. Mais loin qu'il en fît instance, pressé quelques jours auparavant de voir le pape par le cardinal Albane , cet ambassadeur déclara avec hauteur qu'il n'iroit plus au palais. 2*" On agita si le pape devoit excommunier les ministres impériaux qui avoient mis les mains sur les revenus ecclésiastiques séquestrés par ordre de l'empereur dans le royaume de Naples, et [il fut] unanimement résolu de temporiser : maxime favorite de tout ce pontificat, surtout quand il s'agissoit des Allemands. 3° On délibéra sur les démarches qu'il conve noit de faire pour apaiser l'empereur. Il fut conclu qu'il falloit envoyer à Vienne un cardinal, avec des facultés très-amples d'accorder à ce prince toutes les grâces qu'il demanderoit, et que le chef de l'Église avoit le pouvoir de lui accorder. Quant à celles qui ne dépendoient pas de Sa Sainteté, le soin du légat devoit ê:re de faire connoître à l'empereur que, si elle ne les accordoit pas, c'étoit uniquement parce qu'elles étoient hors de son pouvoir. Il fut après question du choix. Le cardinal Piazza fut proposé; mais l'opinion publique fut qu'il ne l'accepterott pas. Le pape désiroit son neveu, le cardinal Albane, mais il ne vouloit pas le témoigner; il vouloit paroître forcé à le nommer sur le refus d'un autre. On délibéra ensuite sur la conduite à tenir avec le roi d'Espagne. Il fut résolu que le pape lui écriroit un bref plus doux que celui du 25 août, que ce prince avoit refusé de recevoir, et qu'il seroil ordonné au nonce Aldovrandi de prendre si bien ses mesures que ce bref parvînt entre les mains de Sa Majesté Catholique.
Albéroni, bien averti de toutes ces délibérations, étoit maître d'em pêcher Aldovrandi de présenter aucun brif sans en avoir auparavant ooramuniqué la copie, ainsi qu'on en usoit en France et à Vienne. Le ministre d'Espagne pouvoit rejeter le bref ou bien y faire une réponse peu satisfaisante pour Sa Sainteté; mais ce dernier parti n'auroit pas été le plus désagréable pour le pape, parce que, recevant une réponse dure, il en a.iroil fait usage pour se justifier auprès de l'empereur de la partialité qu'il lui reprochoit; et véritablement les Allemands n'étoient pas les seuls qui , raisonnant sur le véritable intérêt du saint-siége et