‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 74 sur 298 · CONDUITE DE CELLAMARE · texte numérisé non relu

CONDUITE DE CELLAMARE

croyoit que le trouble général de l'Europe étoit nécessaire pour appuyer ceux qu'il vouloit exciter en France , rien n'ébranloit ses résolutions. Il savoit que l'empereur envoyoit de nouvelles troupes en Italie. On disoit que ce prince étoit sûr du roi de Sicile , qu'il ne dépendoit que de la cour de Vienne de conclure, quand elle voudroit, aux conditions qu'il lui plairoit d'imposer, le traité que deux Piémontois négocioient secrètement avec cette cour. Ces dispositions, le nombre d'ennemis qui s'unissoient contre l'Espagne , le peu d'espérance d'avoir des alliés utiles , l'apparence morale de succomber étant dénué de tout secours, enfin aucune de toutes les considérations les plus pressantes , ne pouvoit faire changer l'opposition que Sa Majesté Catholique , entraînée par son ministre, témoignoit pour le projet que la France et l'Angleterre lui proposoient. Cellamare , suivant les ordres du roi son maître , ne perdoit ancune occasion de parler contre ce traité. Il disoit qu'il ne comprenoit pas que les ministres de France eussent pu seulement l'examiner. Il attaquoit la disposition faite de la Sicile comme une clause qui détruisoit absolument le fondement de la paix d'Utrecht. Stairs pour l'adoucir voulut lui faire sentir l'intérêt que les Napolitains , dont les biens étoient confisqués par l'empereur, trouveroient à la conclusion d'un traité où la restitution réciproque des confiscations seroit stipulée comme un des principaux articles ; mais Cellamare étoit trop délié pour témoigner inutilement , avant que la paix fût faite , la satisfaction qu'il auroit de rentrer par cette voie dans la jouissance de ses biens. Il se plaignit au contraire plus fortement et de la négociation et du myslère que l'on faisoit au roi d'Espagne de ce qui se passoit dans le cours d'une affaire où ce prince avoit tant d'intérêt. On commençoit à parler d'une rupture prochaine entre la France et l'Espagne. Cellamare dit qu'il n'étoit pas inquiet de ces bruits , mais qu'il voyoit avec déplaisir que le fondement de ces discours, si éloignés des sentiments du roi et de la nation françoise, et si éloignés des intérêts de Sa Majesté, étoit la crainte excessive que le gouvernement avoit de se trouver engagé dans une guerre nouvelle ; que cette crainte étoit cause que le régent se rendoit sourd à toutes les représentations tendantes à l'engager à prendre les armes. Il ajoutoit qu'il étoit à craindre que Son Altesse Royale , agissant sur ce principe , n'offrît aux Anglois des choses aussi peu convenables à son propre honneur qu'elles seroient contraires aux intérêts de l'Espagne ; que celui de M. le duc d'Orléans étoit de ne pas s'opposer aux desseins que Sa Majesté Catholique pouvoit former contre les ennemis communs si naturels de sa maison, et de laisser à ce prince le moindre lieu de soupçonner que les sentiments de Son Altesse Royale à son égard ne fussent pas sincères.

Suivant les instructions d'Abéroni, Cellamare traitoit de pot-pourri le traité fait à Londres. Il se flattoit même d'avoir obligé le maréchal d'Huxelles à convenir de l'importance dont il étoit de ne pas altérer par quelque résolution imprudente, et par le désir singulier de soutenir, au préjudice du roi d'Espagne, des projets avantageux à l'empereur, l'union qu'il étoit si nécessaire à maintenir entre les François et les Espagnols. Après cet aveu du maréchal d'HuxelI - , Cellamare lui dit qu'on

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