LES ANGLAIS SE PLAIGNENT DE CHÂTEAUNEUF
rence , qu'il s'étoit désisté de prétendre pour lui-même la successioii du grand-duc de Toscane. Ceux qui négocioient de la part du roi d'Angleterre furent si contents d'avoir obtenu ce point, dont ils firent un mérite particulier à Schaub, qu'ils préparoient déjà le ré[,'ent à se relàchei sur des conditions moins importantes qu'on pourrait lui demander; et pour l'obtenir comme un effet de reconnoissauce légitime , ils assuroient que Schaub avoit parfaitement bien plaidé la cause de Soa Altesse Royale. La nouvelle de l'acceptation de l'empereur causa beaucoup de joie à la cour d'Angleterre, même aux négociants, parce qu'ils se flattèrent que le roi d'Espagne ne pourroit se dispenser d'accepter, par conséquent qu'il n'y auroit point de guerre , et que le commerce deviendroit plus florissant que jamais. Au contraire les torys et généralement tous les mécontents du gouvernement s'élevèrent contre le projet dans le fond; parce que c'éloit l'ouvrage des ministres, mais en apparence à cause de la disposition de la Sicile en faveur de l'empereur et de celle de la Sardaigne donnée en échange.
La cour d'Angleterre , après cette nouvelle , résolut de ménager la communication qu'elle devoit faire du projet à la Hollande, et de ne lui en apprendre le véritable état que par degrés; mais elle se plaignit que Chàteauneuf, ambassadeur de France à la Haye, avoit dérangé ces mesures. Elle l'accusoit depuis longtemps de mauvaises intentions et d'agir suivant les principes de l'ancien gouvernement de France, crime capital à l'égard des Anglois. Ainsi les ministres d'Angleterre pressèrent le régent de rappeler au plus tôt cet ambassadeur, d'envoyer Morville le relever, nommé depuis quelque temps pour lui succéder, et de le faire aller directement à la Haye sans le faire passer à Londres , où on avoit dit qu'il iroit pour se mettre au fait des affaires en y recevant les instructions de l'abbé Dubois. Mais les ministres d'Angleterre jugèrent qu'il suffisoit qu'il se laissât conduire par Widword , envoyé d'Angleterre en Hollande , et par Cadogan , que cette cour avoit résolu d'y faire passer immédiatement après avoir reçu l'acceptation de l'empereur. Ils assuroient donc tous que tout iroit le raieu.v du monde, pourvu que le régent sût bien prendre son parti, et qu'on fût en état de montrer de la vigueur aux Espagnols, car il n'y avoit pas le moindre lieu, disoientils, de douter de la sincérité de la cour de Vienne. Sur ce fondement le roi d'Angleterre envoya par un courrier de nouveaux ordres à son ministre à Madrid de presser plus que jamais le roi d'Espagne de souscrire au traité , et pour le persuader le colonel Stanhope eut ordre de lui déclarer que le départ de l'escadre angloise ne pouvoit plus être difléro, et que dans trois semaines au plus tard elle seroit en état de mettre à la voile.
Prié , commandant général des Pays-Bas pour le prince Eugène , gouverneur général, reçut des ordres très-e.vprès de terminer au plus tôt les difficultés qui avoient juscju'alors empêché l'exécution du traite de la Barrière. Prié avoit déjà reçu plusieurs ordres de même nature, mais il sembloit que plus la cour de Vienne les réitéroit, plu? il trouvoit de moyens d'embrouiller la négociation. L'empereur vouloit alors la finir . croyant apparemment qu'il éloil bon d'engager les Hollandoisà souscrire
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à un traité dont il ne laissoit pas de connoître les avantages , quelque peine qu'il eût montrée à consentir à plusieurs de ses conditions. Monteléon quoique habile avoit cru lui-même que la cour de Vienne y souscriroit difficilement , car il ne pouvoit comprendre qu'elle consentît à laisser au roi d'Espagne les moyens de rentrer en Italie. Il s'échappa même jusqu'à dire, quand il sut que l'empereur acceptoit le projet, qu'enfin Sa Majesté Catholique remettroit le pied en Italie , et qu'elle y seroit soutenue par un bon et puissant ami. Monteléon se flattoit en effet que cette assistance ne pouvoit manquer à l'Espagne de la part de la France, et comme il avoit jugé que la cour de Vienne en penseroit de même , il fut très-surpris d'apprendre que , contre son ordinaire , elle se rendît si facile. Il attribua ce changement au peu d'espérance qu'elle avoit apparemment de conclure la paix ou la trêve avec les Turcs. Mais il se trompoit encore, car alors la conclusion de la paix étoit prochaine. Il crut aussi que l'empereur , voyant les princes d'Italie las de ses vexations , prêts à s'unir ensemble pour secouer le joug des Allemands , ne vouloit pas s'exposer à soutenir une guerre en Italie , pendant que celle de Hongrie duroit encore ; que d'ailleurs il avoit à craindre les mauvaises dispositions des peuples de Naples et de Milan , qui seroient vraisemblablement fomentées par le roi de Sicile, si la négociation que ce prince avoit commencée secrètement à Vienne ne finissoit pas heureusemsnt. Or il n'y avoit pas lieu d'en espérer un bon succès. Une des conditions préliminaires que le roi de Sicile demandoit étoit celle de conserver ce royaume ; et l'empereur , de son côté , ne trouvoit rien de plus sensible et de plus avantageux pour lui que d'en faire l'acquisition. La résistance des ministres piémontois l'aigrit d'autant plus qu'il parut par leurs discours que leur maître prétendoit conserver la Sicile de concert e. avec l'assistance du roi d'Espagne. A la vérité ils faisoient paroître plus de confiance en ce secours éloigné qu'ils n'enavoient en effet, connoissant parfaitement la foiblesse de l'Espagne et le peu de réalité des forces dont Albéroni faisoit valoir les seules apparences. Mais eu-v-mèmes les relevant se flattoient que , si l'empereur pouvoit croire avoir besoin de leur maître , il se rendroit plus facile sur le mariage d'une archiduchesse qu'il désiroit avec ardeur pour le prince de Piémont.
Soit qu'ils crussent que le régent par des vues particulières traverseroit ce mariage , soit que ce fût dans leur pensée de faire un mérite à la cour de Vienne de parier contre le gouvernement de France , ils parloient avec peu de circonspection de la personne de M. le duc d'Orléans La conclusion de leurs discours étoit qu'il ne seroit pas bien difficile d'enlever le roi des mains de Son Altesse Royale. Un de ces Piémontois, nommé Pras, se porta même jusqu'à dire que le projet en étoit fait, et qu'il osoit répondre de l'exécution. Le roi n'avoit alors d'autre ministre à Vienne qu'un nommé du Bourg , que le comte du Luc , dont il étoit secrétaire, avoit laissé à cette cour quand il en étoit parti pour revenir en France. Pras s'imagina que du Bourg étoit opposé aux intérêts de M. le duc d'Orléans , et plein de confiance ou pressé de parler , il lui dit que le roi de Sicile avoit des liaisons très- intimes avec le cardinal Albéroni , et que par le moyen de cette union secrète , le roi d'Espagne avoil pré-