‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 89 sur 298 · LA HOLLANDE PARTAGÉE · texte numérisé non relu

LA HOLLANDE PARTAGÉE

II paroissoit en effet en Hollande une lettre de Londres de Penterrieder, qui disoit que le projet éloit tel que l'empereur le pouvoit jamais désirer, et que l'Angleterre enverroit vingt-six vaisseaux dans la Méditerranée malgré l'opposition de la nation angloise. En effet, bien des gens en Angleterre traversoient cette expédition, les uns du parti contraire à la cour, les autres craignant qu'entrant en guerre avec l'Espagne , et la Hollande résistant à se déclarer ne profitât pour son commerce de la neutralité qu'elle affectoit de vouloir conserver pour l'Espagne, et véritablement cette considération partageoit la Hollande. Ceux qui depuis longtemps étoient dévoués à l'Angleterre ne connoissoient que ses volontés. Les républicains, au contraire, mettoient tous leurs soins à gagner du temps pour éviter que leur État se mêlât d'une affaire commencée sans sa participation par la France et l'Angleterre. Ils représentoient que les sollicitations de ces couronnes n'étoient pas une preuve de leur considération pour leur république , et qu'elles seroient certainement demeurées à leur égard dans le silence si le roi d'Espagne eût souscrit comme l'empereur au traité.

On vit alors ce qui n'auroit pas paru vraisemblable quelques années auparavant : l'ambassadeur de France combattre, conjointement avec l'envoyé d'Angleterre , pour terrasser , de concert avec le Pensionnaire de Hollande , le parti républicain , et ramener aux volontés de l'Angleterre ceux qui , ne regardant que l'intérêt de leur patrie et le maintien du commerce , craignoient d'entrer en de nouveaux engagements que la république seroit obligée de soutenir par des dépenses qu'elle étoit hors d'état de faire , et dont elle ne pouvoit attendre pour fruit que de nouveaux troubles et de nouveaux malheurs. Chàteauneirf employoit cependant tout son crédit pour persuader ceux que lui-même avoit autrefois le plus exhortés à secouer le joug de la domination angloise. Il agissoit en cette occasion avec d'autant plus d'ardeur , que les ministres d'Angleterre s'étoient déclarés hautement contre lui , l'accusant d'être si prévenu des anciennes maximes de France , et des instructions que le feu roi lui avoit données en l'envoyant en Hollande , qu'il étoit impossible que jamais ils prissent confiance en lui. Châteauneuf n'oublia donc rien pour détruire ces accusations , et y réussit en partie en forçant Widword , envoyé d'Angleterre à la Haye , d'écrire à Stairs qu'il étoit content de la vigueur et de l'habileté de l'ambassadeur de France dans la négociation présente. Les ministres du roi d'Angleterre affectoient aussi de dire à Londres que leur maître ne pouvoit se défier de la bonne foi du régent , et qu'ils étoient persuadés que l'union entre ces deux princes étoit parfaite : cette confiance n'étoit qu'ostensible. Ils parlèrert avec moins de contrainte à La Pérouse. Cet envoyé s'étant plaint de la manière injuste dont le roi de Sicile étoit traité dans le projet d'alliance , Craggs lui demanda si ce prince n'étoit entré dans nulle liaison pour détrôner le roi Georges; l'étonnement , les protestations ne furent pas épargnés de la part de La Pérouse; il promit de faire voir la fausseté de ces avis, si le secrétaire d'État, à qui il parloit, vouloit bien lui faire part de quelques circonstances. Craggs lui répondit seulement qu'on avoit averti le roi Georges que le complot se tramoit à Londres, qu'il n'étoit pas im-

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