‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 49 sur 298 · FOIBLES MANEGES DU PAPE · texte numérisé non relu

FOIBLES MANEGES DU PAPE

de l'État ecclésiastique , croyoïent que le pape regarderoit intérieurement comme son salut d'être aidé par l'Espagne; qu'il avoit voulu seulement que le public trompé pût croire que les secours qu'il recevroit lui seroient donnés contre sa volonté . et que la source de ce ménagement étoit la crainte que. les Espagnols ne réussissant pas, toute la fureur allemande ne retombât sur lui. Ils demandoient pressamment qu'Aldovrandi fût châtié . le regardant comme le promoteur et le confident de l'intelligence secrète qu'ils supposoient entre le pape et le roi d'Espagne. Sa Sainteté, toujours occupée de ménager les deux partis autant que la crainte du plus fort le lui pouvoit permettre, vouloit par cette raison complaire aux Impériaux par quelque morliflcation légère à son nonce , sans toutefois le rappeler par considération pour la cour d'Espagne , comme le vouloit celle de Vienne. Le pape crut avoir trouvé ce tempérament en changeant la disposition qu'il avoit faite du neveu d'Aldovrandi tout nouvellement arrivé de Madrid à Rome , d'y retourner sur-le-champ porter à Albéroni la barrette. Il ordonna donc à ce neveu de partir dans l'instant non pour Madrid, mais pour Bologne sa patrie, et d'y demeurer malgré toutes les instances du cardinal Acquaviva. Ce neveu fut même accusé d'avoir reçu du roi d'Espagne une pension sur l'évêché de Malaga. Pendant que le cardinal Paulucci étoit chargé de porter ces refus à Acquaviva, le pape, par des voies souterraines, faisoit passer à ce dernier ses gémissements et ses larmes sur l'état et la conduite d'Aldovrandi; et par ce double manège autorisoit les discours de ceux qui ne se contraignoient pas de publier que tout n'étoit que fiction dans Sa Sainteté, excepté la frayeur des Impériaux, et le désir extrême de les apaiser. De là on prévoyoit qu'il ne s'accommoderoit ni avec la France ni avec le roi de Sicile . parce que cela déplairoit à la cour de Vienne, et l'obligeroit à changer de langage. Le pape en effet éludoit de répondre sur les affaires de Sicile. Pressé par le cardinal de La Trémoille de déclarer ses intentions , il prit pour prétexte de se taire qu'il n'avoit point encore de réponse du roi de Sicile: qu'il désiroit savoir si La Trémoille pourroit engager ce prince à s'expliquer; et qu'il verroit ensuite s'il feroit quelque proposition qui se pût accepter.

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