PREMIERE GRADATION
le dessein de plaire à Philippe . les ricos-hombres ne voulurent point user à la rigueur du droit ou de l'usage de se couvrir devant lui , et il en profita pour le diminuer, ou du moins pour éclaircir le nombre de ceux qui en prétendoient la possession.
Tel fut le premier pas qui commença à limiter, et tout d'un temps à réduire en quelque forme, ce qui bientôt après devint une dignité réglée par différents degrés , sous le nom de grands d'Espagne. Philippe le Beau introduisit sans peine, par la facilité des ricos-hombres. qu'ils ne se couvrissent plus qu'il ne le leur commandât, et il affecta de ne le commander qu'aux grands seigneurs d'entre eux par les fiefs ou par le mérite, c'est-à-dire à ceux dont il ne pouvoit aisément se passer. La douceur de son gouvernement, le mérite de sa vertu, les charmes de sa personne, sa qualité de irendre et d'héritier d'Isabelle, si chère aux Castillans , leur haine pour Ferdinand . sous l'empire duquel ils ne vouloient pas retomber, les rendit flexibles à cette nouveauté, qui prévalu: sans obstacle. Mais Ferdinand, ne pouvant supporter sa propre éclipse. r mit bientôt fin. Il fut accusé d'avoir empoisonné son gendre , qui ne ]a fit pas longue après ce brillant voyage de prise de possession de la couronne de Gastiile. Jeanne son épouse acheva d'en perdre l'esprit de douleur. Leurs enfants étoient en bas âge , et Ferdinand reprit les rênes du gouvernement de la Castille. avec la qualité de régent. Sa mort les remit au grand cardinal Xiraénès, dont le nom est immortel dans tout genre de vertus et de qualités éminentes, et que les Espagnols ne connoissent que sous le nom de Cisneros. On sait avec quelle justice et quelle capacité il gouverna en chef après les avoir tant montrées sous les rois catholiques, et avec quelle force et quelle autorité il sut contenir et réprimer les plus puissants seigneurs des Espagnes, dont toutes les couronnes, excepté celle de Portugal . étoient réunies sur la tête de Charles, fils aîné de Philippe I"' le Beau et Jeanne la folle et enfermée, lequel devint si célèbre sous le nom de Charles-Quint.
Ximénès mourut comme il se préparoit à remettre le gouvernement entre les mains de ce jeune prince, qui étoit déjà abordé en Espagne, mais qu'il ne vit jamais. On prétendit que sa mort n'avoit pas été naturelle, et que le mérite prodigieux et la fermeté d'âme de ce grand homme épouvantèrent les Flamands, qui à la suite et à l'abri d'un jeune roi élevé chez eux et par eux-mêmes, venoient partager les dépouilles de l'Espagne. C'est à cette époque que disparurent les noms dé Castille et d'Aragon , comme les leurs avoient absorbé ceux des autres royaumes des Espagnes. Charles fut le premier qui se nomma roi d'Espagne, dont il ne porta pas le titre un an depuis qu'il y eut débarqué. Le court espace qu'il y demeura ne fut rempli que de troubles , d'où naquit une guerre civile, pendant laquelle il perdit son aïeul paternel, l'empereur Maximilien I". Cette mort l'obligea de repasser la mer pour recueillir la couronne impériale qu'il emporta sur notre François I".
Voici la seconde gradation delà dignité de grand d'Espagne : plusieurs ricos-hombres qui s'etoient introduits à la cour de Charles-Quint eu Espagne le suivirent quand il en partit. D'autres furent invités à l'accompagner d'une manière à ne .s'en nouvoir défendre, par honneur-