‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 175 sur 348 · VILLEROY EN ITALIE · texte numérisé non relu

VILLEROY EN ITALIE

pieds avoit tant d'argent et dé recommandations qu il vouloit de tous les dévots et dévotes, à force de crier à l'oppression; à la fin, les pièces furent reconnues fausses, il avoua tout et fut pendu.

Si Vaudemont fut satisfait d'avoir le maréchal de Villeroy en Italie, ce ut un nouveau crève-cœur pour Tessé , d'autant plus grand qu'il n'espéra plus de bricoles pour arriver au commandement de l'armée, et qu'il n'y avoit pas moyen de se jouer à ce nouveau général comme avec i;atinat, avec lequel ses démêlés devinrent scandaleux à l'armée, et firent ici beaucoup de bruit. Il n'y eut souplesses qu'il ne fît à Villeroy pour le mettre de son côté. Catinat reçut cette mortification en philosophe, et lit admirer sa modération et sa vertu. La tranquillité avec laquelle il remit le commandement au maréchal de Villeroy , et la conduite qu'il tint après à l'armée , la lui ramena. On s'y souvint enfin des lauriers qu'il avoit cueillis en Italie. On n'en trouvoit aucuns chez Villeroy. Les manèges, Tingratitude, le succès de Tessé révoltèrent. Mais ce l'ut tout. Tessé, venu seul avec son fils et un aide de camp au secours de Saiut-Frémont, à Carpi , au lieu de se faire suivre par tout son quartier, ou du moins de l'envoyer chercher après avoir vu de quoi il étoit question, fut fort accusé d'avoir voulu laisser rompre le cou à Saint- Frémont, et donner lieu à un passage des Impériaux au milieu de tous les postes de l'armée, qui, pour garder inutilement un trop grand pays, étoieut trop nombreux, se pouvoient trop peu entre-secourir, et dispersoient trop l'armée. C'est ce dont Tessé se plaignoit aux dépens de Catinat, comme si Vaudemont n'en eût pas été de moitié; mais ces plaintes et les souterrains de Tessé firent tant d'effet à Paris et à la cour, que personne n'osoit défendre Catinat, et que ses parents du parlement cessèrent quelque temps d'y aller pour éviter les discours trop désagréables dont ils étoient assaillis. Catinat oiTiit sa maison et ses équipages à Villeroy. en attendant les siens, m;us il fut descendre chez son ami Vaudemont, qui le reçut avec les grâces et la magnificence d'un liomme qui sent le besoin qu'il a d'un autre , et qui connoît les moyens de l'aveugler. En effet, il en fit tout ce qu'il voulut, et eut de plus en lui un favori du roi, et un ami du miniitretout occupé à le faire valoir.

Tessé, ne pouvant abattre Villeroy. espéra une part principale dans sa confiance , et par lui , aidé de Vaudemont et appuyé du généralissime , se donner un crédit et une autorité principale dans l'armée. Mais son débordement sur Catinat donna des soupçons, puis de la jalousie à Villeroy, qui le traita plus sèchement, et M. de Savoie même ne put s'enïpêcher d'en parler publiquement à Tessé d'une manière assez forte, qui lui rabattit fort le ton. On disputa sur la conduite de Catinat sans femme ni enfants, et libre par conséquent de se retirer pour n'entendre jamais parler de cour ni de guerre , ou de demeurer, comme il fit, à l'armée, ne se mêlant presque de rien avec une rare modestie.

M. de Savoie enfin la joignit avec ses troupes après de longs délais , e* très-suspects. Son arrivée ne changea rien à l'exactitude avec laquelle les ennemis étoient avertis de tous les desseins, de toutes les mesures, et des moindres mouvements qu' se fâisoient dans notre armée. L'intelligence entre hii et Vaudemont f,u parfaite. Le besoin d'un gouverneur

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