‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 73 sur 298 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Menaces d'Albéroni sur le refus de ses bulles de Séville. — Il s'emporte contre le cardinal Albane. — Manéfjes d'Aldovrandi pour lo servir cl soiniènic. — L empereur s'oppose aux bulles de Séville ; accuse Albi-ioni de traiter avec les Turcs. — Acquaviva embarrasse le pape par une forte demande et iri's-plausible. — Prétendues preuves de raccusatioa contre Albéroni. — Secret et scélérat motif d'Albéroni pour la puerre. — Coaduite de Cellamare en conséquence. — L'empereur consent à tous les points du traité de Londres. — Cellamare déclare que l'Espagne n'acceptera point !e traité. — Le régent dépCohe à Londres. — Manèges, inquiétudes, TougAcs, menaces d'Albéroni. — Ses déclamations. — Son emportement contre la traité de la paix d'Ulreclit. — Fureur d'Albéroni sur les propositions d Nancré, surtout contre la cession de la Sicile à l'empereur. — Il proteste que lo roi d'Espagne n'acceptera jamais le traité , quoi qu'il en puisse arriver. . — Ses vanteries: ses imprécations. — Ne laisse pas de traiter Nancré avec beaucoup de distinction et d'apparente confiance. — Fureur, menaces et manèges d'Albéroni sur le refus de ses bulles de Séville. — AJberoni dépité sur l'acbal de vaisseaux en Hollande , oii Beretti se trompe de plui en plus, déclare qu'il n'en a plus que faire ; menace. — Manèges sur 1 escadre angloise. — Sage conduite de Monteléon. — Négociation secrète du roi de Sicile à Vienne. — Propos de l'abbé Dubois à Monteléon. — Doubles manèges des Anglois sur la paix, avec l'Espagne et avee l'emperear. — Sentiment de Monteléon. — Dangereux manège du roi de Sicile. — Le roi

itO MENACES d'ALBÉRONI. [1718]/

d'Angleleire s'oppose ouvertement à son désir d'obtenir une archiduchesse pour le prince de Piémonl.

Pendant qu'Albéroni se disposoit à faire la guerre aux puissances temporelles de l'Europe , il ne ménageoit pas beaucoup la spirituelle du pape, et déclaroit hautement que Leurs Majestés Catholiques avoient autant de ressentiment qu'ils avoient de mépris de la conduite misérable que la cour de Rome avoit à leur égard dans la vue de ménager les Allemands. Albéroni , sous prétexte d'excuser le pape , disoit que le peu d'attention de Sa Sainteté pour Leurs Majestés Catholiques , et la complaisance qu'elle avoit pour leurs ennemis , procédoient des impertinences du cardinal Albane; qu'il apprenoit même par les lettres devienne, que c'étoit par les conseils de ce cardinal que le comte de Gallas avoit en dernier lieu bravé Sa Sainteté. Il ajouta que ie roi d'Espagne avoit dessein d'envoyer enfin à Rome quelque esprit turbulent, quelque homme de caractère à parler fortement , soit qu'il fallût dire au cardinal Albane quatre mots à l'oreille , soit qu'il convînt de découvrir au pape le manège que son neveu , conduit par un intérêt vil et sordide , pratiquoit avec les Allemands, manège indigne qui déconcertoit absolument les serviteurs de Sa Sainteté par les fausses démarches qu'on lui faisoit faire , en sorte qu'Albéroni , se mettant à la tête de ceux qui soutenoient avec plus de zèle les intérêts du saint-siège , se plaignoit de se voir hors d'état de rien faire d'utile auprès du roi d'Espagne. Le nonce Aldovrandi, toujours attentif à ménager le premier ministre, dont la protection lui paroissoit absolument nécessaire pour l'avancement de sa fortune, ne cessoit d'exalter ses bonnes intentions, et de conseiller au pape de profiter d'une conjoncture où les dispositions du roi d'Espagne pour l'Église étoient excellentes aussi bien que celles d'Albéroni. Le nonce représenta qu'on irritoit l'un et l'autre en refusant si longtemps les bulles de Séville; qu'il étoit cependant essentiel pour la religion d'entretenir le roi d'Espagne dans les sentiments qu'U avoit eus jusqu'alors , et de ne le pas irriter quand il y avoit lieu de craindre des divisions déplorables en Espagne; que plusieurs évêques de ce royaume étoient attachés à la doctrine de saint Thomas ; que plusieurs de l'université d'Alcala suivcient la même doctrine ; qu'ils commençoient à trouver dans la constitution plusieurs articles contraires aux leçons de cette école ; que déjà quelques évêques s'excusoient de parler et d'écrire au sujet de la constitution , sous prétexte de leur crainte de se commettre avec le tribunal du saint-office , à qui seul la publication des décrets apostoliques étoit réservée. Ce nonce, loin d'imiter celui de France, concluoit que , si Rome vouloit conserver l'Espagne , il falloit ménager non-seulement le roi d'Espagne et son ministre, mais de plus qu'il étoit nécessaire de s'accommoder à la manière de penser des évêques. Ceux dont les intentions étoient les meilleures souhaitoient d'être invités pour avoir lieu de parler , ou de la part du pape , ou du moins de celle de son nonce. Il croyoit qu'il ne pouvoit leur refuser cette satisfaction , et que , de plus, il seroit nécessaire de leur insinuer d'éviter de poser l'infaillibilité du pape pour principe de leurs arguments. Mais parmi ces sou*

L1718] l'empereur s'oppose aux bulles Ul

plesses pour obtenir ces bulles si désirées, l'empereur vint à la traverse et s'y opposa ouvertement. Il fit dire au pape , par Gallas son ambassadeur, qu'on avoit découvert à Vienne, par des lettres interceptées en Transylvanie , qu'Albéroni avoit entamé un traité avec Ragotzi par le prince de Cellamare, et qu'il s'agissoit de former une ligue entre le roi d'Espagne et la Porte. Gallas déclara qu'il en avoit les preuves, et qu'il en instruiroit les cardinaux lorsque le pape voudroit proposer Albéroni pour l'archevêché de Séville. La moindre instance faite au pape, de la part de l'empereur, étoit menace. Il trembloit à la voix des Allemands, le cœur lui manquoit. Le point principal de sa politique étoit de gagner du temps. Acquaviva, connoissant parfaitement son caractère, crut à propos de profiter des apprêts de l'Espagne pour l'Italie, et de parler ferme dans un temps où tout se préparoit dans les ports d'Espagne pour faire passer des vaisseaux dans la Méditerranée. Il dit donc, après avoir insisté fortement sur les bulles de Séville, que Sa Majesté Catholique ne douloit pas que Sa Sainteté ne voulût bien accorder aux vaisseaux espagnols les ports d'Ancône et de Civitta-Vecchia, et regarder en cette occasion ce prince comme du même pays. Il ajouta que la proposition étoit d'autant plus juste que, lorsque les Allemands marchèrent à la conquête du royaume de Naples , Sa Sainteté leur accorda bon passage par toutes les terres de l'Église; qu'elle devoit regarder la démarche du roi d"Espagne plutôt comme un avertissement de bienséance que comme une demande , parce qu'il n'étoit pas à croire que le pape voulût forcer Sa Majesté Catholique à recourir aux armes pour obtenir ce qui lui étoit dû avec autant de justice. Acquaviva n'eut pas réponse sur-le-champ. Quelques jours après, ayant envoyé l'auditeur de rote, Herrera, la demander à Paulucci, ce cardinal lui dit que le pape n'étoit pas encore déterminé sur cet article. L'auditeur insistant, Paulucci répliqua que Sa Sainteté n'accordoit ni ne refusoit encore, qu'elle répondroit dans le cours de la semaine, qu'il paroissoit cependant que la chose pouvoit recevoir encore quelque difficu té.

Les preuves que Gallas prétendoit avoir de la uégociation entamée par le cardinal Albéroni avec la Porte ottomane consistoient en deux lettres, qu'on disoit que l'ambassadeur turc , aux conférences de la paix , avoit remises à Belgrade à l'ambassadeur d'Angleterre. Les Impériaux soutenoient que, pendant qu'Albéroni traitoit directement à la Porte pour y exciter à la continuation de la guerre, l'ambassadeur d'Espagne en France avoit traité secrètement à Paris pour la même fin avec le prince Ragotzi. Ils soupçonnoient même le régent au sujet de celte négociation secrète , et croyoient que , si Son Altesse Royale ne l'avoit pas approuvée, au moins elle ne l'ignoroit pas. Cellamare démentit hautement les bruits répandus sur ce sujet par les ministres de l'empereur , faisant toutefois connoître que, quand même le fait dont ils l'accusoieat seroit vrai , il n'auroit point à s'en justifier.

La cour d'Espagne espéroit encore au commencement d'avril que la paix avec les Turcs étoit encore éloignée. D'autres motifs coniirmoient encore cette cour à rejeter les propositions du traité qui se uégocioit à Londres. Comme la paix ne couveuoit pas aux vues d'Albéroni , et qu'il

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