‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 65 sur 298 · POUR DISSUADER L'ESPAGNE DE ROMPRE · texte numérisé non relu

POUR DISSUADER L'ESPAGNE DE ROMPRE

pagne que ce fût son sentiment. Il biaisoit pour ne pas déplaire, et sa ressource étoit de représenter dans toute sa force, même d'ajouter à ce que Stanhope pouvoit lui dire , pour faire comprendre que le roi d'Espagne prendroit un mauvais parti s'il rompoit avec le roi d'Angleterre et s'il refusoit de souscrire au traité. Stanhope assura que l'empereur ne l'accepteroit pas ; il dit même qu'il pourroit arriver que ses ministres s'expliqueroient en termes durs et désagréables; que le refus de la cour de Vienne précéderoit peut-être la réponse du roi d'Espagne. Monteléon ne perdit pas cette occasion de représenter à Albéroni que , si le roi d'Espagne suspendoit au moins sa réponse jusqu'à ce qu'on sût en Angleterre le refus de l'empereur , il pourroit profiter de la dureté de la cour de Vienne pour engager la France et l'Angleterre à se joindre à l'Espagne et prendre de concert les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité de l'Europe.

L'abbé Dubois comptoit d'avoir fait beaucoup, et, comme disoit Monteléon , d'avoir surmonté les mers et les montagnes en réduisant l'Angleterre à consentir à la disposition des successions de Parme et de Toscane en faveur des descendants de la reine d'Espagne. En effet, cette disposition étoit la seule du projet dont l'empereur pût être blessé. L'idée d'ériger la Toscane en république, si désirée des Florentins, n'auroit pas été contredite à la cour de Vienne , mais le projet dont l'empereur étoit le plus flatté étoit celui d'assurer la Toscane au duc de Lorraine pour l'indemniser du Montferrat donné par les alliés au duc de Savoie pendant la dernière guerre , dont l'empereur avoit promis un dédommagement au duc de Lorraine , reconnoissant comme valables les droits de ce prince sur cet État. Ainsi Monteléon laissoit entrevoir au cardinal ce que le roi d'Espagne pouvoit espérer de l'alliance qu'on lui proposoit et ce qu'il avoit à craindre du refus de l'accepter. Il ajouta même à ces représentations indirectes qu'il avoit découvert par les discours de l'abbé Dubois que les ombrages du régent sur les renonciations n'étoient pas dissipés. Il conclut de cette découverte que le cardinal auroit le champ libre pour satisfaire Son Altesse Royale sur cet article et pour l'engager à s'intéresser encore plus en faveur du roi d'Espagne. Monteléon , persuadé qu'il étoit de l'intérêt de son maître de demeurer uni avec l'Angleterre , n'eut garde d'appuyer les bruits des mouvements où bien des gens s'attendoient dans ce royaume , répandu par les jacobites , d'une entreprise concertée pour le Prétendant avant la fin de mai. Ceux même qui étoient le plus dans le sein de la cour, aussi bien quo les ennemis du gouvernement, appuyoient l'opinion d'un projet concerté contre l'Angleterre entre le czar et le roi de Suède. Enfin , il n'y avoit sorte de propos positifs qu'on ne tînt sur une révolution prochaine. Comme Stanhope reprit alors sa charge de secrétaire d'État et remit les finances, on dit avec raison que son objet étoit de suivre Georges en Allemagne , où l'un et l'autre aimoient mieux être pendant la révolution , et de demeurer auprès de lui dans un temps où il auroit autant de besoin d'avoir des ministres fidèles. Sunderland, qui lui céda sa charge de secrétaire d'État , fut fait président du conseil et premier commissaire de la irésorerie. L'autre charge de secrétaire d'État fut ôtée à Addison iMT-Smoïc X 7

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et donnée à Craggs. Ainsi les ministres changèrent dans un temps où la fidélité devenoit douteuse , dans une conjoncture où l'intérêt du commerce soulevoit l'esprit général de la nation contre la rupture avec l'Espagne.

Albéroni , pour augmenter l'alarme , ordonna au chevalier Êon , directeur de VAsiento , de faire à la compagnie du Sud la même déclaration que Monteléon avoit faite aux ministres de Georges , et d'informer en même temps cette compagnie de deux avantages nouveaux que le roi d'Espagne vouloit bien lui accorder pour le commerce. Mais les promesses non plus que les menaces ne furent pas capables d'apporter le moindre changement à la résolution prise sur l'escadre ; le nombre des vaisseaux en fut même augmenté et la diligence à l'armer. Toutefois Monteléon , malgré les ordres qu'il recevoit , espéroit du voyage de Nancré , persuadé que la France vouloit la paix et que c'étoit en vain qu' Albéroni l'assuroit , même de sa main , que la négociation de Nancré seroit infructueuse. Monteléon ne pouvoit croire que l'Espagne fît la guerre quand elle seroit seule et que la France s'opposeroit à ses desseins. Il concluoit donc que lorsqu' Albéroni et Nancré se parleroient et qu'ils s'ouvriroient l'un à l'autre avec franchise , ils se concilieroient , et que la paix en seroit le fruit.

Cellamare , parfaitement persuadé de tout le contraire , avouoit que la difficulté venoit moins de la chose que de la disposition de la cour d'Espagne qui vouloit absolument la guerre pour ne pas laisser l'Italie dans les fers des Allemands , et multiplioit ses plaintes de ce que la France , bultée à vouloir demeurer en paix, manquoit une conjoncture si favorable d'abaisser la maison d'Autriche, et s'épuisoit en éloquence làdessus. Stairs disoit à Paris que l'escadre passeroit dans la Méditerranée parce que l'Angleterre, étant garante des traités d'Utrecht et de la neutralité de l'Italie, ne pouvoit se dispenser d'agir quand ils étoient enfreints par le roi d'Espagne. Cellamare trouvoit que ce raisonnement étoit absolument contredit par la question alors agitée dans le parlement d'Angleterre , savoir si la garantie de la neutralité d'Italie de la part des Anglois subsistoit, ou si elle étoit absolument cessée; même si la nation devoit avoir égard au traité d'alliance que le roi d'Angleterre avoit signé en dernier Heu avec l'empereur. Les discours et la conduite de Cellamare entièrement conformes à l'esprit et au goût d' Albéroni à qui il cherchoit à plaire, lui en attiroient des louanges. Cet ambassadeur se mit à décrier toutes les conditions du traité qui selon lui n'otîroient à l'Espagne que des avantages limités, douteux, éloignés, exposés à des inconvénients sans nombre, pleins de périls et fort chimériques. Non content de s'expliquer publiquement de la sorte à Paris , U écrivit en même sens à Monteléon , et lui conseilla de confier à Corsini ou à quelque autre ministre étranger à Londres, avec un air de mystère, que le roi d'Espagne étoit bien résolu de rejeter constamment le projet du traité. La résolmion de l'empereur étoit plus douteuse ; Schaub , secrétaire du comte Stanhope , y avoit été dépêché pour demander et en rapporter une réponse précise. Les ministres d'Angleterre laissoient entendre qu'elle seroit négative et que jamais l'empereur me consentiroit à la pro*

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