‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 174 sur 348 · MORT DE SAINT-HEREM · texte numérisé non relu

MORT DE SAINT-HEREM

àLauzun, qui ne fut que plus eu colère d'une si légère satisfaction. Cependant le roi , content de s'être diverti un moment à ses dépens , lui fit une honnêteté le lendemain à son petit lever sur son aventure , et l'après-dînée l'envoya chercher pour qu'il le suivît chez Mme la duchesse de Bourgo,j;ne.

Le spectacle y étoit particulier pour un lieu de pleine cour , puisque toutes les dames y entroient et y étoient en grand nombre , et qu'il n'y avoit que les hommes d'exclus. A une ruelle étoit le jeu et tout ce quïl y avoit de dames ; à l'autre , au chevet du lit , Mme de Maintenon dans un grand fauteuil : à la quenouille du pied du lit , du même côté . visà-vis de Mme de Maintenon , le roi sur un ployant ; autour d'eux les dames familières et p:ivilégiées . à les entretenir , assises ou debout selon leur rang , excepté Mme d'Heudicourt , qui étoit auprès du roi sur un petit siège tout bas et presque à ras de terre, parce qnelle ne pouvoit se tenir sur ses hautes et vieilles jambes; et tous les jours cet arrangement étoit pareil , qui ne laissa pas de surprendre et de scandaliser assez pour qu'on ne pût s'accoutumer à ce fauteuil public de Mme de Maintenon.

Le bonhomme Saint-Herem mourut à plus de quatre-vingts ans , chez lui, en Auvergne, où il s'étoit avisé d'aller. Il avoit été grand louvetier , et avoit vendu à Heudicourt pour le recrépir , lorsque le maréchal d'Albret lui fit en 1666 épouser sa belle et chère nièce de Pons, et il en avoit acheté la capitainerie , etc. , de Fontainebleau. Tout le monde l'simoit, et M. de La Rochefoucauld reprocha au roi en 1688 de ne l'avoir pas fait chevalier de l'ordre. Il étoit Montmorin , et le roi le croyoit un pied plat , parce qu'il étoit beau-frère de Courtin , conseiller d'État . avec qui le roi l'avoit confondu. Ils avoient épousé les deux sœurs. Le roi , quoique avisé sur sa naissance , ne l'a pourtant point fait chevalier de l'ordre . quoiqu'il en ait fait plusieurs depuis. Cette Mme de Saint- Herem étoit la créature du monde la plus étrange dans sa figure et la plus singulière dans ses façons. Elle se grilla une fois une cuisse au milieu de la rivière de Seine , auprès de Fontainebleau , où elle se baignoit; elle trouva l'eau trop froide, elle voulut la chaufi"er, et pour cela elle en fit bouillir quantité au bord de l'eau qu'elle fit verser tout auprès d'elle et au-dessus, tellement qu'elle en fut brûlée à en garder le lit , avant que cette eau pût être refroidie dans celle de la rivière. Quand il toiinoit , elle se fourroit à quatre pattes sous un lit de repos . puis faisoit coucher tous ses gens dessus, l'un sur l'autre en pile, afin que si le tonnerre tomboit il eût fait son effet sur eux avant de pénétrer jusqu'à elle. Elle s'étoit ruinée elle et son mari qui étoient riches , par imbécillité , et il n'est pas croyable ce qu'elle dépensoit à se faire dire des évangiles sur la tète.

La meilleure aventure, entre mille, fut celle d'un fou, qui, une après-dînée que tous ses gens dînoient, entra chez elle à la place Royale , et , la trouvant seule dans sa chambre , la serra de fort près. La bonne femme , hideuse à dix-huit ans , mais qui étoit veuve et en avoit plus de quatre-vingts , se mit à crier tant qu'elle put. Ses gens à la fin l'entendirent, et la trouvèrent, ses cottes troussées, entre les

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mains de cet enragé, qui se débattoit tant qu'elle pouvoit. Ils Tarrêtèrent et le mirent en justice , pour qui ce fut une bonne gorge chaude , et pour tout le monde qui le sut et qui s'en divertit beaucoup. Le fou fut trouvé l'être , et il n'en fut autre chose que le ridicule d'avoir donné cette histoire au public. Son fils avoit la survivance de Fontainebleau. Le roi leur donna quelque pension, car ils étoient fort mal dans leurs affaires. Ce fils étoit un très-galant homme et fort de mes amis. Parlant de Fontainebleau , ce fut cette année qu'on doubla la galerie de Diane , ce qui donna de beaux appartements , et, au-dessus, quantité de petits.

La maréchale de Luxembourg finit sa triste et ténébreuse vie dans son château de Ligny, où M. de Luxembourg l'avoit tenue presque toute sa vie sans autre cause que d'être importuné d'elle , après en avoir tiré sa fortune , en grands biens et en dignité , comme je l'ai expliqué en son temps , et qui elle étoit. Elle n'avoit presque jamais demeuré à Paris, où pourtant j'eus une fois en ma vie la fortune de me rencontrer auprès d'elle à un sermon. On me dit qui elle étoit et à elle qui j'étois , et tout aussitôt elle m'entreprit sur notre procès de préséance en attendant le prédicateur. Je me défendis d'abord avec le respect et la modestie qu'on doit à ime femjne , puis voyant le toupet s'échauffer , je me tus et me laissai quereller, mais fortement, sans dire une parole. Il est vrai que je trouvai le temps long en attendant le prédicateur , et que je me sentis bien soulagé lorsque je le vis paroître. Mme de Luxembourg ressembloit d'air , de visage et de maintien à ces grosses vilaines harengères qui sont dans un tonneau avec leur chaufferette sous elles. Elle avoit été fort maltraitée , fort méprisée , et avoit passé sa vie dans une triste solitude à Ligny , où son mari lui donnoit peu de ses nouvelles.

Mme d'Epernon mourut aussi aux Carmélites du faubourg Saint- Jacques , dans une éminente sainteté. Elle étoit petite-fille et le seul reste de ce fameux duc d'Epernon , et fille du second et dernier duc d'Epernon , colonel général d'infanterie après son père et gouverneur de Guyenne, et de sa première femme bâtarde d'Henri IV et de la marquise de Verneuil , sœur du duc de Verneuil. Mme d'Epernon , par la mort de ce galant duc de Caudale , son frère , qui mourut à la fleur de son âge colonel général de l'infanterie , en survivance de son père , et général de l'armée de Catalogne, hérita de son père de la dignité de duchesse d'Epernon , mais renonça à l'éclat de ce grand héritage , et aux plus grands partis qui la voulurent épouser , pour faire profession aux Carmélites , dans un âge où elle avoit vu et connu le monde et tout ce qu'il avoit d'attrayant pour elle. La reine, Mme la Dauphine et Mme la duchesse de Bourgogne, allant de temps en temps aux Carmélites , étoient toujours averties par le roi de la demander et de la faire asseoir. Elle répondoit modestement qu'elle n'étoit plus que carmélite , et qu'en se la faisant elle avoit renoncé à tout , et il ne falloit pas moins que l'autorité de ces princesses pour la faire asseoir, elle et Mme de La Vallière , à leur grand regret.

M. de Lavardin , lieutenant général de Bretagne , si connu par l'étrange ambassade où il se fit excommunier par Innocent XI , sans avoir jamais pu obtenir audience de lui, mourut à cinquante-cinq ans. Il Smht-Simon n . 16

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éîoit chevalier de l'ordre. C'étoit un gros homme extrêmement laid . de beaucoup d'esprit et fort orné, et d'une médiocre conduite. Il avoit épousé en premières noces une sœur du duc de Chevreuse, dont il n'eut que Mme de La Châtre II s'étoit remarié à la sœur du duc et du cardinal de Noailles , dont il étoit veuf. Il en laissa une fille et un fils jeunes, auquel il défendit au lit de la mort, sous peine de sa malédiction, d'épouser jamais une Noailles, et le recommanda ainsi au cardinal de Noailles son beau-frère. Nous verrons dans la suite qu'il fut mal obéi , mais que sa malédiction n'eut que trop son effet. On l'accusoit d'être fort avare , difficile à vivre , et d'avoir hérite de la lèpre des Rostaing, dont étoit sa mère. Il disoit que de sa vie il n'étoit sorti de table sans appétit, et assez pour bien manger encore. Sa goutte, sa graveUe, et l'âge où il mourut, ne persuadèrent personne d'imiter son régime.

Villars. envoyé du roi à Vienne, parut à Versailles le 20 août, qui rendit compte de tous les efforts que l'empereur faisoit pour la guerre. Il avoit laissé président du conseil de guerre, à la place du fameux comte de Staremberg, qui avoit défendu Vienne, et qui est la plus grande charge et la plus puissante de la cour de Vienne , ce même comte de Mansfeld qui , pendant son ambassade en Espagne, s'étoit servi de la comtesse de Soissons, mère du prince Eugène, pour empoisonner la reine d'Espagne, fille de Monsieur, et qui s'enfuit aussitôt après sa mort. D'Avaux, notre ambassadeur en Hollande, lassé de toutes les amusettes avec lesquelles on le raenoit, salua le roi le lendemain. Le roi Guillaume étoit arrivé à la Haye, après avoir tiré de son parlement tout ce qu'il avoit voulu pour nous faire la guerre , et rien de tout ce qu'il en désiroit d'ailleurs : il ne tint pas à lui , malgré sa harangue à ce parlement . de retenir encore d'Avaux à la Haye , à qui il dit , lorsqu'il en prit congé, qu'eu l'état où il le voyoit il étoit aisé de juger qu'il ne souhaitoit point la guerre, mais que si le roi la lui commençoit , il emploieroit le peu de vie qui lui restoit à défendre ses sujets et ses alliés. Pouvoit-on , pour un habile homme . pousser la dissimulation plus loin et plus gratuitement, lui qui étoit l'âme, le boute-feu, et le constructeur de cette guerre? Il avoit alors les jambes ouvertes, il ne pouvoit marcher sans le secours de deux écuyers , et il falloit le meure entièrement à cheval, et prendre ses pieds pour les mettre dans les étriers. Aussi ne comptoit-il pas apparemment décommander d'armée, mais bien de tout diriger de son cabinet. Le lendemain, 22 août, Ziuzendorf, envoyé de l'empereur, prit congé du roi, et s'en retourna à Vienne. C'est le même qui y a fait depuis une si grande fortune, chani.elier de la cour, c'est-à-dire ministre des affaires étrangères, conseiller .de conférences , c'est-à-dire ministre d'État . et il n'y en a que trois , au plus quatre, chevalier de la Toison d'or, et des millions, et voir son fils cardinal tout jeune et évèque d'Olmùtz.

Matignon avoit alors une très-fâcheuse affaire. Un va-nu-pieds lui fit un procès au parlement de Rouen, et y produisit des pièces qui mirent Matignon au moment d'être condamné à lui payer un millioii deux cent mille livres, malgré tout son crédit dans la province, souteiai de celui de Chamillart. Ce procès dura lohgleiiips, et ce Vâ-iïti-

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