M. -DE SAVOIE A L* ARMÉE [1701J
du Milanois aussi soutenu que l'étoit Yaudemont du temps du feu roi d'Espagne , l'avoit commencée par les plus grandes avances , jusque-là que M. de Savoie l'alla rencontrer en chemin lorsqu'il arriva dans le Milanois, et qu'il lui donna l'Altesse : au fond, quoique françois de parti en apparence, leurs liaisons fondamentales étoient les mêmes à l'un et à l'autre. M. de Savoie , quoique peu content de l'empereur . qui ne lui avoit pas tenu tout ce qu'il lui avoit promis , ni du roi Guillaume , qui l'avoit fort maltraité, pour s'être détaché d'eux par le traité de Turin, ne voyoit qu'avec un extrême regret la monarchie d'Espagne devenue françoise , et lui enfermé entre le grand-père et le petit-fils . par le Milanois et la France. Il ne se prêtoit donc que pour tirer parti de ce qu'il ne pouvoit empêcher , et il désiroit avec ardeur le rétablissement de l'empereur en Italie , comme il ne parut que trop tôt. En attendant, il parut faire avec soin toutes les fonctions de généralissime.
Les armées cependant s'approch oient, celle des Impériaux gagnant toujours du terrain , et elles en vinrent au pomt que ce fut à qui s'empareroit les premiers du poste de Chiari. Le prince Eugène fut le plus diligent. G'étoit un gros lieu fermé de murailles , sur un tertre imperceptible , mais qui déroboit la vue de ce qui étoit derrière , au bas d un ruisseau qui couloit tout auprès. M. de Savoie , trop bon général pour tomber dans la même faute que le maréchal d'Humières avoit faite a Valcourt, l'imita pourtant de point en point, et avec un plus fâcheux succès, parce qu'il s'y opiniâtra davantage. Il fit attaquer ce poste le 1" septembre, par huit brigades d'infanterie. Il augmenta toujours, et s'exposa extrêmement lui-même pour gagner estime et confiance , et montrer qu'il y alloit avec franchise; mais il attaquoit des murailles et une armée entière qui rafraîchissoit toujours, tellement qu'après avoir bien fait tuer du monde il fallut se retirer honteusement. Cette folie dans un prince qui savoit le métier de la guerre, et à qui le péril personnel ne coûtoit rien, fut dès lors très-suspecte. Villeroy s'y montra fort partout, et Catinat, sans se mêler de rien, sembla y chercher la mort, qui n'osa l'atteindre. Nous y perdîmes cinq ou six colonels peu marqués , et quantité de monde , et eûmes force blessés. Cette action . où la valeur françoise parut beaucoup , étonna fort notre armée , et encouragea beaucoup celle des ennemis , qui firent à peu près tout ce qu'ils voulurent le reste de la campagne. Nos troupes étoient si accoutumées, dès qu'on en envoyoit dehors, à renconter toujours le double d'Impériaux bien avertis qui les attendoient , que la timidité s'y mit , et que les troupes de M. de Yaudemont surent bien dire plus d'une fois qu'elles ne savoient encore qui de l'archiduc ou du duc d'Anjou étoit leur maître, et qu'il en fallut enfermer entre les nôtres.
Dans la fin de cette campagne , les grands airs de familiarité que la maréchal de Villeroy se donnoit avec M. de Savoie lui attirèrent un crue dégoût , pour ne pas dire un affront. M. de Savoie , étant au milieu de tous les généraux et de la fleur de l'armée , ouvrit sa tabatière en causant et allant prendre une pincée de tabac , le maréchal de Villeroy qui se trouva auprès de lui allonge la main et prend dans la tabatière sans mut dire. M. àê Savoie rougit) et àl'iatUat renvene sa tabatière par