‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 178 sur 348 · DE LA PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

DE LA PRINCESSE DES URSINS

de duc et le gouvernement de Charleville et du Mont-Olympe. Sa mèro étoit une Aubry, d'une famille riche de Paris. Elle épousa en 1659 Adrien-Biaise de Talleyrand, qui se faisoil appeler le prince de Chalais, mais sans rang ni prétention quelconque. Son fameux duel avec un cadet de Noirmoutiers, Flamarens et le frère aîné de M de Montespan contre Argenlien, les deux La Frette, et le chevalier de Saint- Aignan, fr«re du duc de Beauvilliers, obligea Chalais aussitôt après, et c'étoit «n 1663, de sortir du royaume; et sa femme le suivit en Espagne et de là par mer en Italie, où il mourut sans enfants en février 1670 auprès de Venise, en allant trouver sa femme, qui l'attendoit à Rome. Dans te désastre, les cardinaux de Bouillon et d'E-trées prirent soin d'elle; le reste on l'a vu épars dans ces Mémoires.

L'âge et la santé convenoient, et la figure aussi. C'étoit une femme plutôt grande que petite . brune avec des yeux bleus qui disoient sans cesse tout ce qui lui plaisoit, avec une taille parfaite, une belle gorge, et un visage qui, sans beauté, étoit charmant; l'air extrêmement noble, quelque chose de majestueux en tout son maintien, et des grâces si naturelles et si continuelles en tout, jusque dans les choses les plus petites et les plus indifférentes, que je n'ai jamais vu personne en approciier , soit dans le corps , soit dans l'esprit , dont elle avoit infiniment et de toutes le» sortes; flatteuse, caressante, insinuante, mesurée, voulant plaire pour plaire, et avec des charmes dont il n'étoit pas possible de se défendre, quand elle vouloit gagner et séduire; avec cela un air qui avec de la grandeur attiroit au lieu d'effaroucher, une conversation délicieuse, intarissable et d'ailleurs fort ainusante par tout ce qu'elle avoit vu et connu de pays et de personnes . une voix et un parler extrêmement agiéables, avec un air de douceur; elle avoit aussi beaucoup lu. et elle étoit personne à beaucoup de réflexion. Un grand choix des meilleures compagnies, un grand usage de les tenir, et même une cour, une grande politesse, mais avec une grande distinction, et surtout une grande attentio.i à ne s'avancer qu'avec dignité et discrétion. D'ailleurs la personne du monde la plus propre à l'intrigue, et qui y avoit passé sa vie à Rome par son goQt; beaucoup d'ambition, mais de ces ambitions vastes, fort au-Jessus de son sexe, et de l'ambition ordinaire des hommes, et un désir pareil d'être et de gouverner. Cétoit encore la personne du monde qui avoit le plus de finesse dans l'esprit , sans que cela parût jamais , et de combinaisons dans la tête , et qui avoit le plus de talents pour connoître son monde et savoir par où le prendre et le mener. La galanterie et l'entêtement de sa persoime fut en elle la foiblesse dominante et surnageante à tout jusque dans sa dernière vieillesse: par conséquent, des parures qui ne lui alloient plus et que d'âge en âge elle poussa toujours fort au delà du sien ; dans le fond haute , fière , allant à ses fin^ sans trop s'embarrasser des moyens . mais tant qu'elle pouvoit sous une écorce honnête ; naturellement assez bonne et obligeante en général, mais qui ne vouloit rien à demi, et que ses amis fussent à elle sans réserve ; aussi étoit-elle ardente et excellente amie , et d'une amitié que les temps ni les absences n'affoiblissoient point, et conséquemment cruelle et implacable ennemie, et

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